Jour 30 : La Loop du Plateau des Bolovens

Tôt le matin, armée de ma carte et de ses petites annotations ainsi que de mon petit sac à dos, je pris la route pour la boucle du Plateau des Bolovens. Comme je n’avais pas envie de suivre trop le plan à la lettre, j’avais décidé de faire la petite boucle, plus un crochet par la grande pour aller voir les plus belles chutes du plateau, le tout en deux jours.

La circulation étant ce qu’elle est dans ce pays, j’étais partie très tôt pour éviter un maximum la circulation, et j’avais eu raison, car en plus de l’éviter j’étais aussi la première à arriver sur les lieux d’intérêts que comportait cette boucle. J’ai donc découvert les premières chutes d’eau complètement seule dans un parc un peu aménagé pour les touristes, ça n’avait rien de très impressionnant mais le cadre était plutôt sympathique. Je dû pour la première fois emprunter un pont fait en bambou, et là j’ai eu l’impression de jouer dans un film d’aventure, cette fameuse scène où il faut absolument traverser un pont qui n’a vraisemblablement pas l’air fiable et où on risque de passer au travers à chaque pas. Et le pire c’est que j’ai dû passer sur ce pont deux fois, forcément.

Je suis ensuite repartie continuer ma petite boucle, les paysages n’avaient pour le moment rien de très spectaculaires, mais la conduite de la moto était géniale. Auparavant je n’avais jamais pensé à ce mode de transport par appréhension car je ne me pensais pas très à l’aise sur les deux roues, mais au finale ce véhicule offre encore plus cette sensation de liberté. Le prochain stop était chez Mr. Vieng, producteur de café. Le plateau des Bolovens est une région très réputée, car les conditions climatiques et le sol sont particulièrement propices à la culture du café, on dit même que c’est ici qu’on produit le meilleur café du monde. En arrivant chez Mr Vieng j’apprends qu’il n’est pas possible de visiter la plantation car il n’est pas présent aujourd’hui. Un peu déçue, je décide tout de même de m’installer et commande un café histoire de ne pas m’être arrêtée pour rien et de goûter à ce fameux café bio. C’était un réel délice, moi qui n’en boit pas souvent, j’avais l’impression que tous les cafés bus jusque là n’avaient que très peu de goût comparé à celui-là. J’ai donc acheté un sachet, un souvenir qui me fera revenir dans le temps au retour de mon voyage. Lors de cet arrêt je fis la connaissance d’un couple de parisiens, en vacances en Asie. Comme ils faisaient le Laos au Nord au Sud puis le Cambodge, nous avons pris le temps de discuter un peu afin de partager nos expériences.

Je repris la route, m’arrêta à quelques chutes d’eau, avant d’arriver à celles proches du village de Tad Lo. Elles étaient les chutes les plus belles de la petite boucle, et la plupart des personnes qui faisaient la boucle s’arrêtaient souvent à ce village pour la première nuit. Moi je ne m’y suis pas vraiment attardée. Après un rapide tour dans le village, j’ai directement pris la route pour l’étape que j’attendais avec impatience depuis quelques jours, la rencontre avec Captain Hook et le village des animistes.

 

Les “Kalum”, une minorité ethnique à découvrir l’esprit ouvert

 

Pour moi aujourd’hui l’incontournable de cette boucle dans le plateau des Bolovens, c’était de venir à la rencontre des “Kalum”, une minorité ethnique au mode de vie bien loin du notre. Pour apprécier pleinement la visite de ce village il faut venir sans a priori, avec un esprit le plus ouvert possible, si vous ne vous en sentez pas capable passer votre chemin.

Le village est plutôt grand et à mon arrivée très peu de panneaux indiquaient le chemin pour la maison de Mr Hook. Heureusement les enfants présents m’ont aidé et me montraient la direction à prendre. Plus je m’enfonçais dans le village, plus les regards des enfants avaient une lueur étrange. On m’avait prévenu, ici les enfants fument le “bang” dès l’âge de 5 ans, ce n’est donc pas étonnant de voir leur yeux vides, et leur air amorphe… enfin si ça l’est.

J’arrive à la maison de Mr Hook, on m’accueille plutôt bien venant d’un peuple avec un tel mode de vie. J’essaie d’avoir un comportement le plus approprié possible, je fais en sorte de me montrer la plus respectueuse possible pour ne pas les vexer. On me propose à boire, je choisis sur la carte posée en face de moi un jus de citron maison, il était à tomber. Quelques minutes plus tard un homme vient s’asseoir à côté de moi. Il se présente comme Mr Hook, il a le regard un peu vide, il doit fumer depuis quelques heures maintenant, il parle parfaitement bien anglais. Nous commençons à discuter un peu puis il retourne voir deux hommes en train de jouer aux dames sur une table de bois, je les observe, c’est amusant de voir des gens jouer à ce jeu ici.

Après quelques minutes je demande s’il est possible de visiter le village et d’avoir quelques informations concernant leurs coutumes. Mr Hook m’emmène alors faire ce tour et là la leçon commence.

Mr Hook est une personne extrêmement intéressante, il commence à me donner quelques informations sur son village, comme par exemple qu’il ne faut pas prendre en photo les gens, car pour eux cela signifie qu’on leur prend leur vie. Il cueille une plante et m’explique qu’avec ils peuvent faire arrêter le sang de couler. Puis nous arrivons dans la plantation de café et là encore je suis impressionnée car le personnage. Mr Hook connait absolument toute l’histoire du café à travers le monde. Il me cite les 20 types de cafés qui existent ou du moins leur appellation car au final il n’existe pas tant de sorte que ça, c’est surtout des appellations marketing. Le café qui est cultivé ici au Laos a été importés par les français principalement. La leçon est interrompue par le couple de français rencontré plus tôt dans la journée, nous nous sommes suivis sans trop le vouloir. On continue donc la visite à quatre. La connaissance du café de Mr Hook est ahurissante, il nous explique la différence entre les variétés, qu’il existe des fruits mâles et des fruits femelles. Pour le mâle, il ne contient qu’un grain et pour la femelle il y en a deux. Il nous fait même goûter le fruit rouge, presque prêt à être récolté. Il faut croquer légèrement pour enlever la première couche du fruit, elle a un goût sucré mais ne se mange pas. Le grain lui se mange et c’est là qu’on sent l’arôme du café. Il nous explique ensuite la suite du procédé pour faire sécher les grains et arriver au produit fini. Cet homme est une mine d’information, il pourrait nous en parler pendant des heures.

Nous continuons la visite dans la plantation, arrivons à des champs où sont cultivé le riz déjà ramassé et le manioc. Il s’arrête près d’un arbre dont la sève est rouge, on dirait du sang, il nous explique que cette sève leur sert pour éviter les démangeaisons. Comme j’ai la malchance de trainer depuis quelques jours des piqures de punaise de lit, je les lui montre et il applique la sève dessus, je ne ressens plus aucune démangeaisons, plus rien du tout. J’hésite presque à récupérer un peu de sève pour les jours à venir. La visite continue et nous goûtons à quelques plantes, là encore avec de multiples vertues. A un moment il prélève de la sève dans la tige d’un arbre et la fait couler dans le creu d’une feuille, il part un peu plus loin pour couper une petite tige qu’il tort pour former un cercle, il la plonge dans la sève, la ressort et souffle au travers du cercle, et la des dizaines de bulles s’envolent. On va de surprise en surprise avec cet homme.

Nous repartons et traversons une autre plantation de café, il nous informe que c’est la sienne, et nous demande si nous voulons goûter aux fourmis. Moi qui suis un peu déçue de pas avoir tester les insectes au Cambodge je saute sur l’occasion. Il nous amène proche d’un arbre, les fourmis forment comme un nid, elles ont tordues les feuilles pour se faire comme un abris. Il en attrape une, lui retire la tête et me la tend. Une belle et grosse fourmis rouge orangée, sans trop réfléchir je la mets dans ma bouche et là le goût, très acide mais pas désagréable. Il nous explique que les fourmis ne sentent pas très fort mais que dans le village ils les utilisent pour pour repousser les moustiques, car une fois écrasées, l’odeur est très désagréable. Vient donc la démonstration, il attrape quelques poignées de fourmis, les frottent dans ses mains pour les écraser et nous les fait ensuite sentir. Effectivement l’odeur est très intense, et désagréable.

Après cette dégustation, Mr Hook nous donne plusieurs recettes à base de café, nous explique à quel point il est bon pour les femmes de boire du café et que les hommes par contre ne doivent pas en boire trop souvent dans une même journée. Il nous donne énormément de remède à base de café, nous explique qu’il faut toujours choisir un café en grain et non déjà moulu car il a déjà perdu toutes ces propriétés.

Ensuite nous repartons en direction du village et là il nous donne encore d’autres informations concernant son villages. Les enfants peuvent se marier à partir de 5 ans, peuvent avoir des enfants à partir de 11 ans. Ils sont polygames, et le nombre de femmes est souvent lié à la richesse de l’homme. Ils ne boivent pas de lait car d’après leur religion s’ils le font ils seront foudroyés. Lorsqu’on est malade, il faut d’abord aller voir le chaman, s’il ne réussit pas à guérir, alors c’est le gourou qu’il faut aller voir, là encore si ça ne fonctionne pas, c’est au tour de la médium du village qui devra faire disparaître les mauvais esprits et, enfin si ça ne fonctionne toujours pas, un sacrifice devra être fait, un sacrifice animal a priori. Les femmes accouchent dans la forêt et non dans le village, lorsqu’elles reviennent elles doivent passer au dessus d’un feu, si elles ont des brûlures elles peuvent revenir sinon elles doivent retourner dans la forêt. Concernant le bébé, la mère doit dire si le bébé est un bon ou un mauvais bébé, et mieux vaut qu’il soit bon, c’est rarement l’inverse. Pour le prénom c’est tout un rituel, elle doit aller voir le chaman à la pleine lune, si elle n’a pas rêvé d’ici ce moment, l’enfant n’aura pas de prénom, et cela peut durer très longtemps, car le chaman donne le nom à l’enfant en fonction de l’interprétation du rêve. Dans une famille, si un membre meurt par accident, la famille entière doit quitter le village et partir vivre dans la forêt pendant 3 ans. Il nous explique également que les touristes ne sont pas toujours bien vus dans son village, car pour eux nous sommes tous des américains et ils craignent que nous venions avec des bombes. Bref tout un tas d’informations qui pour nous, sont complètement en dehors de notre réalité et de nos habitudes, mais ce sont les leurs.

Le couple de français nous a quitté à la fin de la visite et moi je suis restée. Je voulais continuer cette aventure, au coeur de ce village d’un autre temps, différent du mien. Je n’ai pas regretté mon choix de dormir sur place. On est venu me chercher au moment du dîner, je suis montée dans leur maison familiale. L’intérieur c’était une grande pièce au centre d’autres plus petites qui servaient de chambres. Nous avons mangé au milieu de cette grande pièce. Il y avait plusieurs plats différents, une soupe de poisson, un mélange d’aubergines, d’autres plats à base de poisson mais je ne saurai même pas dire ce qu’ils contenaient. Ce qui était sûr c’est que c’était délicieux. Nous n’avions pas de couverts, le riz gluant ou sticky rice, nous servait de cuillière, nous le trempions dans les plats et mangions avec nos doigts. Il y avait également des plats avec pleins d’herbes différentes, des tiges, des feuilles, au début je n’ai pas osé en manger, et puis au final la soeur de Mr Hook, qui parlait très bien anglais, m’a fait gouter et m’a expliqué comment les manger. C’était très bon, ça rajoutait beaucoup de goût aux différents plats.

Après le repas nous avons discuté, certains membres de la famille parlaient très bien anglais, d’autres un peu moins mais profitaient de ma présence pour s’améliorer. De mon point de vue c’était plutôt moi qui profitait de ces rencontres pour m’améliorer… Après quelques minutes, une toute jeune fille est entrée dans la pièce avec un bang de bambou, les personnes autour de moi se passaient le bang tour à tour. Ils m’ont vite proposé de me joindre à eux, je n’ai pas hésité longtemps, j’avais très envie d’essayer. Nous fumions donc tous ensemble les feuilles de tabac récoltées plus tôt, à discuter de pleins de choses différentes. C’était un moment de partage et d’échanges inattendu mais tellement fort.

Un jeune homme est arrivé un peu plus tard, lui aussi parlait très bien anglais, et a commencé à me poser quelques questions, les habituelles, où je vivais, ce que je faisais, combien de temps je voyageais. Et ensuite la discussion a énormément tourné autour de la religion. Il m’expliqua que contrairement aux membres du village il était bouddhiste, que sa famille vivait dans une autre ville plus au nord, et que pour lui, venir au village trop longtemps pouvait parfois être dangereux en raison de sa religion. Il était également curieux concernant ma position sur la religion. Il m’a demandé si je croyais en quelque chose, si j’étais pratiquante, comment ça se passait en France, si les gens allaient beaucoup prier ou non. C’était une discussion passionnante, et j’ai regretté de ne pas avoir le vocabulaire suffisant pour en parler plus en détail. Lui était très croyant et s’interrogeait du sens que les gens donnaient à leur vie s’ils ne croyaient en rien. Cette discussion m’a fait réfléchir, moi qui suis plutôt issue d’une famille catholique mais qui ne se retrouve pas réellement dans cette religion. Mon niveau de compréhension en anglais n’était pas assez bon pour comprendre toute les subtilités qu’il me donnait concernant le bouddhisme, du coup je lui ai proposé d’échanger nos contacts afin de continuer cette discussion, car j’avais quelques questions à lui poser.

Vers 22h30 je suis retournée à mon bungalow. Je dormais à même le sol sur un très grand et épais futon, c’était très confortable et le petit plus, c’est que par la fenêtre je pouvais apercevoir la lune et les étoiles qui brillaient intensément cette nuit la. J’ai particulièrement bien dormi et me suis réveillée tôt, en même temps que le soleil. La veille j’avais demandé à prendre mon petit déjeuné tôt car j’avais un long programme qui s’annonçait. En guise de repas, j’ai eu droit à un délicieux café, moulu et préparé devant moi et servi dans une tasse en bambou. Et en accompagnement, on m’avait préparé des petits sandwichs avec tomates, concombres et omelette, un délice.

L’heure de partir arriva, et je salua et remercia Mr Hook ainsi que sa soeur pour leur acceuil, et toutes ces leçons concernant le café et les plantes médicinales. Si cette rencontre n’a été pour eux qu’une de plus avec des touristes, pour moi elle aura été unique et forte en émotions. Je repris la route tranquillement, quitta le village qui s’activait déjà autour des tâches quotidienne. Le temps était particulièrement beau, le ciel était parfaitement bleu, le soleil bien présent et la lumière de ce matin là était parfaite, rendant les reliefs aux alentours encore plus beaux et impressionnants.

 

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Ce deuxième jour, j’avais essentiellement prévu de me rendre aux plus belles chutes du plateau des Bolovens. Pour cela je devais faire le fameux croché sur la grande boucle. Après quelques heures de route et la visite d’une petite chute, j’arrivais à destination. Les chutes de Tayicsua comptaient en tout 7 chutes. Le site était plutôt grand, en pleine jungle c’était une succession de collines et il fallait compter plusieurs heures pour toutes les voir. Je n’avais que 3h devant moi, donc je devais prioriser. Après avoir garé la moto je m’enfonçais donc dans cette nature luxuriante.

La première chute était tout près, mais n’avait rien de très grandiose, celles vu précédemment sur la route avaient été plus surprenante. Je continua donc à la recherche des prochaines. Les différents sentiers étaient assez sportifs, il fallait tantôt monter tantôt descendre, et avec mon corps en carton qui n’a pas d’endurance c’était “essoufflant”. Pendant une petite ascension je pris le temps de regarder le paysage, c’était digne des films d’aventures, la jungle s’étendait à perte de vue. Et au loin on pouvait voir une chute d’eau gigantesque, elle paraissait plutôt éloignée et je ne savais pas si j’allais avoir le temps de la voir, ni même si j’allais trouver le chemin pour m’y rendre. Il y avait plusieurs sentiers mais aucune indication, donc c’était le hasard qui allait décider quelles chutes j’allais voir ou non. Je me suis lancée dans un chemin et quelques minutes plus tard je ne l’ai pas regretté. J’avais devant les yeux une des plus belles chutes du site, j’en avais rarement vu d’aussi belle, les alentours la rendaient encore plus belle. Elle tombait du haut d’une formation rocheuse et était entourée par de magnifiques fleurs au couleurs vives, et bien sûr un arc-en-ciel s’était formé au pied de la chute. J’y suis restée un certain temps pour l’admirer, il n’y avait pas trop de monde à ce moment là. Mais la population commença à arriver alors je repri ma route. Je suis remontée vers l’entrée du site, l’heure tournait et je n’avais prévu de rester que peu de temps.

Dans un restaurant j’ai de nouveau revu les filles rencontrées au magasin de moto. Il y avait Flavie, Andréane, Yasmin, Juliette et Laure. Je me suis installée avec elles, avons discuté et on a même convenu de faire la prochaine boucle ensemble, celle de Thakhek plus au Nord. Elles prévoyaient encore une journée après celle-là, donc je n’aurais qu’à les attendre une journée à Pakse pour prendre le bus de nuit ensemble.

Après réflexion je repris le chemin des chutes, c’était dommage de partir si vite alors que l’endroit était fabuleux. Sur le chemin j’ai croisé deux français qui revenait d’un sentier qui descendait à l’opposé de celui que j’avais déjà pris. Ils m’expliquaient qu’il y avait deux très belles chutes par ce chemin, et que pour la deuxième il fallait emprunter un “chemin” qui n’en était pas vraiment un. L’idée me plu alors je pris cette direction. Le sentier était déjà moins bien “formé” c’était plus sportif encore que l’autre. Je suis arrivée à la première et là j’ai pu avoir un spectacle magnifique. J’étais tout en haut d’une chute qui tombait dans la jungle. Je pouvais apercevoir l’eau qui s’écoulait tranquillement jusqu’au moment de se fracasser en bas sur des rochers toujours avec cette puissance. C’était génial d’être à cet endroit, et pour mon plus grand plaisir personne n’est venu à la rencontre de cette chute en même temps que moi. J’ai ensuite chercher le chemin qui menait à la seconde, et effectivement ça allait être sportif. Je devais commencer par traverser un “pont” qui n’était en fait qu’un énorme tronc d’arbre, sans aucune prise bien sûr, sinon ce n’est pas l’aventure. Ce premier obstacle passé, je devais maintenant progresser dans la jungle en suivant le cours d’eau. Il fallait grimper sur des pierres constamment, mais c’était plutôt plaisant, je préférait ça à devoir monter des marches par exemple. Après 15 bonnes minutes de marche j’arrivais enfin à cette chute, et quelle agréable surprise de découvrir que c’était celle que j’avais vu au loin plus tôt dans la journée. C’était celle que je préférais, elle était immense, imposante, encore plus puissante que les autres, plus sauvage aussi et très certainement la moins observée du site. Le chemin qui y menait montrait bien que peu de personne s’aventurait jusqu’ici, et si je n’avais pas eu l’information par ces deux français je ne l’aurait certainement pas trouvé non plus. Je n’ai vraiment pas regretté d’avoir pris plus de temps ici, car même si je devais faire l’impasse sur d’autres lieux sur la boucle j’étais déjà satisfaite de ce que j’avais vu aujourd’hui.

Sur le chemin du retour pour rejoindre ma moto, j’ai de nouveau croisé les filles, du coup je leur ai dis pour les deux chutes que je venais de voir et qu’elles n’allaient pas être déçues. De mon côté je repris la route pour rejoindre Pakse. J’avais pas mal de trajet à faire et du coup plus le temps pour de nouveau arrêts. Avant Pakse il fallait passer par la ville de Pakson, et Yves nous avait prévenu, la route entre les deux villes était en travaux et la conduite pouvait être difficile. Il n’avait pas tort, c’était vraiment pas agréable voir même chiant car l’état de la route est mauvais, la conduite moins sûr car tout le monde voulait se frayer un chemin pour avancer. Il y avait des endroits où on devait rouler sur des graviers ce qui ne plaisait pas trop à ma moto, ni à moi. Bref le retour au bitume en bon état m’a fait plaisir. En arrivant sur Pakse j’ai eu droit à un magnifique coucher de soleil, et à mon plus grand étonnement la conduite en ville ne m’a pas déplu ni même stressé. Au final il suffisait d’y aller tranquillement, de bien faire attention lorsqu’on voulait doubler si personne était derrière nous et ça roulait tout seul. J’ai déposé ma moto chez Miss Noy, et ai prévenu Yves que je réservais un bus de nuit pour le lendemain et que 3 autres filles m’accompagneraient. Juliette et Laure ne nous suivaient pas, elles prenaient la direction du Sud.

Le lendemain je n’ai absolument rien fait, j’ai quitté mon auberge pour me nourrir mais sinon j’ai passer le plus clair de mon temps à ne pas l’occuper, et parfois ça fait du bien. Le soir venu, on s’est rejoint le soir chez Miss Noy pour prendre le tuktuk qui allait nous emmener à la station de bus. En arrivant là-bas nous avons découvert notre super bus de nuit, le premier que j’allais prendre au Laos. On nous a installé tout au fin à l’étage, on avait donc tout la largeur du bus pour nous quatre, c’était parfait. Contrairement au sleeping bus du Cambodge il y avait deux étage distincts, donc deux allées centrales et non pas une seule où il fallait escalader pour monter dans les couchettes supérieurs, par contre il fallait se baisser car le plafond du bus était du coup plus près de nos têtes. Le trajet était mouvementé, on m’avais prévenu, les route du Laos sont pas toujours en très bon état. Mais nous sommes arrivées entières, très tôt le matin, c’était toujours la nuit et bien sûr à des kilomètres du centre. On a donc choisi de dormir dans un dortoir à côté de la station de bus, qui avait plus des air de prison avec ses matelas alignés dans une pièce sans fenêtres et une bonne odeur d’humidité. Encore quelques heures à tenir et notre nouvelle boucle dans les terres du Laos allait pouvoir commencer.

 

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Jour 28 : Pakse et Champassak, début d’un périple à moto sur les routes du Laos

Le jour de noël était aussi le jour de mon départ de Don Det pour rejoindre la prochaine destination, la ville de Paske, une des étapes un peu incontournables du Laos. Ce n’est pas tant la ville qui attire mais plutôt la fameuse boucle du plateau des Bolovens qui se fait à moto.

Le matin je repris donc le bateau puis un bus. Première grande différence avec le Cambodge, les stations de bus. Ça fait parti des points négatifs pour le coup, car les stations de bus se trouvent toujours à la sortie des villes, ce qui fait qu’on est obligé soit de s’y rendre à pied, soit de prendre un tuktuk, et bien sûr ces derniers ne se gênent pas pour gonfler un peu le prix. Ce qui se comprend mais reste très agaçant. Le mieux est encore de réserver les bus via les hébergements, ce qui évite les pertes de temps en négociation vaines.

Une fois dans le bus nous voilà partis pour quelques heures. Je peux enfin observer les campagnes laotiennes. A la différence du Cambodge, la plupart des maisons sont entourées de clôture, l’idée de propriété est plus marquée, peut être un reste du temps du protectorat français, ou peut être pas. La végétation est également un peu différente, et ce que je vois par la fenêtre ressemble un peu à une forêt au début d’un automne français. La jungle verdoyante ne fait plus trop partie du paysage par ici.

Nous arrivons enfin à Paske et par chance le bus s’arrête juste en face de mon auberge. J’y dépose directement mes affaires et part à la découverte de cette ville. Et c’est vrai qu’assez rapidement je me rends compte qu’elle n’a pas vraiment d’intéret, ou en tout cas pas dans le quartier où je me situe. Je tombe tout de même sur une sorte de centre commerciale. On y trouve principalement des vêtements, chaussures et autres accessoires. Dehors sous un préau c’est l’alimentaire que l’on peut trouver. Je mets rapidement fin à la balade, trop peu d’intérêt pour rester à trainer dans les rues. Je retourne à l’auberge et essaie de repérer le magasin de location de scooter incontournable à Pakse, celui de Miss Noy. J’ai de nouveau de la chance, le magasin est situé juste en face dans la rue. J’y vais pour prendre quelques renseignements en prévision de la loop à scooter. Le gérant, un belge nommé Yves, m’explique qu’il fait une réunion tous les soirs à 18h et que si je suis intéressée pour louer une moto je dois m’inscrire et juste venir. Je m’exécute, surtout qu’il me rassure en me disant que si je ne sais pas conduire ces petits engins il pourra m’apprendre dans une rue plus loin après la réunion. A 18h précise la réunion commence et nous sommes bien une quinzaine autour de sa petite table qui fait office de bureau. Il nous distribue à tous un plan, la boucle peut être faite en trois ou quatres jours, voir plus ou moins selon qu’on souhaite faire la petite ou la grande boucle. Il nous donne toutes les précisions à savoir sur les plus beaux endroits, l’états des routes, les incontournables,… Ce Yves est une mine d’informations. Le réunion terminée nous sommes 5 filles à le suivre pour un petit cours de moto accélé. Certaines en ont déjà conduis mais préfère vérifier qu’elle non rien perdu en conduite. Pour moi c’est la première fois. A écouter yves m’expliquer la conduite est vraiment simple. Je prends en main le scooter, et pars faire quelques tours dans le quartier. Yves insiste pour que j’en fasse un maximum, il veut être sûr qu’on soit à l’aise avant de nous lancer sur la boucle. Après 20 bonnes minutes à conduire, je m’arrête, prendre la route demain me parait faisable. Yves me conseille d’aller faire un tour à Champassak, une ville située à 40km au sud de Pakse histoire de bien apprendre à l’utiliser. Ça tombe bien, à Champassak il y a un temple que je voulais voir. Je finis ma soirée au restaurant avec 4 filles rencontrés lors de la réunion, elles partiront directem

 

Champassak, un petit peu d’Angkor au Laos, le Vat Phou

 

Le lendemain matin, après avoir récupéré mon scooter chez Yves, je suis directement partie pour Champassak. La route ne présentait aucune difficulté, la seule chose c’est que je devais réussir à sortir de la ville. Après quelques minutes j’étais enfin sur la route pour rejoindre Champassak, elle était en très bonne état, Yves avait raison c’était une bonne façon de prendre mes marques avec la moto. Les 40km faits en un peu plus d’une heure, j’arrive à destination. Le site pré-angkorien est à la sortie de la ville. C’est assez étonnant de trouver au Laos un temple de ce type, c’est comme si j’étais revenu à Siem Reap, sauf que ce site est bien plus petit. Ce qu’il a de particulier c’est qu’il a été construit sur les flanc d’une montagne. Je me gare sur le parking et pars à la découverte de ce lieu.

Un mini-bus emmène les visiteurs de l’entrée du site jusqu’au bas du temple car sinon plusieurs centaines de mètres sont à parcourir le long de deux grands bassins, des réservoirs d’eaux. Contrairement au site d’Angkor, il y a beaucoup moins d’édifices. J’entame ma visite par une longue allée avec de chaque côté quelques animaux en liberté, des vaches, des buffles. Ensuite il y a comme une entrée, puis de chaque côté deux temples. Le site est tout en longueur, ou plutôt tout en hauteur car plus j’avance, plus je dois monter des escaliers, et comme à Angkor, avec des marches plus ou moins hautes, plus ou moins régulières. Le chemin est bordé par des frangipaniers, et des centaines de fleurs tapissent le sol. Plus je monte, plus la vue sur la vallée est impressionnante, on voit tellement loin de là-haut. Lorsqu’on arrive au bout, on peut découvrir plusieurs petits sanctuaires, des roches sur lesquelles des animaux ont été gravés, ou encore une petite grotte dans la montagne dans laquelle une source d’eau sacrée s’écoule. Boire cette eau apporterait la santé et la richesse. Je suis restée quelques minutes dans les hauteurs de ce temple, la vue était tellement belle et l’endroit n’était pas trop peuplé par les touristes, ce qui le rendait agréable à visiter.

J’ai rejoint ma petite moto en fin de matinée, et suis partie à la recherche d’un endroit où manger. Dans la ville de Champassak, qui est toute en longueur, j’ai pu me poser dans un restaurant sur les bords du Mékong. Comme j’avais encore du temps devant moi, je suis retournée vers Pakse et ai pris la direction d’un petit village où se trouvait un temple qui abritait un gigantesque Bouddha, Vat Chompet. Sur la petite route qui menait au temple, habitaient les tailleurs de pierre, on pouvait les voir à l’oeuvre, ils taillaient essentiellement des bouddha et quand je suis arrivée je compris pourquoi il y avait autant de tailleur de pierre, le temple en était rempli. Le Bouddha en or était effectivement très grand et derrière lui c’était toute une campagne laotienne qui s’étendait.

Je suis ensuite rentrée tranquillement avant qu’il ne fasse nuit, ma journée de conduite s’était bien passée, je ne souhaitais pas me rajouter de la difficulté dès le premier jour. Cette expérience à moto avait été plus agréable que ce que je ne l’avais imaginé. Les deux jours suivants allaient confirmer ou non cette première impression.

 

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Un non-noël au soleil, soirée du réveillon

Ce soir c’est le réveillon de noël. Pour moi pas de neige, pas de guirlandes dans les rues, pas de chansons de noël, pas de père noël dans les centres commerciaux, car pas de centres commerciaux de toute façon. Mon décor c’est une île et même plusieurs dans le Mékong tout au sud de Laos. Pas de température négative, c’est même tout le contraire, il fait chaud la journée et le soir c’est très agréable d’être dehors.  

Malgré que ce soit le réveillon de noël je n’ai rien prévu de spécial pour ce soir. Me poser tranquillement dans un restaurant, boire quelques verres et observer comment la vie s’active ici. J’ai donc trouvé un endroit sympa où m’installer pour la soirée, un bar restaurant tenu par un français. Nous sommes tellement ici, ce n’est pas étonnant que l’un d’entre nous se soit installé définitivement.  On m’accueille avec un shot gratuit, sans me dire ce qu’il contient. Je le bois, ce n’est pas si fort pour un alcool pur, on me dit que c’est du whisky laotien. Je me cale dans un coin, sur ces petit matelas à même le sol qui incite au laisser aller total. C’est un concept que j’aime particulièrement, d’ailleurs depuis que je suis arrivée sur ces îles je n’ai pas posé mes fesses une seule fois sur une chaise. Le gérant vient rapidement me voir, vérifier que tout se passe bien, je lui fais comprendre que je suis française, ce qui facilitera la discussion. Il se présente, Jérémy.

Pour moi qui aime observer la vie qui s’agite autour de moi, ce lieu est un endroit parfait. Plusieurs nationalité se mêle ici, beaucoup de français, des allemands, des chinois. Et tout type de personne, des touristes, des voyageurs, des locaux. Certains préfèrent le bar, d’autres les petites tables et matelas comme moi, ou encore le sol pour 4 d’entre nous, qui ont trouvé de quoi se satisfaire sur une natte de paille près du feu. Il n’y a pas beaucoup de monde dans le bar, mais Jérémy a de quoi faire derrière le bar.

Ce que j’aime particulièrement dans ces voyages ce sont ces personnes, ces voyageurs, plus que les touristes. Nous avons tous quitté notre chez nous pour partir plus ou moins loin, plus ou moins longtemps, plus ou moins éloigné de nos habitudes, de notre culture, de notre langue. Mais pour quelle raison? Qu’est ce qui pousse ces individus à partir aussi loin de chez eux? Qu’est ce qui fait qu’ils n’ont aucun mal à oublier que ce soir c’est le réveillon malgré tous les artifices mis en place ce soir? Pour les présents, noël n’existe pas cette année, ou du moins on a du mal à se l’imaginer. Un mois de décembre à 30° ce n’est pas tous les ans que ça arrive. A vrai dire j’ai un peu perdu la notion du temps. Si mon téléphone ne me donnait pas la date chaque jour j’en aurais aucune idée.

J’aime tellement ces ambiances, les gens se connaissent depuis quelques jours, quelques heures, quelques minutes et tout le monde se parle, échange, rigole ensemble. Ici, qui tu es n’a pas vraiment d’importance, ce qui compte ce n’est que ce qui se passe là tout de suite, ce qui importe c’est que tu sois là, seulement là, présent. Moi je fais presque tâche dans le paysage, je ne me mélange pas vraiment, je reste dans mon coin, comme toujours. Mais j’aime ce rôle. Je suis spectatrice de la vie, je suis témoin de cet instant, de ces moments. Pendant qu’eux profitent et vivent à l’excès sans se rendre compte de cette lumière qu’ils dégagent, moi j’imprime dans ma mémoire ces rencontres, ces échanges et ces partages.

Je recroise un nouvelle fois la route de ces français rencontrés chez Vuthy au Cambodge. En même temps sur une si petite île ce n’est pas compliqué de se revoir. Ils me proposent de me joindre à eux. Pourquoi pas après tout, je ne peux qu’y gagner, je ferai partie de la frénésie de ce réveillon au soleil.

Jour 26 : Don Det – 4000 îles, petit havre de paix

Ça y est la frontière est passée, je fais mes premiers pas sur ce nouveau territoire. Concrètement rien n’a vraiment changé, et je ne m’attendais pas à des changements très flagrants au niveau de la frontière. Bien évidemment le grand changement c’est la langue et dès le premier jour le mot “bonjour” sonne à mon oreille comme la plus belle façon de saluer. Ici on dit “Sabaidi” et on met l’accent sur la dernière syllabe, on la prolonge bien. Ce qui est bien avec ce petit mot, c’est que même si tu n’es pas de très bonne humeur, le ton reste toujours le même, plutôt enjoué, donc tous les jours ne peuvent être que bons.

Avec mes 3 compagnons temporaires, nous rejoignons un petit van, et demandons s’il on peut nous emmener jusqu’au bateau pour les 4000 îles, car normalement tout le trajet est inclus avec notre ticket. Nous prenons place dans l’auto et partons direction le “port”. On demande quel bateau prendre et au final il suffit de monter à bord de celui qui se décidera à partir. Là encore on prend place dans un genre de pagode grand format. Deux autres couples nous accompagnent, des français et des belges, déjà entourée de francophones. Le trajet se fait rapidement, comme son nom l’indique, les 4000 îles est un regroupement de plusieurs petites îles dans le Mékong, c’est devenu un passage presque systématique pour les voyageurs. L’endroit a plusieurs avantages, c’est un cadre magnifique, il y a plusieurs activités possible, et c’est l’endroit parfait pour se reposer lorsqu’on est en transit entre les différents pays limitrophes. J’ai choisi l’île de Don Det car elle est généralement conseillée, et puis elle était reliée à une seconde île ce qui me permettait d’avoir plus de surface à explorer. En arrivant je découvre un petit havre de paix, une ambiance qui me plait, ce genre d’endroit où il fait bon de ne rien faire, de se laisser porter par ce qui se passe, faire un arrêt dans le temps. L’île était plutôt en longueur, il n’y avait qu’une seule route, chemin, sentier, sa définition changeait selon l’endroit où on se trouvait, qui faisait tout le tour. Nous nous sommes tous séparés allant à la recherche de notre hébergement respectif. Il y avait de chaque coté de la route, tantôt des magasins, tantôt des guesthouses ou des restaurants/bars. Les bâtiments étaient tous différents mais dégageaient la même chose, cette possibilité de détente. Pour la plupart des restaurants, le mobilier était en petit format, style asiatique pur, j’adorais cette idée et savais très bien où j’allais passer ma soirée.

L’île n’était pas très grande, mais la faire à pied avec mon backpack sur le dos rendait le trajet long. En arrivant à l’endroit où j’avais réservé je n’ai trouvé personne, juste un monsieur qui habitait en face et qui m’a fait comprendre qu’il n’y avait personne pour le moment. Le poids de mon sac à dos ne m’a pas permis de tester ma patience, je suis directement allée voir plus loin. A quelques mètres il y avait une auberge de jeunesse qui prenait 2,5€ la nuit c’était parfait et suffisant. J’ai posé mon sac, loué un vélo et suis partie à la découverte de cette petite île. j’ai seulement fait tout le tour histoire de repérer quelques coins et pour finir cette journée qui était déjà bien entamée, je me suis installée dans un de ces restaurants au bord du Mékong, avec de préférence une vue imprenable sur le couché du soleil. J’étais parfaitement bien ici, le cadre était parfait, la solitude ne me pesait absolument pas, je vivais selon mon propre rythme et mes envies, et surtout j’allais bientôt pouvoir gouter les plats laotiens. Je savais déjà que ce n’était pas le pays le plus réputé pour la gastronomie, mais j’avais tout de même hâte de découvrir comment on mangeait ici. Sans hésitation, en plus d’un plat j’ai pris une portion de sticky rice, ce riz gluant si connu. J’ai adoré! Déjà à partir du moment où tu peux manger avec les doigts ça ne peut être que bon, mais ce sticky rice, ça a été la découverte culinaire de ces premiers jours.

Pour mon second et dernier jour sur l’île j’ai de nouveau loué un vélo et suis directement partie sur la seconde île, Don Khon, celle reliée par un pont, elle était plus grande et on pouvait y voir des chutes d’eau. J’ai tout de suite pris la direction pour les voir, et j’ai bien fait car j’étais la seule dans cet espèce aménagé pour les touristes. Cette solitude n’a durée que quelques minutes car déjà les premiers arrivages de touristes chinois avaient débutés. Je pris la direction opposée, histoire de prolonger mon moment de tranquilité et d’avoir un autre point de vue sur les chutes. Elles étaient vraiment belles, l’eau du Mékong s’était frayé plusieurs chemins entre les formations rocheuses et sur la fin, l’eau traversait comme une sorte de canyon. C’était plutôt impressionnant à voir, même si celles découvertes au Canada restent pour moi les plus folles. Je suis ensuite partie pédaler un peu partout sur l’île dans trop savoir ce que j’allais trouver. Pour le coup pas grand chose, mais l’endroit se suffisait tellement à lui-même.

Je n’ai rien fait de particulier ce jour là, juste un peu de vélo. En me promenant dans la ville, j’ai pu voir tout le monde se préparer pour le réveillon. Et oui ce soir là c’était le réveillon de noël, même si le soleil brille et que je suis dans un décor de rêve. J’ai troqué guirlandes, repas de fête et cadeaux au pied du sapin, pour un tout autre cadeau.

 

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Pour moi le Cambodge c’est…

 

…Un de mes petits rêves qui s’est réalisé. Les temples d’Angkor m’ont toujours fascinés, et le fait de pouvoir enfin les voir, les visiter, fouler leurs sols, les toucher, admirer toutes ces gravures dans la pierre, tous ces détails, appréhender l’impact du temps sur ces édifices, découvrir la nature envahissante et luxuriante m’a comblé de joie.

Mais j’y ai découvert tellement d’autres choses. La rencontre avec des éléphants, la découverte des temples, de la culture cambodgienne, d’une partie de leur histoire, la dégustation des crabes de Kep, du poivre de Kampot, la détente sur des plages paradisiaques,… Lire dans un guide tout ce que ce pays avait à offrir et faire de ces descriptions une réalité était une merveilleuse concrétisation.

 

… Mon premier pays d’Asie, celui qui m’a fait découvrir ce peuple, ses modes de vie, m’a offert des paysages nouveaux, des goûts nouveaux, des odeurs nouvelles,… Je ne serai peut être jamais objective quand on me demandera si j’ai préféré le Cambodge à un autre pays d’Asie, car il est le premier a m’avoir accueilli et à avoir comblé mes attentes de petite voyageuse exploratrice.

 

… Des habitants magnifiques, des sourires par centaine, des rires d’enfants sur le chemin de l’école, de l’entraide sans attentes,… Je les ai trouvés tellement beaux ces cambodgiens, que ce soit les enfants et leur innocence, les femmes, leur cuisine et leur force de tenir un beau foyer, les hommes travailleurs, les parents et leur tendresse envers leurs enfants, les plus âgés et leurs marques du temps qui passe parcourant leurs doux visages les rendant tellement beaux.

J’ai parfois entendu dire que les cambodgiens n’étaient pas toujours très chaleureux, mais je trouve que c’est un jugement rapide. Sommes nous nous-mêmes chaleureux avec les premiers étrangers qui passent par chez nous. Je n’ai jamais attendu d’une vendeuse qu’elle soit particulièrement chaleureuse envers moi, ni même d’un serveur ou d’un chauffeur de tuktuk. Mais j’ai reçu beaucoup de chaleur de la part de certaine personne. Notre premier chauffeur taxi qui, même si son but était de gagner quelques sous, nous a transportés dans la bonne humeur chaque jour. Notre second chauffeur qui nous a offert quelques bananes frites délicieuses. La soeur de Sun qui nous a dépanné une journée avec nos gros sacs. Sun bien évidemment pour le temps qu’il a passé avec nous. Lee et Dara, nos guides du Mondolkiri qui nous ont montré leur engagement pour la cause des éléphants d’Asie. Boh, ma guide de PSE, la joie de vivre et l’espièglerie personnifiée. Kina qui a ensoleillé mon séjour à Kratie. Vuthy et Ney qui sont de magnifiques personnes qui ont le coeur sur la main et sont soucieuses de l’avenir des générations futures. Et j’en oubli certainement, mais je me souviendrai de tous leurs sourires, les moqueurs, les enjoués, le timides, les spontanés,…

Pour moi ils l’étaient, ils étaient chaleureux les uns envers les autres, ils n’avaient pas à l’être obligatoirement envers nous, mais ils avaient une des plus belle vision du vivre ensemble.

J’ai beaucoup aimé les cambodgiens, ce peuple de la débrouille, ces combattants pour un avenir meilleur que celui qu’ils ont connu et dont ils se remettent lentement mais sûrement. Je les ai trouvé très courageux, forts et plein de ressources.

 

…Une nouvelle rencontre avec moi-même. Chaque jour qui passait je me disais, “mais c’est de cette façon que je veux vivre”. J’étais à ma place, à la mauvaise place. Je me retrouvais plus dans ce mode de vie que celui qu’on peut avoir chez nous. Les gens n’accomplissaient rien de très important au cours de leur journée, ils travaillaient, faisaient certainement les mêmes choses chaque jour, mais cette routine me paraissait plus acceptable car ils avaient un but sain en faisant tout ça, faire vivre leur foyer. Ils pouvaient se lever très tôt le matin pour commencer leur journée, mais lorsqu’on les observait ils n’avaient jamais l’air de faire les choses à contre coeur. Peut être avaient ils de plus grandes espérances en terme de niveau de vie, mais ils donnaient l’impression qu’ils s’accommodaient de ces tâches quotidiennes. Et puis ils n’étaient pas particulièrement stressés, bien au contraire à en juger par le nombre de hamac sur le territoire cambodgien.

En France on vit trop vite, on travaille pour pas grand chose et on ne se satisfait de rien. Ici, les journées sont longues mais elles s’écoulent tranquillement, et les cambodgiens n’ont pas l’air de manquer de quoi que ce soit. C’est vrai qu’ils ne sont pas riches, mais ils se contentent de peu et ils me paraissent plus heureux que nous. Les pays d’Asie sont parmi les pays les plus pauvres, et pourtant quand je regardaient les cambodgiens, ils me donnaient l’impression d’être bien plus riches que nous.

Jour 25 : Stung Streng, Agréable ville-marché

Mon départ de la homestay fut un peu précipité. Je m’étais levée tôt pour avoir le temps de déguster mon petit déjeuné, mes affaires étaient prêtes, je n’avais plus qu’à attendre mon chauffeur. L’heure avait un peu dépassée mais ça ne m’inquiétais pas trop, c’était même normale ici. Je profitais d’avoir un peu de temps pour faire cadeau à Vuthy d’un livre en anglais, pour sa classe. Il parlait d’une jeune pakistanaise, Malala, ayant reçu le prix nobel de la paix pour son combat pour l’éducation des enfants. Je trouvais que ça correspondait tout à fait à l’initiative qu’avait eu Vuthy avec les enfants du village. Je n’avais pas encore eu l’occasion de voir Ney ce matin là, et je n’aurais d’ailleurs jamais l’occasion de lui dire au revoir. Vuthy est arrivé en marche rapide pour prendre mon gros sac et me dit qu’il faut partir tout de suite, que le mini-bus m’attend. J’ai juste le temps de fair mes adieux rapidement à toutes les personnes présentes et me voilà déjà assise dans un mini-bus déjà un peu rempli.

Comme à chaque trajet nous avons récupéré d’autres voyageurs, et après seulement 3h de route nous étions arrivés. Sans tarder j’ai rejoint la guesthouse que j’avais réservé pour la dernière nuit au pays pour y déposer mes affaires. En traversant la ville je découvris comme un marché géant. Il y avait des petits magasins partout, le marché central s’étendait dans presque toutes les rues de la villes. Ce dernier stop allait me plaire.

En arrivant à la guesthouse je pu enfin prendre une vraie douche bien chaude. Chez Vuthy et Ney la douche n’était que de l’eau froide dans une jarre, je n’avais donc fait que des toilettes de chat depuis quelques jours, un peu de confort après une période plus rustique était bienvenu. Je partie tout de suite après à la découverte de cette ville. J’acheta également mon billet pour ma prochaine destination, les 4000 îles au sud du Laos. Comme je vivais mes derniers instants au Cambodge et que je ne savais si mes grignottages préférés seraient également présents au Laos, je profita de cette ville-marché pour me régaler. Quelques bananes et patate douces frites, un peu de jus de canne à sucre, des brioches au porc, un bon bol de noodle soup sur le quai avec vu sur le Mékong. Ce condensé de plaisir gustatif accompagna ma petite tristesse de devoir quitter ce pays. Mais l’aventure ne s’arrêta pas là, j’allais à la découverte de nouvelles choses, de nouvelles personnes et de nouveaux paysages.

Le lendemain matin je pris la direction de la station de bus, et là surprise, je rencontrai de nouveau Adrien et Richy, un des français et l’autrichien que j’avais quitté la veille chez Vuthy. J’étais un peu plus rassurée de traverser la frontière accompagnée, elle était réputée pour être la plus désagréable à passer. En générale quelques dollars supplémentaires étaient demandés, bien évidemment cela n’avait rien d’officiel, et j’entendais souvent l’histoire d’une visite médicale à passer, qui consistait à prendre la température le tout pour 8 dollars. Ayant fait mon visa à l’avance je savais déjà qu’ils ne m’arnaqueraient pas sur ce point là, pour le reste je verrai bien.

Après une petite heure de bus nous arrivons à la frontière, le bus ne nous accompagne pas, il nous dépose quelques mètres avant et à nous de passer la frontière à pied. Premier poste frontière, celui du Cambodge. Nous devons faire la même procédure qu’à l’arrivée, c’est à dire passer nos mains sur un terminal pour identifier les empreintes digitales. Après cela, l’agent me demande 2 dollars pour le tampon, voilà donc la première arnaque. Impossible de négocier, sauf à vouloir rester toute la journée sur place à attendre qu’il veuille bien nous rendre notre passeport. J’avais pas vraiment prévu de perdre mon temps alors je lui donne la somme demandée. Nous traversons ensuite la zone démilitarisée pour rejoindre le poste frontière du  Laos. De la même façon que pour le Cambodge nous devons remplir un petit papier pour autorisée notre entrée sur le territoire. Comme j’ai déjà mon visa c’est le seul document que je rempli. L’arnaque identique à la précédente se présente, là encore 2 dollars pour faire tamponner le visa. Pas vraiment le choix je m’exécute. Nous avons tous finis nos formalités, et à ma grande surprise et j’en étais presque déçue, nous n’avons pas eu à passer de visite médicale, je n’assisterai donc pas au sketche du thermomètre.

Après n’avoir passé qu’une heure aux postes frontière nous voilà sur le territoire laotien, une nouvelle aventure commence.

 

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Jour 21 : Banlung, nature et authenticité au nord-est du Cambodge

Ce lundi matin je suis montée dans le mini-bus découvrant ce nouveau mode de voyage. L’idée c’est que tu préviens le chauffeur que tu veux faire le trajet, pour cette fois c’était jusqu’à Banlung, et lui vient te chercher ou te prend au passage. Ça implique que tu sais à peu près à quelle heure tu montes à bord du véhicule, mais tu ne sais pas à quelle heure tu pars réellement, ni à quelle heure tu arrives à destination et encore moins dans quelle condition. Lorsque je suis montée il n’y avait qu’une vieille dame et son petit-fils, nous avons pris la direction du marché et y sommes restés 20 bonnes minutes, le temps de charger des sacs, des sacs et encore des sacs, et quelques personnes également. Je pensais qu’on partait enfin, mais pas du tout, le chauffeur à fait un tour dans la ville, a récupéré encore quelques personnes et ensuite nous avons pris la direction du nord. Mais là encore le départ n’était pas effectif. Nous nous sommes encore arrêtés 20 minutes pour charger encore et encore le mini-bus, une moto avait même été accrochée à l’arrière, ainsi que des grosses couvertures et d’autres choses volumineuses sur le toit. L’intérieur du mini-bus était tout aussi rempli, de gens et de colis en tout genre. J’étais la seule “non-locale” et le chauffeur faisait particulièrement attention à ce que je sois bien installée. A côté de moi il y avait une petite dame qui était assise sur un sac de riz. Au début j’avais un peu de peine pour elle, mais j’ai vite compris que toutes ces questions de confort qu’on pourrait avoir chez nous leur passent complètement au-dessus. Pour eux ce qui importe c’est d’arriver à destination avec leur colis et les affaires, le reste ils s’en accommodent très bien. Après avoir fini de tout charger nous sommes finalement partis, pour de bon. Ce qui est marrant dans ces trajets c’est que parfois on va s’arrêter au milieu de nul part pour faire monter quelqu’un ou au contraire déposer un des passagers. Je me demandais à chaque fois comment ils faisaient pour s’organiser. Et bien un simple coup de téléphone en fait. Et tant qu’il restait une petite place dans un coin du mini-bus ça suffisait. Autant dire que le trajet était rentabilisé. C’est ce genre de chose qui me fait tant aimer ce pays, il n’y a jamais de problème ici, il y a toujours des solutions. Voyager à 25 dans un mini-bus qui n’a que 20 places c’est possible. Transporter une moto à l’arrière d’un mini-bus, bien sûr c’est possible, deux trois cordes et le tour est joué. Rouler avec un frigo accroché à un scooter, aucun problème bien fixé ça se fait très bien. Ici tout est permis, on se permet de faire tout simplement et ça fonctionne très bien comme ça. Chez nous ça sera juste inimaginable, car on part du principe que ça n’est pas possible, ici tout l’est.

Après 4h de route je suis descendue un peu avant le centre ville car la homestay où j’avais réservé se situait un peu excentrée de la ville. J’avais 20 bonnes minutes à marcher le long de cette route presque déserte. Comme au alentours de Kratie, ce n’était que des petites maisons en bois sur le bord de la route, pratiquement pas de construction “en dur”. Je suis arrivée dans mon village de destination. J’avais dû quitter la route et emprunter un chemin de terre pour y parvenir.

J’allais enfin pouvoir expérimenter un vrai séjour chez l’habitant. Cela faisait 7 mois que Vuthy et sa femme Ney avaient commencé ce concept. Je l’avais trouvé via booking comme souvent, les commentaires m’avaient particulièrement interpellés. Vuthy avait créé chez lui une école d’anglais pour les enfants du village, le tout gratuitement, il ne leur demandait absolument rien en retour. Les enfants étaient particulièrement en demande d’apprendre cette langue et Vuthy était persuadé que cela les aiderait à l’avenir, que l’éducation des enfants devaient être une priorités dans leur pays. J’ai donc découvert leur maison, une bâtisse carrée, 4 pièces, leur chambre familiale, et trois autres chambres pour les hôtes. La cuisine n’en était pas vraiment une, ou en tout cas pas du tout comme chez nous. Sur une table il y avait un réchaud, un égouttoir et une petite étagère avec une poêle, une marmite, une casserole et quelques ustensiles. Un peu de vaisselle et quelques plats et c’était tout. Le strict nécessaire. Et pour avoir fait le premier soir un peu de cuisine avec elle, c’était réellement suffisant. Il n’y avait pas d’évier, la vaisselle était faite dehors à côté de deux énormes jarres remplies d’eau. Sinon il y avait des toilettes mais pas de douche, là encore ça se faisait avec l’eau des jarres. Moi j’avais opté pour l‘option dortoir. Il avait construit un bâtiment juste derrière leur maison pour accueillir des hôtes voulant un séjour un peu plus cheap. Il y avait 6 lits en tout, trois en bas et trois à l’étage. Ils étaient parfaitement équipés avec matelas, grosse couverture, oreiller et moustiquaire, c’était vraiment parfait.

Le soir j’ai donc préparé le repas avec Ney, nous avons eu l’occasion de discuter un peu. Elle avait 24 ans, était donc mariée et avait déjà deux enfants, elle gérait un foyer, les hôtes et s’occupait des cours d’anglais quand Vuthy n’était pas à la maison. J’avais deux ans de plus qu’elle et rien de tout ça à mon actif, petit choc des cultures. Elle était vraiment jolie, elle était plutôt calme et agissait toujours avec une certaine retenue, sauf quand ses petits n’écoutaient pas, et elle se souciait toujours que nous ne manquions de rien. Elle nous faisait de délicieux plats, et de bons petits déjeuners. Le même soir j’ai fait la connaissance de Fabian, un allemand également en voyage en Asie. Il avait déjà fait le Laos et le Vietnam et venait tout juste d’arriver au Cambodge avec sa moto. Ce n’était pas son premier voyage, il était déjà parti quelques années auparavant, était revenu en Allemagne faire des études pensant avoir trouver sa voie, avait eu un doctorat en physique et au final était de nouveau parti car il n’était pas si sûr de ces choix de vie. On était beaucoup dans ce cas là. Beaucoup à ne pas réussir à rentrer dans des cases, à se poser des questions, à ne pas accepter ces schémas tout tracés qu’on est censé suivre. J’étais contente de rencontrer des personnes avec les mêmes questionnements que moi, je me sentais un peu moins seule, même si ça ne me donnait pas forcément de réponses à mes propres questions.  

 

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Des chutes, des chutes et encore des chutes !

 

La région était réputée pour les chutes d’eau et comme je n’avais pas vraiment de moyen de transport, Fabian m’a proposé d’aller les voir ensemble, ce qui m’allait très bien. Nous avons donc repéré celles à proximité. La première n’était pas très loin, j’y étais déjà allée la veille à pied. Y retourner ne me dérangeait pas, surtout que le ciel était couvert lorsque j’y suis allée et là nous avions un temps magnifique. Il y avait deux chemins possible pour la voir. Pour le premier il fallait descendre un escalier et nous avions donc une vue d’en bas, et pour l’autre un escalier nous menait à un pont en bois. Autant dire que je n’étais pas très sereine surtout qu’il bougeait beaucoup. Mais la vue était également très belle de ce point de vue, donc ça valait bien quelques petites frayeurs.

La seconde chute était à quelques kilomètres, elle était beaucoup plus impressionnante et plus large. Un chemin menait tout en bas de la chute, on pouvait également marcher sous une formation rocheuse, et un petit autel avec une statue de Bouddha avait été placée là, et quelques offrandes avaient été déposées.

Nous avons ensuite pris la route pour le village de Lumphat où avait été tourné le film Apocalypse Now. La route pour y aller était en fait un sentier de terre, la même terre rouge orangé du Mondolkiri. J’appréciais vraiment de faire ces trajets en moto, à plus forte raison que je ne conduisais pas. La moto, comme le vélo est un moyen de transport agréable, elle offre une vraie sensation de liberté. Après quelques kilomètres nous sommes retombés sur une route goudronnée et heureusement car le village n’était pas tout près. Lorsque nous y sommes arrivés nous avons découvert un village sans grand intérêt, il n’y avait tout simplement rien à voir. Nous sommes donc repartis en direction de Banlung pour déjeuner. Il m’a emmené dans un restaurant dans lequel il était allé la veille, avec une superbe vue sur les collines aux alentours, et mon plats était vraiment très bon.

Un des principaux lieu d’intérêt de la ville était Yeak Laom Lake. Un magnifique lagon dans un cratère de volcan plus du tout en activité, qui formait un cercle parfait. C’était un endroit où les locaux venaient pour passer du temps en famille, et tout simplement flâner, se baigner. Nous y sommes allés après le déjeuner, c’était vraiment très plaisant comme endroit. J’avais prévu le maillot de bain et je n’ai pas beaucoup hésité avant d’aller dans l’eau, la température était parfaite, l’eau était très claire, et cette sensation d’être au centre d’une piscine naturelle au milieu de la jungle était géniale. Nous y sommes restés un certains temps avant de repartir à la chasse aux chutes d’eau. Il nous en restait une à faire, elle était un peu plus excentrée de la ville. Plus nous avancions sur le trajet plus la route changeait. Au début c’était toujours la route goudronnée, puis la poussière orange a fait son apparition, la route devenait ensuite sentier puis s’élargissait à nouveau. Fabian se débrouillait très bien avec sa moto, moi je serai déjà tombée plusieurs fois. Après avoir roulé 20 bonnes minutes nous sommes enfin arrivés à la chute, c’était certainement la plus belle de la journée. Elle était très grande, en plein milieu de la jungle, entourée par la végétation. On pouvait aller sur le haut de la chute mais aussi tout en bas, et on pouvait même marcher derrière, il fallait juste être prudent et ne pas glisser. Nous étions déjà en fin d’après-midi et le soleil commençait déjà à décliner. Fabian aimait beaucoup les couchés de soleil et voulait que l’ont reste le plus longtemps possible avant qu’il ne fasse trop sombre pour rentrer. Ça ne me posait aucun problème, l’endroit était tellement magique qu’y rester plus longtemps ne me dérangeait pas du tout. Du haut de la chute on pouvait voir le soleil juste en face de nous, c’était un spectacle magnifique, le temps s’était arrêté, j’avais encore une occasion inespérée de contempler cette nature luxuriante qui s’étendait à perte de vue.

Avant qu’il ne fasse trop nuit, nous avons pris la route du retour pour rentrer chez notre gentille petite famille cambodgienne. Lorsque nous sommes arrivés, le nombre d’habitants avait fortement augmenté. Il y avait 6 français qui venaient de revenir de 3 jours de trek dans la jungle, un autrichien et un brésilien fraichement arrivé également. Ca allait faire une grande tablé pour le soir. Lors du repas, Vuthy nous a proposé de faire un trek le jour suivant. Il nous a exposé les différents programmes et avec le brésilien, l’autrichien et Fabian nous avons opté pour l’option 2 jours 1 nuit dans la jungle. Au programme, trajet en pagode, marche dans la jungle pour rejoindre une cascade, camping en hamac sur place, retour vers le village de minorité ethnique de notre guide et retour à la homestay.

 

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Treck dans la jungle

 

Nous sommes partis assez tôt la matin, notre périple commençait par un trajet en tuktuk interminable, toujours dans cette poussière rouge qui recouvre toute la végétation aux alentours. Après plus de 30 minutes de route, nous arrivons à un village au bord du fleuve Tonle San. Notre chauffeur nous dépose près du quaie où sont amarrés des pirogues. Notre guide pour le trek est dans l‘une d’elles, la vraie aventure commence. La suite du trajet se fait donc en pirogue, ce petit bateau tout en longueur, très peu large, et qui bascule assez facilement si le poids n’est pas bien réparti. Le trajet est très agréable, en plus nous avons beau temps, et la lumière rend les paysages vraiment magnifiques. “Neg” notre guide nous mène jusque qu’à sa ferme afin de récupérer le nécessaire pour le camping. Nous entamons une longue marche dans la jungle sur un sentier. Ce n’est qu’après une heure et demie de marche que nous nous arrêtons pour le déjeuner. Nous prenons place sur un tronc d’arbre. Au menu du riz, de la viande et quelques légumes. A la fin du repas, Neg sort son tabac et va cueillir une feuille d’arbre assez grande. Il s’en sert pour rouler sa cigarette et nous propose de fumer avec lui. Je refuse sa proposition car ça ne m’intéresse pas forcément mais j’apprécie voir Neg fumer de cette manière. Neg fait parti d’une minorité ethnique, il vit dans un village dans la jungle avec sa femme et ses quatre enfants. A le regarder faire depuis le début de notre trek, je me dis qu’il pourrait très bien survivre seul dans la jungle avec comme seuls outils sa machette et son briquet. Il est plus petit que nous mais porte un sac bien plus gros et bien plus lourd. J’aimais bien ce personnage, il était une force tranquille. La suite du trajet fut plus sportive, nous marchions sur un sentier qui disparaissait de plus en plus. Il y avait ensuite de longues montés, jusqu’au sommet de ces hautes collines, qui nous offrent toujours un magnifique spectacle. Nous avons fait une petite pause avant la dernière ligne droite qui n’est autre que la descente de la colline. Je déteste les descentes, mais quand on grimpe il faut s’attendre à devoir le faire. Neg s’arrête en chemin pour récupérer un morceau de bambou, puis du bois pour le feu. Peu de temps après nous arrivons au but de notre journée, la cascade. L’endroit est magnifique, la chute d’eau est immense et puissante et en bas l’eau fait comme un bassin. Sans tarder nous allons nous baigner, le soleil va bientôt se coucher et nous voulons en profiter un maximum.

Après la baignade nous retournons à notre camp, nous devons installer nos hamacs avant qu’il ne fasse trop sombre. Neg a déjà commencé à préparer le diner. Notre plat de ce soir sera de la bamboo soup. Un plat d’ici, où on place les aliments dans le tronc du bambou et on le place ensuite sur le feu. L’eau présente naturellement dans le bambou permettra de faire mijoter le tout et donnera la soupe. Neg rajoute l’assaisonnement et nous passons à table. Nous avons comme accompagnement du riz comme souvent, cuit sur un second feu, le repas est vraiment délicieux. Neg découpe d’autres bambous pour faire des verres. Ils servent pour l’alcool de riz, c’est assez fort mais nécessaire pour nous tenir au chaud cette nuit. Lorsque le soleil se couche on commence à découvrir une jungle nocturne, le son de la cascade est toujours là, on entend quelques bruits d’insectes ou de petits animaux et il y a ces insectes volants qui font de la lumière également, sans oublier les étoiles en nombre ce soir. Ici les nuits sont très fraîches, heureusement on avait prévu de grosses couvertures, même une supplémentaire n’aurait pas été de refus.

Le lendemain matin on s’est réveillé assez tôt, en même temps que le soleil. Il faisait encore très froid et sortir de nos couvertures était difficile. Heureusement Neg, levé depuis plus longtemps que nous, nous avait refait un bon feu et avait déjà commencé à préparer le petit déjeuné. Encore du riz, des légumes, du pain, de quoi se régaler comme toujours. Les garçons s’était arrêté le jour précédent lors du trajet pour acheté des sachets de café, c’était une bonne idée car nous avions tous du mal à nous réveiller. J’ai fait la vaisselle, afin d’aider Neg qui s’occupait d’absolument tout depuis la veille. Nous avons ensuite replié nos hamacs et avons repris la route, encore un peu endormis. Nous avons marché toute la matinée pour rejoindre la petite plage par laquelle nous étions arrivés la veille. Quelques enfants y jouaient et Neg nous dit que trois d’entre eux étaient les siens. Dans le lot il y avait une petite fille adorable, qui faisait un peu la tête car son frère ne voulait pas jouer avec elle. Elle rejoigna donc son papa qui était en train de nous préparer notre dernier repas de survivant. Il avait planté 3 morceaux de bois dans le sol, placé quelques branches et feuilles en dessous pour le feu et le gros plat sur le dessus. Le repas était encore une réussite. Après le repas, Neg confia ses affaires à son autre fille, plus grande, pour qu’elle les ramène à leur ferme. Nous sommes montés à bord de la pirogue et prenons la direction du village de Neg. Il était situé plus en aval de sa ferme. Il était plutôt grand pour un village, assez étendu en tout cas. Il nous amena voir l’école qui avait été construite quelques années auparavant, puis c’est à sa maison qu’il nous accompagna. C’était une simple maison en bois, sur pilotis, plutôt grande. Il possédait plusieurs animaux, comme la plupart des gens du village. L’heure était ensuite venu de rentrer. Nous montions pour la dernière fois dans cette pirogue dont il fallait évacuer un peu l’eau qui s’infiltrait lentement. Revenus au point de départ de cette aventure, nous remercions Neg pour nous avoir guider dans cette belle jungle. Notre tuktuk driver de la veille nous attendait, et une bonne demie-heure plus tard nous étions de nouveau à notre homestay.

 

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Ce soir là également le nombre d’hôtes avaient encore bien augmenté, il y avait de nouvelle têtes. Je demanda à Vuthy s’il était possible d’avoir un bus pour le lendemain, mon voyage au Cambodge touchait à sa fin et je devais rejoindre Stung Treng, la dernière ville du Cambodge avant la frontière pour le Laos. Comme toujours, trouver un mini bus n’était pas un problème ici et il me confirma quelques minutes plus tard mon horaire de départ. Nous avons encore passé une bonne soirée tous ensemble, Ney nous concocta un très bon diner et les plus fêtard ont prolongé la soirée jusque tard dans la nuit. Moi j’ai préféré mon lit et mes couettes bien chaudes.

Jour 18 : Départ vers le Nord et découverte de Kratie

Ce matin là je quittais la ville de Phnom Penh définitivement, mon aventure se poursuivait dans le nord du pays. Je devais rejoindre par bus la ville de Kratie, située sur les bords du Mékong. Mon bus partait en milieu de matinée et n’est arrivé qu’en tout fin de journée, le trajet m’avait paru bien long. En arrivant, nous avons tout de même eu droit à un magnifique couché de soleil, la ville était reconnue pour être l’une des meilleure place pour l’admirer.  

Par chance le bus nous avait déposé juste à côté de ma guesthouse. C’est à cet instant que j’ai fait une nouvelle belle rencontre, celle de Kina. Elle travaillait à la guesthouse, parlait très bien anglais et s’occupait des réservations, de prendre les commandes, de gérer les réservations des différentes activités que l’endroit proposait (vélo, kayak, ticket de bus,…). Elle était particulièrement enjouée, elle plaisantait beaucoup et avait envie de voir les gens être contents et surtout qu’ils s’amusent. Elle avait été particulièrement gentille avec moi et nous avons très vite sympathisé. Au cours de la soirée je me suis joins à deux voyageurs qui venaient du Laos. On a discuté un peu sur leur voyage et le mien. Kina nous a rejoint et nous avons ensuite passé la soirée à jouer aux cartes. C’était une soirée vraiment agréable et leur compagnie était la bienvenue après avoir passé quelques jours seules.

Le lendemain matin alors que je prenais mon petit déjeuné, Kina m’a proposé de l’accompagner prendre le sien en ville. J’ai abandonné mon repas pour la suivre. C’était la première fois que je montais sur un scooter derrière quelqu’un que je connaissais à peine. Mais cette pensée est vite partie, après tout on est au Cambodge, conduire des scooters c’est presque inné chez eux alors ça ne servait à rien d’avoir des appréhensions. On est arrivée dans une des rues les plus animées de la ville, près du marché. On a pris place sur des tabourets dans un des boui-boui et à voir comment Kina discutait avec la p’tite dame j’ai compris que c’était son endroit favoris pour prendre son repas du matin. Malgré que j’avais déjà pas mal mangé quelques minutes avant, j’ai tout de même pris un bol de soupe pour l’accompagner. Ca faisait depuis le début du voyage que je voulais manger à ces boui-boui alors je n’allais pas laisser passer cette occasion. Dans ce bol il y avait donc du bouillon, des nouilles, un peu de viande, et beaucoup de légumes. On avait devant nous tout un tas de sauces et condiments à rajouter en fonction de nos goûts. Kina mangeait épicé, moi je suis restée soft, cette soupe était délicieuse, je n’ai pas regretté d’être montée sur ce scooter.

 

Balade à vélo à la rencontre de Phnom Sambok Pagoda

 

En revenant, Kina a repris le travail et moi je suis partie avec un vélo parcourir un peu les alentours de la ville. Elle n’était pas très grande, mais très agréable car il y avait peu de touristes qui s’arrêtaient par ici. Plutôt que de rester dans le centre, j’ai pris la direction du nord en longeant le Mékong. A 12 km se trouvait une pagode, perchée sur une colline, et d’après certains voyageurs la vue était plutôt sympa. J’ai donc pédaler sur une route, qui n’avait de route que le nom. C’était plutôt un grand sentier, pleins de trous, par moment avec un peu de bitume, mais bien recouvert par la terre. J’avais enfin l’occasion de rencontré un Cambodge plus authentique, les villages qui bordaient le Mékong n’avaient rien à voir avec ceux que j’avais vu précédemment. Les habitations étaient essentiellement en bois, très rudimentaires, toujours sur pilotis mais cette fois avec plus de hauteur. J’appréciais aussi de remonter sur un vélo. Pas que les faux plats canadiens me manquaient, mais c’est toujours plus agréable de circuler avec ce deux roues non motorisé. Le rythme est plus plaisant, l’arrêt plus simple, la sensation d’avancer plus légère. Et puis ça m’a donné l’occasion de rouler avec les écoliers. C’est assez drôle de les voir à deux ou trois sur un vélo bien trop grand pour eux. Une des choses que j’adorais aussi au Cambodge, c’était ces espèces de grandes plateformes en boite, un genre de grande table carré, qui servaient principalement à s’y installer, plus ou moins confortablement, et de ne rien faire. Un concept qui allait parfaitement avec ma paresse. Je suis arrivée à la pagode non sans difficulté car absolument pas indiquée. Au pied d’un long escalier, j’ai enfilé un pantalon supplémentaire et mis une veste, tenue correct exigée pour la visite des temples. Pour y accéder il fallait donc monter ce grand escalier et tout du long j’étais escorté par des statues de Bouddha. Arrivée en haut, une petite troupe de singes m’a surprise, je m’attendais pas à en voir ici, alors qu’au final c’est un peu normale. L’endroit avait une ambiance particulière, je n’arrivais pas à savoir si des moines vivaient sur place, à part cinq ou six touristes je n’avais croisé personne. Les lieux étaient comme délaissés, les bâtiments étaient en mauvais état, des feuilles mortes tapissaient le sol et des déchets trainaient un peu partout. En me promenant je découvrir que la pagode était en faite très grande et s’étendant sur plusieurs niveaux. Il fallait encore monter quelques escaliers, toujours accompagnés de Bouddha. On pouvait faire le tour du temple et la vue était réellement très belle. C’était un lieu apaisant, et en me promenant, j’ai pu apercevoir un moine dans une petite cabane, jamais j’aurais pensé qu’ils vivraient dans ce genre d’endroit, mais le lieu devait réellement être propice à la méditation. Je repris la route du retour sur mon vélo et rentra tranquillement. Je passais le reste de ma journée à me promener dans les rues, à pied, le marché n’était pas encore fermé, et les magasins alentours étaient encore ouverts même si l’agitation du matin n’était plus vraiment là.

 

Une sortie kayak qui fini en bateau

 

Le lendemain une journée sportive m’attendait. J’avais prévu de faire la sortie kayak sur le Mékong à la rencontre des dauphins de l’Irrawaddy, une espèce de dauphins d’eau douce de plus en plus rare mais encore présente dans les eaux du Mékong et Kratie était une des villes où on pouvait les observer. On est donc partis assez tôt le matin rejoindre le point de départ, à une vingtaine de kilomètres de la ville en amont du fleuve. Nous étions un petit groupe de 6 personnes plus notre “guide” qui n’était autre que le patron de la guesthouse. Il m’a mis en doublon avec un anglais. J’étais devant, lui derrière, nous sommes partis les premiers sans vraiment savoir quelle direction nous devions prendre. Les autres ont mis plus de temps à se mettre à l’eau et lorsque notre guide s’est lui-même mis à l’eau dans un kayak individuel il est parti rapidement dans une direction un peu opposé à celle que nous avions pris. Alors on commença à ramer aussi fort qu’on pouvait pour le rejoindre. Le soucis c’est que mon partenaire était un peu lourd et sous son poids le kayak prenait souvent l’eau à l’arrière et se remplissait de plus en plus. Cette situation le faisait plutôt rire, moi pas vraiment. Avec mon tempérament quelque peu solitaire, devoir dépendre de quelqu’un était déjà quelque chose mais en plus me dire que je risquais de finir à l’eau ça ne me faisait pas spécialement rire. Ça n’a pas loupé, nous sommes arrivés dans de petits rapides et l’eau s’est encore plus vite infiltrée, et bien évidemment ce qui devait arriver arriva, on a basculé et plouf dans l’eau. Mon agacement était bel et bien de la partie. La baignade dans le Mékong ne me dérangeait pas vraiment même s’il y avait beaucoup de courant et que l’idée de dériver sur une grande distance me rassurait pas vraiment. C’était d’être à l’eau du fait d’un autre qui ne me plaisait pas beaucoup, ma nécessité de tout contrôler avait volé en éclat. Pour me sortir de là je me dis que le mieux c’était de transférer l’énergie de mon agacement dans mes jambes histoire de nager vers un îlot le plus vite possible. J’avais laissé la tâche de tracter le kayak à mon partenaire, sauf que voyant qu’il ne s’en sortait pas trop je suis retourné l’aidé. Autant dire qu’avec le courant c’était peine perdu et à ce moment là le sort du kayak m’importait peu. Mais heureusement un pêcheur passait par là avec son bateau à moteur et a pris en charge le kayak.  Maintenant il fallait nager jusqu’à une petit île histoire de pas passer la journée dans l’eau. Le guide m’avait indiqué une petite île juste à côté, sauf qu’avec le courant la tâche s’avérait peu facile. Ça faisait 15 minutes que je me débattais dans l’eau et j’étais fatiguée, mais avec ce qui me restait de force, j’ai nagé comme si ma vie en dépendait, alors que pas du tout, et j’ai réussi à rejoindre cette fichue île ridiculement petite. Après quelques minutes, quand tout le monde m’a rejoint sur l’île, nous sommes tous remontés à bord de nos kayaks, et cette fois j’étais positionnée à l’arrière. Nous sommes repartis à la rencontre des dauphins, et vu l’épisode qui venait de se passer je serai pas repartie sans en voir vu, ils avaient intérêt à se montrer les petites bêtes. Le guide n’était pas facile à suivre avec tous les courants et les autres avaient un peu de mal avec la navigation. Du coup, pendant que mon partenaire et moi attendions au niveau du point de vue pour apercevoir les dauphins, le guide était parti récupérer les auteurs. Le soucis c’est qu’avec le courant, après quelques minutes on ne voyait plus personne. On est resté seuls pendant 20 minutes en plein soleil agrippés à une branche. On a décidé de bouger et de rejoindre la rive qui n’était pas très loin, se lancer à leur recherche sur l’eau c’était peine perdu et risqué vu la largeur du fleuve et le courant. On avait fait le bon choix car après avoir ramé 5 minutes nous avons été rattrapés par un bateau à bord duquel se trouvaient nos compagnons de kayak. C’est à ce moment que la session kayak pris fin. Nous sommes restés à bord du bateau pour rejoindre un autre point de vue pour les dauphins et après avoir coupé le moteur les premiers ont montré le bout de leur nez, ou plutôt de leur nageoires. Comme toujours les photos ne donnaient rien, je me suis donc concentrée à les admirer. Ils ont fait des apparitions à plusieurs reprises, j’étais contente d’avoir pu en voir malgré cet épique aventure en kayak. Nous avons ensuite repris la direction de la rive et au final nous étions assez près du bord de l’eau. Même avec les pieds sur la terre ferme ils auraient été visibles. Mais ça restait une aventure amusante après coup et au moins j’aurais eu la “chance” de nager dans le Mékong.

 

Après cette courte activité kayak, il n’était que 12h30, nous sommes retournés à la guesthouse. Et comme a veille je suis partie me promener en ville, je devais acheter quelques snacks pour le lendemain, car le départ de cette ville tranquille approchait. Le soir j’ai accompagnée Kina dans de nouvelles parties de cartes, mon partenaire de kayak jouait avec nous ainsi que deux autres voyageurs, un allemand et un anglais.

C’était ma dernière soirée avec Kina, mais je savais que nous n’allions pas perdre contact. Elle avait été la belle rencontre de ce début de voyage en solitaire. Elle faisait partie de ces rencontres que je n’ai pas envie d’oublier avec le temps, elle trouve donc naturellement sa place dans mon récit.

 

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Jour 17 : “Pour un sourire d’enfant”, découverte d’une belle réussite

Avant de venir au Cambodge, j’avais déjà entendu parler de ce couple français qui était venu ici au début de leur retraite, et qui avait décidé d’y rester pour venir en aide aux enfants de ce pays. Je m’étais dit qu’il serait intéressant d’aller à la rencontre de cette association afin de comprendre un peu mieux la situation des enfants et comment ils avaient fait pour leur permettre d’avoir un meilleur avenir. Par chance l’association proposait des visites, il suffisait d’envoyer une demande par mail. C’est ce que j’avais fait en revenant sur Phnom Penh et j’avais rapidement reçu la confirmation de mon rendez-vous.

J’avais passé ma matinée dans un petit café et avais pris la direction de l’association vers midi. Je souhaitais m’y rendre à pied et il fallait bien prévoir une heure de trajet. Traverser la ville était intéressant, j’avais longé une avenue surpeuplée de voiture, puis quelques minutes avant de rejoindre l’association, je devais arpenter des ruelles. J’avais l’impression de me trouver dans un village, plus qu’à la capitale.

En arrivant à PSE je suis accueillie par une cambodgienne d’une vintaine d’année, elle me faire remplir un formulaire et me conduit à la boutique en attendant l’heure du rendez-vous car j’ai un peu d’avance. Vers 14h je retourne à l’accueille pour pouvoir commencer la visite. On m’explique que je ne pourrais pas l’avoir en français car le responsable des visites a un impératif, ça sera donc une cambodgienne, Boh, pleine de vie qui me fera la visite en anglais. Comme j’avais pris le temps de me renseigner sur l’association avant mon arrivée, je comprenais l’essentiel de son propos.

L’association avait été créée il y a un peu plus de 25 ans. Lorsque Christian et Marie-France sont arrivés au Cambodge, le régime Khmer Rouge venait de prendre fin et il avait laissé le pays dans une grande pauvreté. A Phnom Penh, lorsque ce couple de français a découvert que les enfants de la ville vivaient dans la décharge, ils n’ont pas réfléchi longtemps pour prendre la décision d’agir et de leur venir en aide. Les enfants, orphelins pour la plupart, étaient livrés à eux mêmes, à longueur de journée ils cherchaient dans la décharge de quoi se nourrir, récupéraient tout ce qu’ils pouvaient trouver pour les revendre ensuite et pouvoir s’acheter à manger ou rapporter l’argent dans leur foyer.

Au début l’association a pris en charge quelques enfants. Ils les ont sortis de cet environnement, les ont soignés, leur ont donnés un toit, et permis d’intégrer l’école. Au fur et à mesure, ce sont de plus en plus d’enfants qui ont été pris en charge. Avec le soutien des donateurs et celui du gouvernement, l’association a pu prendre une plus grande ampleur. Une école a été construite, les enfants pouvaient intégrer la maternelle, le primaire, le collègue ou encore le lycée. en fonction de leur niveau, ils intégraient ou non des classes de remise à niveau. Un suivi psychologique était également mis en place au besoin. Ils étaient orientés vers différentes filaires, soit le cursus général pour leur permettre d’entrer ensuite à l’université, soit des formations professionnelles, elles-mêmes déterminées en fonction des potentiels débouchés. Mais l’association ne s’arrêtait pas là, elle accompagnait également les familles. Bien souvent les familles étant très pauvres les enfants ne vont pas à l’école pour aider et travailler. En s’occupant également des familles les plus démunies, l’association permettait de donner un environnement favorable aux enfants et de leur permettre d’aller à l’école et donc par le suite trouver un emploi.

Pendant la visite Boh me montre les différentes classes, des panneaux explicatifs viennent compléter ses explications. Elle m’explique également qu’aujourd’hui il y a une sorte de compétition organisée par l’école. Les étudiants des filières professionnelles sont mis en situation et sont évalués par un jury constitué de professionnels reconnus dans chacun des domaines. J’assiste donc à une compétition entre de futurs cuisiniers, des managers hôteliers, des comptables. L’évènement rassemble un grand nombre d’étudiants, certains sont là pour soutenir leurs camarades, d’autres attendent leur tour pour passer devant le jury. C’était vraiment chouette de découvrir cet évènement et de faire partie de cette ambiance qui était plus festive que compétitive. Après avoir visiter l’école, c’est le dortoir des étudiants que je découvre. Il y a plusieurs bâtiments, et ils ont à disposition une aire de jeux et un terrain de foot pour s’occuper. Tout est fait pour que les enfants évoluent dans un environnement sain et adapté à leur besoin. La visite s’est terminée et j’ai remercié ma guide adorable. J’étais contente au final de l’avoir faite avec elle. A chaque fois que l’on croisait des gens, elle s’arrêtait leur parler, les taquinait et tout le monde avait l’air de beaucoup l’apprécier. Avant de partir elle m’a demandé si je voyageais seule, je lui ai répondu que oui, elle avait l’air impressionnée. Elle l’a été d’autant plus quand je lui ai dit que je retournais à mon hôtel à pied, elle m’a d’ailleurs prise dans ses bras en me disant que j’étais courageuse et m’a dit “au revoir”. J’ai repris ma route, sous une petite pluie fine, la première fois qu’elle tombait depuis mon arrivée.

 

Depuis le début de mon voyage au Cambodge, les enfants m’ont tout de suite plu. Alors que je les évite en France, ici je ne pouvais que les adorer. Ils étaient tellement beaux, avec de petits yeux malicieux ou des petites moues grincheuses. Ici les enfants s’amusent d’un rien, ils n’ont qu’à trouver un bout de bois et ça leur suffit pour s’imaginer un univers qui les occupera toute la journée. Bien souvent ils sont plusieurs à jouer ensemble.

Je voyais de vrais enfants. Des enfants au regard pétillant, plein de vie, les yeux grands ouverts sur ce qui les entouraient. Ils étaient joyeux, souriants, j’en ai rarement vu pleurer ou piquer des colère. Dès qu’ils étaient en capacité de marcher seul, ils étaient presque livrés à eux-mêmes. Les parents les surveillaient, mais ils étaient plutôt autonomes, ils allaient et venaient comme ils le voulaient, ils faisaient leur vie. Bien évidemment il n’y a pas de service de garderie ou de nounou au Cambodge, ou alors pour les famille des villes peut être plus aisées. Au mieux il y a les grands-parents présents au foyer qui peuvent s’en occuper. On pouvait donc souvent voir les jeunes enfants au travail avec leur parents.

Normalement tous les enfants sont censés être scolarisés, mais il arrivait parfois d’en voir aider leurs parents dans les champs, dans les boutiques ou sur les marchés. Et bien souvent après l’école, ils allaient également les rejoindre pour les aider. J’adorais les regarder prendre le chemin de l’école ou les voir retourner chez eux leur journée d’étude terminée. Ils étaient tous en uniformes, ça les rendaient encore plus beaux. Certains rentraient à pieds, d’autres à vélo ou encore en scooter, à deux ou trois sur ces deux roues. Et toujours ce sourire et cette joie de vivre qui les accompagnaient.

Ce que je préférais surtout c’était leur “Hello!” et leur petit coucou de la main. Qu’ils soient tout jeunes, collégiens ou lycéens, dès que les jeunes cambodgiens voyaient des occidentaux ils nous saluaient avec un sourire qui espérait un retour de notre part. Je leur répondais à chaque fois. Ce n’était qu’un mot qui pouvait paraitre anodin, mais ils étaient tellement contents d’avoir une réponse et moi je gagnais un peu plus de sourire. Les plus à l’aise avec l’anglais demandait ensuite mon prénom. C’était une sorte de rituel qui me plaisait beaucoup. Si un simple “bonjour” chez nous pouvait donner autant de sourire ça sera tellement plus agréable.

Jour 16 : Début d’un voyage en solitaire

Les filles se sont levées pour leur dernière fois au Cambodge, nous sommes allées prendre notre petit déjeuné, puis l’heure du départ pour elles avait sonné. On s’est dit au revoir, on s’est prises dans les bras pour une dernière fois avant quelques mois, elles m’ont souhaité un bon voyage et elles ont franchi la porte. Elles étaient parties, mon voyage solo commençait.

J’ai profité du luxe de cet hôtel pour prendre un bon bain, un peu trop longtemps car la réception m’a fait comprendre que l’heure du check out arrivait et que je devais quitter la chambre.

Je suis partie de l’hôtel suis partie marcher dans les rues de la capitale. Je n’avais rien de prévu pour cette première journée en solitaire. J’avais juste envie de prendre mon temps, marcher tranquillement, aller dans des endroits où je n’étais pas encore allée. J’ai pu profiter de ce temps également pour appeler en France, donner des nouvelles, entendre la voix de mes parents, plutôt que lire leurs messages, ça faisait du bien. Raconter mes premiers jours, mes premières impressions, mes prochaines étapes.

Pour les deux prochaines nuits j’avais réservé un lit dans une auberge, tout à côté du musée du génocide. Pour rejoindre mon futur lieu de séjour, je suis passée par une des grandes avenues de la ville, celle où on peut voir le monument de l’indépendance. Une allée piétonne est située entre les deux voies, et en y marchant j’ai pu voir des groupes d’hommes jouer à un jeu qui consistait à se faire des passes, comme avec un balon, mais j’étais plus une sorte de volant. Des hommes de tout âge y jouait, soit ils formaient une sorte de ronde soit ils jouaient à deux. Ils faisaient preuve d’une grande dextérité, et en générale les plus âgés se débrouillaient mieux que les plus jeunes. J’ai repris ma route après les avoir observé quelques minutes, et après un long trajet à pied je suis enfin arrivée à mon auberge. J’avais le dortoir des femmes pour moi toute seule, c’était très propre et très confortable, et en prime une terrasse sur le toit, cet hébergement était une bonne surprise. Le soir venu, je suis simplement allée dans un restaurant local en face de l’auberge. J’ai pu déguster un délicieux chicken amok, un plat typique du Cambodge.

Ma première journée n’avait pas été très remplie mais elle avait été simple et agréable. La journée suivante allait être un peu plus active.