Ce soir c’est le réveillon de noël. Pour moi pas de neige, pas de guirlandes dans les rues, pas de chansons de noël, pas de père noël dans les centres commerciaux, car pas de centres commerciaux de toute façon. Mon décor c’est une île et même plusieurs dans le Mékong tout au sud de Laos. Pas de température négative, c’est même tout le contraire, il fait chaud la journée et le soir c’est très agréable d’être dehors.
Malgré que ce soit le réveillon de noël je n’ai rien prévu de spécial pour ce soir. Me poser tranquillement dans un restaurant, boire quelques verres et observer comment la vie s’active ici. J’ai donc trouvé un endroit sympa où m’installer pour la soirée, un bar restaurant tenu par un français. Nous sommes tellement ici, ce n’est pas étonnant que l’un d’entre nous se soit installé définitivement. On m’accueille avec un shot gratuit, sans me dire ce qu’il contient. Je le bois, ce n’est pas si fort pour un alcool pur, on me dit que c’est du whisky laotien. Je me cale dans un coin, sur ces petit matelas à même le sol qui incite au laisser aller total. C’est un concept que j’aime particulièrement, d’ailleurs depuis que je suis arrivée sur ces îles je n’ai pas posé mes fesses une seule fois sur une chaise. Le gérant vient rapidement me voir, vérifier que tout se passe bien, je lui fais comprendre que je suis française, ce qui facilitera la discussion. Il se présente, Jérémy.
Pour moi qui aime observer la vie qui s’agite autour de moi, ce lieu est un endroit parfait. Plusieurs nationalité se mêle ici, beaucoup de français, des allemands, des chinois. Et tout type de personne, des touristes, des voyageurs, des locaux. Certains préfèrent le bar, d’autres les petites tables et matelas comme moi, ou encore le sol pour 4 d’entre nous, qui ont trouvé de quoi se satisfaire sur une natte de paille près du feu. Il n’y a pas beaucoup de monde dans le bar, mais Jérémy a de quoi faire derrière le bar.
Ce que j’aime particulièrement dans ces voyages ce sont ces personnes, ces voyageurs, plus que les touristes. Nous avons tous quitté notre chez nous pour partir plus ou moins loin, plus ou moins longtemps, plus ou moins éloigné de nos habitudes, de notre culture, de notre langue. Mais pour quelle raison? Qu’est ce qui pousse ces individus à partir aussi loin de chez eux? Qu’est ce qui fait qu’ils n’ont aucun mal à oublier que ce soir c’est le réveillon malgré tous les artifices mis en place ce soir? Pour les présents, noël n’existe pas cette année, ou du moins on a du mal à se l’imaginer. Un mois de décembre à 30° ce n’est pas tous les ans que ça arrive. A vrai dire j’ai un peu perdu la notion du temps. Si mon téléphone ne me donnait pas la date chaque jour j’en aurais aucune idée.
J’aime tellement ces ambiances, les gens se connaissent depuis quelques jours, quelques heures, quelques minutes et tout le monde se parle, échange, rigole ensemble. Ici, qui tu es n’a pas vraiment d’importance, ce qui compte ce n’est que ce qui se passe là tout de suite, ce qui importe c’est que tu sois là, seulement là, présent. Moi je fais presque tâche dans le paysage, je ne me mélange pas vraiment, je reste dans mon coin, comme toujours. Mais j’aime ce rôle. Je suis spectatrice de la vie, je suis témoin de cet instant, de ces moments. Pendant qu’eux profitent et vivent à l’excès sans se rendre compte de cette lumière qu’ils dégagent, moi j’imprime dans ma mémoire ces rencontres, ces échanges et ces partages.
Je recroise un nouvelle fois la route de ces français rencontrés chez Vuthy au Cambodge. En même temps sur une si petite île ce n’est pas compliqué de se revoir. Ils me proposent de me joindre à eux. Pourquoi pas après tout, je ne peux qu’y gagner, je ferai partie de la frénésie de ce réveillon au soleil.
