Un non-noël au soleil, soirée du réveillon

Ce soir c’est le réveillon de noël. Pour moi pas de neige, pas de guirlandes dans les rues, pas de chansons de noël, pas de père noël dans les centres commerciaux, car pas de centres commerciaux de toute façon. Mon décor c’est une île et même plusieurs dans le Mékong tout au sud de Laos. Pas de température négative, c’est même tout le contraire, il fait chaud la journée et le soir c’est très agréable d’être dehors.  

Malgré que ce soit le réveillon de noël je n’ai rien prévu de spécial pour ce soir. Me poser tranquillement dans un restaurant, boire quelques verres et observer comment la vie s’active ici. J’ai donc trouvé un endroit sympa où m’installer pour la soirée, un bar restaurant tenu par un français. Nous sommes tellement ici, ce n’est pas étonnant que l’un d’entre nous se soit installé définitivement.  On m’accueille avec un shot gratuit, sans me dire ce qu’il contient. Je le bois, ce n’est pas si fort pour un alcool pur, on me dit que c’est du whisky laotien. Je me cale dans un coin, sur ces petit matelas à même le sol qui incite au laisser aller total. C’est un concept que j’aime particulièrement, d’ailleurs depuis que je suis arrivée sur ces îles je n’ai pas posé mes fesses une seule fois sur une chaise. Le gérant vient rapidement me voir, vérifier que tout se passe bien, je lui fais comprendre que je suis française, ce qui facilitera la discussion. Il se présente, Jérémy.

Pour moi qui aime observer la vie qui s’agite autour de moi, ce lieu est un endroit parfait. Plusieurs nationalité se mêle ici, beaucoup de français, des allemands, des chinois. Et tout type de personne, des touristes, des voyageurs, des locaux. Certains préfèrent le bar, d’autres les petites tables et matelas comme moi, ou encore le sol pour 4 d’entre nous, qui ont trouvé de quoi se satisfaire sur une natte de paille près du feu. Il n’y a pas beaucoup de monde dans le bar, mais Jérémy a de quoi faire derrière le bar.

Ce que j’aime particulièrement dans ces voyages ce sont ces personnes, ces voyageurs, plus que les touristes. Nous avons tous quitté notre chez nous pour partir plus ou moins loin, plus ou moins longtemps, plus ou moins éloigné de nos habitudes, de notre culture, de notre langue. Mais pour quelle raison? Qu’est ce qui pousse ces individus à partir aussi loin de chez eux? Qu’est ce qui fait qu’ils n’ont aucun mal à oublier que ce soir c’est le réveillon malgré tous les artifices mis en place ce soir? Pour les présents, noël n’existe pas cette année, ou du moins on a du mal à se l’imaginer. Un mois de décembre à 30° ce n’est pas tous les ans que ça arrive. A vrai dire j’ai un peu perdu la notion du temps. Si mon téléphone ne me donnait pas la date chaque jour j’en aurais aucune idée.

J’aime tellement ces ambiances, les gens se connaissent depuis quelques jours, quelques heures, quelques minutes et tout le monde se parle, échange, rigole ensemble. Ici, qui tu es n’a pas vraiment d’importance, ce qui compte ce n’est que ce qui se passe là tout de suite, ce qui importe c’est que tu sois là, seulement là, présent. Moi je fais presque tâche dans le paysage, je ne me mélange pas vraiment, je reste dans mon coin, comme toujours. Mais j’aime ce rôle. Je suis spectatrice de la vie, je suis témoin de cet instant, de ces moments. Pendant qu’eux profitent et vivent à l’excès sans se rendre compte de cette lumière qu’ils dégagent, moi j’imprime dans ma mémoire ces rencontres, ces échanges et ces partages.

Je recroise un nouvelle fois la route de ces français rencontrés chez Vuthy au Cambodge. En même temps sur une si petite île ce n’est pas compliqué de se revoir. Ils me proposent de me joindre à eux. Pourquoi pas après tout, je ne peux qu’y gagner, je ferai partie de la frénésie de ce réveillon au soleil.

Pour moi le Cambodge c’est…

 

…Un de mes petits rêves qui s’est réalisé. Les temples d’Angkor m’ont toujours fascinés, et le fait de pouvoir enfin les voir, les visiter, fouler leurs sols, les toucher, admirer toutes ces gravures dans la pierre, tous ces détails, appréhender l’impact du temps sur ces édifices, découvrir la nature envahissante et luxuriante m’a comblé de joie.

Mais j’y ai découvert tellement d’autres choses. La rencontre avec des éléphants, la découverte des temples, de la culture cambodgienne, d’une partie de leur histoire, la dégustation des crabes de Kep, du poivre de Kampot, la détente sur des plages paradisiaques,… Lire dans un guide tout ce que ce pays avait à offrir et faire de ces descriptions une réalité était une merveilleuse concrétisation.

 

… Mon premier pays d’Asie, celui qui m’a fait découvrir ce peuple, ses modes de vie, m’a offert des paysages nouveaux, des goûts nouveaux, des odeurs nouvelles,… Je ne serai peut être jamais objective quand on me demandera si j’ai préféré le Cambodge à un autre pays d’Asie, car il est le premier a m’avoir accueilli et à avoir comblé mes attentes de petite voyageuse exploratrice.

 

… Des habitants magnifiques, des sourires par centaine, des rires d’enfants sur le chemin de l’école, de l’entraide sans attentes,… Je les ai trouvés tellement beaux ces cambodgiens, que ce soit les enfants et leur innocence, les femmes, leur cuisine et leur force de tenir un beau foyer, les hommes travailleurs, les parents et leur tendresse envers leurs enfants, les plus âgés et leurs marques du temps qui passe parcourant leurs doux visages les rendant tellement beaux.

J’ai parfois entendu dire que les cambodgiens n’étaient pas toujours très chaleureux, mais je trouve que c’est un jugement rapide. Sommes nous nous-mêmes chaleureux avec les premiers étrangers qui passent par chez nous. Je n’ai jamais attendu d’une vendeuse qu’elle soit particulièrement chaleureuse envers moi, ni même d’un serveur ou d’un chauffeur de tuktuk. Mais j’ai reçu beaucoup de chaleur de la part de certaine personne. Notre premier chauffeur taxi qui, même si son but était de gagner quelques sous, nous a transportés dans la bonne humeur chaque jour. Notre second chauffeur qui nous a offert quelques bananes frites délicieuses. La soeur de Sun qui nous a dépanné une journée avec nos gros sacs. Sun bien évidemment pour le temps qu’il a passé avec nous. Lee et Dara, nos guides du Mondolkiri qui nous ont montré leur engagement pour la cause des éléphants d’Asie. Boh, ma guide de PSE, la joie de vivre et l’espièglerie personnifiée. Kina qui a ensoleillé mon séjour à Kratie. Vuthy et Ney qui sont de magnifiques personnes qui ont le coeur sur la main et sont soucieuses de l’avenir des générations futures. Et j’en oubli certainement, mais je me souviendrai de tous leurs sourires, les moqueurs, les enjoués, le timides, les spontanés,…

Pour moi ils l’étaient, ils étaient chaleureux les uns envers les autres, ils n’avaient pas à l’être obligatoirement envers nous, mais ils avaient une des plus belle vision du vivre ensemble.

J’ai beaucoup aimé les cambodgiens, ce peuple de la débrouille, ces combattants pour un avenir meilleur que celui qu’ils ont connu et dont ils se remettent lentement mais sûrement. Je les ai trouvé très courageux, forts et plein de ressources.

 

…Une nouvelle rencontre avec moi-même. Chaque jour qui passait je me disais, “mais c’est de cette façon que je veux vivre”. J’étais à ma place, à la mauvaise place. Je me retrouvais plus dans ce mode de vie que celui qu’on peut avoir chez nous. Les gens n’accomplissaient rien de très important au cours de leur journée, ils travaillaient, faisaient certainement les mêmes choses chaque jour, mais cette routine me paraissait plus acceptable car ils avaient un but sain en faisant tout ça, faire vivre leur foyer. Ils pouvaient se lever très tôt le matin pour commencer leur journée, mais lorsqu’on les observait ils n’avaient jamais l’air de faire les choses à contre coeur. Peut être avaient ils de plus grandes espérances en terme de niveau de vie, mais ils donnaient l’impression qu’ils s’accommodaient de ces tâches quotidiennes. Et puis ils n’étaient pas particulièrement stressés, bien au contraire à en juger par le nombre de hamac sur le territoire cambodgien.

En France on vit trop vite, on travaille pour pas grand chose et on ne se satisfait de rien. Ici, les journées sont longues mais elles s’écoulent tranquillement, et les cambodgiens n’ont pas l’air de manquer de quoi que ce soit. C’est vrai qu’ils ne sont pas riches, mais ils se contentent de peu et ils me paraissent plus heureux que nous. Les pays d’Asie sont parmi les pays les plus pauvres, et pourtant quand je regardaient les cambodgiens, ils me donnaient l’impression d’être bien plus riches que nous.

Jour 17 : “Pour un sourire d’enfant”, découverte d’une belle réussite

Avant de venir au Cambodge, j’avais déjà entendu parler de ce couple français qui était venu ici au début de leur retraite, et qui avait décidé d’y rester pour venir en aide aux enfants de ce pays. Je m’étais dit qu’il serait intéressant d’aller à la rencontre de cette association afin de comprendre un peu mieux la situation des enfants et comment ils avaient fait pour leur permettre d’avoir un meilleur avenir. Par chance l’association proposait des visites, il suffisait d’envoyer une demande par mail. C’est ce que j’avais fait en revenant sur Phnom Penh et j’avais rapidement reçu la confirmation de mon rendez-vous.

J’avais passé ma matinée dans un petit café et avais pris la direction de l’association vers midi. Je souhaitais m’y rendre à pied et il fallait bien prévoir une heure de trajet. Traverser la ville était intéressant, j’avais longé une avenue surpeuplée de voiture, puis quelques minutes avant de rejoindre l’association, je devais arpenter des ruelles. J’avais l’impression de me trouver dans un village, plus qu’à la capitale.

En arrivant à PSE je suis accueillie par une cambodgienne d’une vintaine d’année, elle me faire remplir un formulaire et me conduit à la boutique en attendant l’heure du rendez-vous car j’ai un peu d’avance. Vers 14h je retourne à l’accueille pour pouvoir commencer la visite. On m’explique que je ne pourrais pas l’avoir en français car le responsable des visites a un impératif, ça sera donc une cambodgienne, Boh, pleine de vie qui me fera la visite en anglais. Comme j’avais pris le temps de me renseigner sur l’association avant mon arrivée, je comprenais l’essentiel de son propos.

L’association avait été créée il y a un peu plus de 25 ans. Lorsque Christian et Marie-France sont arrivés au Cambodge, le régime Khmer Rouge venait de prendre fin et il avait laissé le pays dans une grande pauvreté. A Phnom Penh, lorsque ce couple de français a découvert que les enfants de la ville vivaient dans la décharge, ils n’ont pas réfléchi longtemps pour prendre la décision d’agir et de leur venir en aide. Les enfants, orphelins pour la plupart, étaient livrés à eux mêmes, à longueur de journée ils cherchaient dans la décharge de quoi se nourrir, récupéraient tout ce qu’ils pouvaient trouver pour les revendre ensuite et pouvoir s’acheter à manger ou rapporter l’argent dans leur foyer.

Au début l’association a pris en charge quelques enfants. Ils les ont sortis de cet environnement, les ont soignés, leur ont donnés un toit, et permis d’intégrer l’école. Au fur et à mesure, ce sont de plus en plus d’enfants qui ont été pris en charge. Avec le soutien des donateurs et celui du gouvernement, l’association a pu prendre une plus grande ampleur. Une école a été construite, les enfants pouvaient intégrer la maternelle, le primaire, le collègue ou encore le lycée. en fonction de leur niveau, ils intégraient ou non des classes de remise à niveau. Un suivi psychologique était également mis en place au besoin. Ils étaient orientés vers différentes filaires, soit le cursus général pour leur permettre d’entrer ensuite à l’université, soit des formations professionnelles, elles-mêmes déterminées en fonction des potentiels débouchés. Mais l’association ne s’arrêtait pas là, elle accompagnait également les familles. Bien souvent les familles étant très pauvres les enfants ne vont pas à l’école pour aider et travailler. En s’occupant également des familles les plus démunies, l’association permettait de donner un environnement favorable aux enfants et de leur permettre d’aller à l’école et donc par le suite trouver un emploi.

Pendant la visite Boh me montre les différentes classes, des panneaux explicatifs viennent compléter ses explications. Elle m’explique également qu’aujourd’hui il y a une sorte de compétition organisée par l’école. Les étudiants des filières professionnelles sont mis en situation et sont évalués par un jury constitué de professionnels reconnus dans chacun des domaines. J’assiste donc à une compétition entre de futurs cuisiniers, des managers hôteliers, des comptables. L’évènement rassemble un grand nombre d’étudiants, certains sont là pour soutenir leurs camarades, d’autres attendent leur tour pour passer devant le jury. C’était vraiment chouette de découvrir cet évènement et de faire partie de cette ambiance qui était plus festive que compétitive. Après avoir visiter l’école, c’est le dortoir des étudiants que je découvre. Il y a plusieurs bâtiments, et ils ont à disposition une aire de jeux et un terrain de foot pour s’occuper. Tout est fait pour que les enfants évoluent dans un environnement sain et adapté à leur besoin. La visite s’est terminée et j’ai remercié ma guide adorable. J’étais contente au final de l’avoir faite avec elle. A chaque fois que l’on croisait des gens, elle s’arrêtait leur parler, les taquinait et tout le monde avait l’air de beaucoup l’apprécier. Avant de partir elle m’a demandé si je voyageais seule, je lui ai répondu que oui, elle avait l’air impressionnée. Elle l’a été d’autant plus quand je lui ai dit que je retournais à mon hôtel à pied, elle m’a d’ailleurs prise dans ses bras en me disant que j’étais courageuse et m’a dit “au revoir”. J’ai repris ma route, sous une petite pluie fine, la première fois qu’elle tombait depuis mon arrivée.

 

Depuis le début de mon voyage au Cambodge, les enfants m’ont tout de suite plu. Alors que je les évite en France, ici je ne pouvais que les adorer. Ils étaient tellement beaux, avec de petits yeux malicieux ou des petites moues grincheuses. Ici les enfants s’amusent d’un rien, ils n’ont qu’à trouver un bout de bois et ça leur suffit pour s’imaginer un univers qui les occupera toute la journée. Bien souvent ils sont plusieurs à jouer ensemble.

Je voyais de vrais enfants. Des enfants au regard pétillant, plein de vie, les yeux grands ouverts sur ce qui les entouraient. Ils étaient joyeux, souriants, j’en ai rarement vu pleurer ou piquer des colère. Dès qu’ils étaient en capacité de marcher seul, ils étaient presque livrés à eux-mêmes. Les parents les surveillaient, mais ils étaient plutôt autonomes, ils allaient et venaient comme ils le voulaient, ils faisaient leur vie. Bien évidemment il n’y a pas de service de garderie ou de nounou au Cambodge, ou alors pour les famille des villes peut être plus aisées. Au mieux il y a les grands-parents présents au foyer qui peuvent s’en occuper. On pouvait donc souvent voir les jeunes enfants au travail avec leur parents.

Normalement tous les enfants sont censés être scolarisés, mais il arrivait parfois d’en voir aider leurs parents dans les champs, dans les boutiques ou sur les marchés. Et bien souvent après l’école, ils allaient également les rejoindre pour les aider. J’adorais les regarder prendre le chemin de l’école ou les voir retourner chez eux leur journée d’étude terminée. Ils étaient tous en uniformes, ça les rendaient encore plus beaux. Certains rentraient à pieds, d’autres à vélo ou encore en scooter, à deux ou trois sur ces deux roues. Et toujours ce sourire et cette joie de vivre qui les accompagnaient.

Ce que je préférais surtout c’était leur “Hello!” et leur petit coucou de la main. Qu’ils soient tout jeunes, collégiens ou lycéens, dès que les jeunes cambodgiens voyaient des occidentaux ils nous saluaient avec un sourire qui espérait un retour de notre part. Je leur répondais à chaque fois. Ce n’était qu’un mot qui pouvait paraitre anodin, mais ils étaient tellement contents d’avoir une réponse et moi je gagnais un peu plus de sourire. Les plus à l’aise avec l’anglais demandait ensuite mon prénom. C’était une sorte de rituel qui me plaisait beaucoup. Si un simple “bonjour” chez nous pouvait donner autant de sourire ça sera tellement plus agréable.

Jour 9 : Retour à Phnom Penh, découverte d’un terrible passé

Nous sommes arrivées assez tôt à la capitale. Nous avions demandé à Sun s’il avait une solution pour que l’on puisse laisser nos gros sacs quelques part pendant la journée, car sinon ça allait être encombrant. Sa soeur fut la solution, elle était présente au même moment que nous à Phnom Penh et avait accepté de nous dépanner.

Avant de passer chez elle, nous sommes allées prendre notre petit déjeuné dans un café au style occidental très marqué mais avec quelques éléments de décoration locaux. La carte était plutôt alléchante et je me suis laisser aller à prendre un bon petit déjeuner, plutôt copieux. Ça nous a aussi permis de nous poser dans un endroit calme et tranquille pour nous remettre tranquillement de cette nuit en couchette. Nous avons ensuite rejoint la soeur de Sun, nous avons posé nos sacs à dos, et nous sommes rapidement parties pour profiter un maximum de cette courte journée en ville. Nous avons commencé par le musée du Génocide.

 

Musée du Génocide, Tuol Sleng ou “S21”

 

Lorsque je suis arrivée au Cambodge j’avais une très vague idée de ce qui s’y était passé. J’avais déjà entendu parler des Khmers Rouges et qu’ils représentaient quelque chose de négatif pour le pays, mais je ne savais pas pourquoi exactement. Autant dire qu’après la visite de ce lieu, on ne peut plus être indifférent au passé de ce pays. En quittant ce lieu c’est une part de nous-même qui reste et une part de ce pays qui ne nous quitte plus.

Nous n’avons pas pris de guide pour visiter ce musée. Aussi étrange que cela puisse paraitre, nous avons eu une visite plus vivante et plus poignante sans qu’une personne physique nous l’explique. Nous avons fait la visite avec un guide audio, un petit boitier avec une paire d’écouteurs, et un petit dépliant avec un titre pour chacune des séquence audio, le tout en français. A partir du moment où on met le casque sur nos oreilles et que l’on sélectionne le premier enregistrement, nous faisons la rencontre d’un cambodgien, qui nous transporte plus de 30 ans en arrière et qui nous accompagne tout au long de la visite. Chacune des séquences correspond à un endroit dans le musée. Nous ne marchons pas seulement dans ce musée qui n’est autre que la prison elle-même, nous revivons chacun des évènements qui s’y sont produits.

A l’origine, nous nous trouvons dans une école, mais en avril 1975 tout bascule. Les Khmers Rouges entrent dans Phnom Penh et prennent possession de la ville en une matinée. A l’époque personne ne sait encore quelles sombres heures le pays va vivre. Pour replacer ces évènements dans leur contexte, le Cambodge est alors constamment frappé par les bombardements américains, tout comme le Laos et le Vietnam, c’est ce qu’on appelle “la guerre secrète”. Les cambodgiens voient donc dans l’arrivée des Khmers Rouges une réponse à leur désespoir, ils ne comprendront que trop tard qu’il n’en est rien.

Les Khmers rouges c’est un mouvement politique et militaire communiste radical, ils oeuvrent pour l’Angkar (“l’organisation”), dont Pol Pot en est le leader. Il a une vision fanatique pour une refonte de la société en profondeur, c’est le fantasme de cette organisation, revenir à l’an 0.

A leur arrivée à la capitale, ils sont accueillis comme des sauveurs. Pol Pot oblige rapidement tous les habitants de la ville à quitter celle-ci pour aller dans les campagnes. Et il en sera de même pour les autres grandes villes du pays. Les gens ne comprennent pas trop mais suivent tout de même les ordres des Khmers Rouges, pensant pouvoir revenir chez eux quelques jours plus tard, mais il n’en sera rien. Les cambodgiens ne faisant pas partis de l’organisation seront alors contraint au travail forcé dans les campagnes. Ils seront dépossédés de tout, comme le veut les convictions de cette organisation communiste. Ils devront travailler chaque jours pendant plus de 12 heures, sans distinction d’âge ou de sexe, les enfants comme les personnes âgées devaient également travailler. Ils ne se verront rétribuer pour cet exploitation que par un bol de riz, bien insuffisant pour la charge de travail demandé. Il leur sera interdit de se faire à manger eux-mêmes. S’en suivra alors un grand nombre de décès dû à la faim.

Pour en revenir à l’histoire de cette école devenue prison, Pol Pot fera en sorte de garder tout ce qui la concerne dans le plus grand secret. Personne ne connaissait son existence, ni ne savait ce qu’il s’y passait. Afin de construire sa nouvelle nation, Pol Pot a voulu débarrasser le pays de toutes les personnes pouvant être assimilées à des intellectuels. C’était donc les professeurs, les médecins, les juristes et avocats, mais également les personnes portant des lunettes, ou même ceux qui avaient les mains trop propres. Toutes ces personnes étaient emmener dans des camions, les yeux bandés, on leur faisait croire qu’ils allaient être placés dans un lieu différents des autres sans leur dire pour quelles raisons ou en quoi cela pouvait bien consister. Ils ne comprenaient ce qu’allait être leur sort qu’en arrivant à S21, et encore, ils étaient bien loin d’imaginer ce qui allait leur arriver.

A leur arrivée, les nouveaux détenus, corde au cou, étaient pris en photos, au fur et à mesure du temps les noms étaient remplacés par des numéros, une déshumanisation commençait. Et elle se poursuivait bien au delà, car les détenus étaient ensuite déshabillés, ils ne leur restaient qu’un simple pantalon dans le meilleur des cas, sinon un linge était suffisant. Ils étaient ensuite placés dans des cellules, soit individuelles, soit collectives. Les cellules individuelles étaient ridiculement petites, c’est à peine si ils pouvaient se tourner. Ils étaient constamment les mains et les pieds liés par des menottes et tiges métaliques. Pour ce qui concernant les cellules collectives, ils étaient tout simplement attachés les uns à côtés des autres avec ce même système de menottes. Chaque jour, les détenus étaient interrogés ou plutôt torturés, ils pouvaient l’être jusqu’à trois fois par jour. L’objectif des Khmers Rouges était de leur faire avouer des mensonges qu’on leur inventait afin de pouvoir les envoyer se faire exécuter. Et comme cela ne suffisait pas, l’arrestation par filiation était également pratiquée. Cela signifiait qu’à partir du moment où un détenu s’avouait coupable d’un crime (dont il était tout à fait innocent), sa famille devait elle aussi être arrêtée. Car pour les Khmers Rouges “couper une mauvaise herbe ne suffit pas, il faut arracher la racine”.

A S21, ce ne sont pas seulement des hommes qui sont détenus, ce sont également des femmes, des enfants, toute personne pouvant potentiellement être un ennemi de la nouvelle nation, sans aucune distinction. Et cela lors de la visite nous le verrons bien.

Le lieu a été découvert par l’armée vietnamienne et cambodgienne, mais seulement quelques jours après la libération de la ville, 4 ans après l’arrivée des Khmers Rouges dans la capitale. Les Khmers Rouges présents dans la prison avaient reçu l’ordre de se débarrasser de tous les prisonniers et de tous les corps, qu’il ne reste plus rien. Lorsque les soldats ont découvert l’endroit, il ne restait que 14 corps, battus à mort pour éviter les coups de feu et donc trahir l’existence de cette prison. Témoins de l’horreur de cette découverte, les soldats ont pris des photos du lieu en l’état dans lequel ils l’ont trouvé, afin que ce souvenir ne disparaisse pas, par respect pour toutes les personnes qui ont été emmenées dans ce lieu, cet endroit “où l’on entre mais dont on ne ressort jamais”.

Lors de la visite nous avons l’occasion de voir ces photos. Nous commençons  par entrer dans le premier bâtiment, le “A”, où il y avait les salles de torture. Dans chacune d’elles on peut voir une photo, celle prise le jour de la libération, celle où on ne voit figurer qu’une table, deux chaises, et une sorte de lit auquel était fixé les menottes métalliques, lieu d’interrogatoire et de torture. On apprendra aussi par la suite que le sang des détenus était prélevé pendant les séances de torture afin d’alimenter une banque de sang pour les soldats Khmers Rouges. En sortant d’une des salles, on aperçoit dehors les 10 règles à respecter à S21 :

  • Réponds conformément à ma question que je t’ai posé. N’essaie pas de détourner la mienne
  • N’essaie pas d’échapper en prenant des prétextes selon tes idées hypocrites. Il est absolument interdit de me contester
  • Ne fais pas trop l’imbécile car tu es l’homme qui s’oppose à la révolution
  • Réponds immédiatement à ma question sans prendre le temps de réfléchir
  • Ne me parle pas de tes petits incidents commis à l’encontre de la bienséance. Ne parle pas non plus de l’essence de la révolution
  • Pendant la bastonnade ou l’électrochoc, il est interdit de crier fort
  • Reste assis tranquillement. Attends mes ordres, ne fais rien. Si je te demande de faire quelque chose, fais-le immédiatement sans protester
  • Ne prends pas prétexte sur Kampuchea Krom pour voiler ta gueule de traitre
  • Si vous ne suivez pas les ordres ci dessus, vous recevrez des coups de bâton, de fils électrique et des électrochocs (vous ne pourrez pas compter ces coups)
  • Si tu désobéis à chaque point de mes réglements, tu auras soit dix coups de fouets, soit cinq électrochocs.

Lorsque nous finissons ce bâtiment, nous passons à côté d’un portique d’école, qui s’est transformé en potence. On y suspendait les détenus par les pieds et leur plongeait la tête dans une énorme jarre remplie d’eau. On pouvait aussi remarqué à quel point la cour était magnifiquement ornée de fleurs et de plantes plus belles les unes que les autres. Un lieu si beau où le pire s’est produit. Nous passons ensuite par le bâtiment “B”, celui des cellules. Certaines salles ont été modifiées pour la mise en oeuvre du musée, mais on voit encore les démarcations au sol et dans les étages, et plus loin dans le bâtiment, les autres cellules sont toujours intactes. Dans les premières salles ce sont des expositions de photos, celles qui étaient prises des détenus à leur arrivée. Il y en a tellement, sur des dizaines de panneaux, d’un côté et de l’autre. Ce sont des hommes, des femmes, des enfants, des bébés, des vieillards, ils sont tellements. Ils ont estimé les morts entre 12 000 et 20 000, seulement dans cette prison, car ce n’étaient pas la seule, mais la plus connue et la plus grande. Elle était dirigée par Dutch, un proche de Pol Pot. Dutch était un communiste, qui lui même avait été arrêté et torturé pendant sa détention. Il a été rapidement remarqué en raison de sa loyauté et de son respect des règles. Pendant les 4 années de contrôle des Khmers Rouges, Dutch forma les jeunes des campagnes qu’il avait recrutés à la torture, il leur apprenait à ne lui rien ressentir lors des interrogatoires. Dutch inspirait à la fois la terreur et la fascination pour les soldats sous ses ordres. Son rôle à la prison était surtout de recevoir les aveux écrits des détenus pour valider ensuite les ordres d’exécution. Il y a quelques années, lors de son jugement, et au moment de retourner sur le camp d’exécution, il demandera pardon et reconnu sa culpabilité pleine et entière dans toute cette histoire tragique.

Lorsque l’on continu la visite, ce sont aussi des photos d’hommes à l’agonie ou qui sont morts suite à la torture. Leur corps sont très maigres et l’expression sur leur visage terrifiante. En plus de ces photos, nous avons aussi des témoignages grâce au guide audio. Là encore, il vaut parfois mieux être assis pour en écouter certains, il nous est d’ailleurs précisé à chaque fois que la dureté de certains témoignages peut choquer et qu’il est possible des les écouter plus tard. Les souvenirs de cet épisode tragique de l’histoire du cambodge sont également illustré par un artiste de l’époque, lui aussi détenu à S21, mais gardé en vie grâce à son art. Il ne sera pas aussi torturé que certains détenus et lui en sortira vivant, mais il sera à l’écoute des autres et reproduira sur des peintures les actes atroces commis dans la prison. Cet ariste c’est Vann Nath. Certaines de ses oeuvres sont exposées dans le dernier bâtiment. On peut y voir des scènes de torture, l’une représente une femme nue allongée sur le sol et deux hommes qui tiennent dans leur mains des insectes qui seront placés dans les organes génitaux, ou encore une autre où l’on voit des gardes torturer un homme en simulant la noyade.

La visite se terminait par une pièce qui était destinée à rendre hommage aux détenus de S21. Un autel avait été construit et un arbre en bois avait été fabriqué, on pouvait y accrocher un papier qui était en libre service, et y inscrire ce que l’on voulait. Pour ma part j’ai allumé un bâton d’encens et inscrit sur un papier “je n’oublierai jamais”. Lorsque je me suis approchée de l’arbre j’ai pu lire sur les autres papiers les mêmes mots dans des langues différentes. Chacune des personnes avait fait le choix de ne pas oublier ce qu’il c’était passé entre ces murs. Comme l’avait si bien dit notre cambodgien dans le guide audio, nous étions à présent des gardiens de la mémoire.

Pour conclure la visite j’ai refait quelques pas dans l’enceinte de cette ancienne école. J’avais les larmes aux yeux, j’écoutais les derniers témoignages et j’imaginais à nouveau toutes les atrocités qui s’étaient passées ici. Comment des hommes pouvaient faire autant de mal à d’autres hommes au nom de convictions si radicales? Malheureusement ce n’était pas la première nation à subir ces horreurs, et pourtant personne n’apprend de ces épisodes sanglants de l’histoire. Des hommes, des femmes et des enfants étaient morts au nom de croyances d’une poigné d’hommes dans le secret le plus total. L’un des témoignage de fin était celui du frère d’un américain qui avait été détenus à S21. Car des étrangers avaient également subis ces crimes. A la fin de son discours il nous dit “ne rien faire est hors de question”…

A Phnom Penh un autre lieu d’horreur, en lien avec celui-ci, est également transformé en musée. Il s’agit du camp d’exécution, là où tous les détenus finissaient leur vie. Nous avons eu l’occasion de le visité également mais plus tard dans notre aventure.

A présent lorsque je croisais des personnes un peu âgées, je me faisais la réflexion qu’ils avaient connu cette sombre période, qu’ils l’avaient vécue. Car ce passé n’est pas si lointain pour eux, plus de trente ans les séparent de ces événements. Même si cette page de leur histoire reste encore un traumatisme bien présent dans leur mémoire, les cambodgiens se remettent doucement mais sûrement et toujours avec leur doux sourire.

 

Le Marché Russe

 

Après la visite du musée du Génocide, nous sommes allées faire un tour au marché russe qui se trouvait à quelques rues. Nous étions bouleversées par ce que nous venions de vivre, et une visite au marché dans l’agitation habituelle de ces lieux toujours très peuplés allait nous faire du bien.

Il ressemblait aux marchés que nous avions déjà vu, à la différence près qu’on y trouvait encore plus de choses, plus de souvenirs, plus de “trucs”. Ce qui est fascinant au Cambodge c’est qu’on peut chercher n’importe quoi, on finit toujours par le trouver. Que ce soit des écrous, des mousquetons, des boules de pétanques, de la glue, ils ont tout, partout.

Nous avons pu trouver quelques souvenirs bien évidemment, et avons ensuite cherché un endroit pour manger. Il y avait tout à côté un rooftop, un bar restaurant en terrasse. La vue était plutôt sympa, nous n’étions pas très haut mais on pouvait voir tout le marché, ou plutôt le toit du marché et toutes les étales autour. L’ambiance du restaurant était très agréable aussi, il était géré par un occidental, donc forcément ça répondait parfaitement à ce que nous attendions à ce moment précis, un petit coin sympa pour se poser et prendre le temps.

Après cet épisode détente, nous sommes reparties en tuktuk pour récupérer nos sacs chez la soeur de Sun. Nous devions prendre un bus à l’autre bout de la ville pour rejoindre le sud du pays. La période plus calme et posée du voyage allait pouvoir commencer.

 

https://drive.google.com/folderview?id=1cpR7gtacPuFJlNra0Dj097GaH_sf6CLQ

 

Jour 0 : Je réaliserai au moment où j’y serai

Le départ c’est demain, c’est ce qu’indique mon billet d’avion en tout cas. Je n’arrive pas encore à réaliser que je pars pour 3 mois à l’autre bout du monde une seconde fois. Mes proches eux le réalisent parfaitement, je vois leur inquiétude dans leurs yeux, une certaine tristesse également. Mais moi je ressens encore peu de chose. C’est presque à en culpabiliser de ne pas ressentir la même tristesse d’être séparés à nouveau pendant quelques mois.

J’ai adoré et détesté faire mon sac, je l’ai préparé en fonction de ces trois pays, des conseils de mes aînés en matière de voyage, j’étais même excitée en portant à nouveau ces 13kg lorsque je suis partie rejoindre mes amies à Paris. Je sais que je pars mais je ne me rends pas encore bien compte de ce que cela signifie.

Le Cambodge, le Laos et le Vietnam ne sont encore que des pays délimités sur une carte pour moi. Ma solitude au bout des 3 premières semaines de voyage je l’appréhende mais elle ne m‘habite pas encore. Cette partie du monde qui m’a toujours attirée n’est plus qu’à quelques heures d’avion de moi et pourtant je ne réalise pas.

J’ai quitté ma famille, mes amis et mes petites bêtes comme si je partais en week-end. Certains m’ont vu m’éloigner les larmes aux yeux, d’autres n’ont rien laissé paraitre et certains savent que je suis absente pour un temps et que je reviendrai vite.

Grâce à mes amies de vadrouille, ce voyage devient une réalité plus convaincante. Je leur donne encore quelques conseils, les aide à régler leurs sacs et leur excitation commence à faire naitre la mienne.

Demain nous quitterons l’appartement vers notre nouvelle aventure, pleine de découvertes, de rencontres, d’émerveillement, de petites galères et de moments inoubliables. Mais pour moi ce départ représente également une nouvelle rencontre avec moi-même.

Vancouver Island nous voilà!

Aujourd’hui nous devons dire “au revoir” à Vancouver, nous allons rejoindre l’île de Vancouver pour commencer notre premier Wwoofing. Mais avant d’y arriver, à bord du métro, bus et ferry nous devrons embarquer.

 

Nos sacs de nouveau remplis, nous reprenons notre trajet habituel pour rejoindre le centre-ville de Vancouver. Nous prenons de nouveau notre petit-déjeuné dans le même café qu’il y a deux jours et nous nous remettons en route pour prendre le métro en direction du sud de la ville. Après un trajet d’une vingtaine de minutes, nous arrivons directement à l’arrêt de bus qui nous conduira au ferry. Là encore une bonne demie-heure de trajet. Jusque là aucun accroc, tout se déroule comme il faut. On ne s’est pas trompée de métro, ni de bus. Et heureusement car le trajet reste long pour rejoindre le port des ferrys et nous devions impérativement prendre celui de 15h15 car un autre wwoofeur prend également ce ferry et nos futurs logeurs nous attendront à l’arrivée à Nanaimo.

Deux longues heures plus tard nous arrivons enfin. En descendant du bateau nous scrutons les gens pour deviner qui allait être ce troisième wwoofeur, mais nous n’apercevons personne qui pouvait correspondre. Puis on s’est dit que ça pouvait être une wwoofeuse, et effectivement c’était le cas. Kira, une étudiante allemande se manifesta au moment où Jeannine s’approcha de nous. Cette dernière était la fille de Melissa et Grant, les personnes chez qui nous allions passer les 15 prochains jours.

Les bagages chargés à l’arrière de la voiture nous prenons la route pour Cassidy Farm. Durant le trajet Jeannine nous posa plusieurs questions pour en apprendre un peu plus sur nous, ce qu’on faisait en France, en Allemagne, ce qu’on venait faire au Canada. Et là, une révélation pour moi, je comprenais ce qu’elle disait, dans les grandes lignes tout du moins. Avec mon niveau d’anglais plutôt mauvais, je m’attendais à ne rien comprendre. Et pourtant j’arrivais à suivre une conversation, sans forcément en comprendre les subtilités mais je n’étais pas complètement perdue.

En arrivant à la ferme, une maison toute décorée de lampions chinois (car oui la famille qui nous accueille est d’origine asiatique), nous avons également fait la connaissance d’une quatrième wwoofeuse, Hisako, une japonaise. Jeannine nous montra nos chambres, nous avions une pièce en sous-sol qui nous était réservée, une sorte de dortoir dans lequel les chambres étaient séparées par des rideaux, ce qui nous permettait d’avoir chacune notre intimité et un espace à nous. Jeannine nous expliqua ensuite rapidement les quelques règles de la maison, l’organisation du travail, nos horaires et tout ce que nous avions besoin de savoir. Elle nous expliqua aussi que nous allions aider au “Market”, le magasin qu’avaient ses parents sur l’aire d’autoroute à 15 minutes à pied de la ferme. Concrètement nous devions alterner entre le matin et le soir pour l’ouverture et la fermeture du magasin, mais tout le monde y allait le soir pour dîner, et pour le reste de la journée, nous allions travailler 6h soit au magasin, soit à la ferme.  

A 19h15 nous partons donc pour le magasin toutes les quatre ensemble. Hisako étant là depuis quelques jours déjà connaissait très bien le chemin et les différentes tâches que nous devions faire lors de la fermeture du magasin. Lorsque nous sommes arrivées, on découvrit un genre de petite supérette où on pouvait trouver des fleurs, des fruits et des légumes frais, la plupart cultivés à la ferme, des herbes culinaires également cultivées à la ferme, des boissons en tout genre, des lunch-box variées, des chips et autres aliments du genre et surtout, surtout les tartes, cookies, cake et barres cuisinées par Melissa. C’est simple en les voyant on veut tout goûter tellement c’est appétissant. Avec Julie nous nous sommes d’ailleurs promises de ne pas partir de Cassidy sans les recettes!

Le repas cuisiné par Melissa engloutit, nous aidons donc pour la fermeture du magasin. Je profite de l’occasion pour expliquer à Melissa que mon niveau d’anglais n’est pas très bon, mais elle me rassure tout de suite en disant qu’il n’y a aucun soucis, qu’ils ont l’habitude et qu’ils sont très patients.

 

Retour à la ferme, avec Julie nous allons rapidement nous coucher car même si nous n’avons pas vraiment fait d’effort physique aujourd’hui, la journée a été longue. Et puis le lendemain c’est notre première journée en tant qu’apprenties fermières canadiennes.

 

Pour les photos c’est par ici : https://drive.google.com/folderview?id=0BxWBT81uysxpM1hRcUI0TUZiaEk  

Entre courbatures et belles sensations

Dernier jour sur Vancouver avant d’y revenir plus tard, et pour nous mettre dans le bain de notre futur road trip à vélo dans l’est canadien, nous faisons cette sortie à vélo.

 

Nous avions repéré la veille au soir différentes boutiques de location de vélo, par chance il y en avait une très abordable à 3 rues de chez René. Nous récupérons donc nos vélos et partons directement en direction de Stanley Park, notre première étape de ce périple à pédale.

Ce qui est vraiment agréable à Vancouver et certainement au Canada de manière générale, c’est qu’il y a de vraies pistes cyclables, et non ces espèces de petites voies aménagées sur les routes françaises qui ne laissent pas vraiment la place pour tout le monde. Là où nous sommes les cyclistes ont leur propre voie et les piétons la leur.

Après avoir roulé quelques minutes nous tombons sur un parking rempli de bus, eux mêmes rempli de touristes asiatiques. Nous nous arrêtons car nous apercevons les emblématique mâts totémiques du parc. Et c’est parti pour une petite séance de photos. Nous repartons quelques minutes plus tard, après avoir tenté de cadrer nos photos sans touristes.  

 

Le but principal de ce périple est le pont suspendu Capilano. Pour nous y rendre il faut donc passer par Stanley Park, prendre le Lions Gate Bridge, parcourir quelques kilomètres et enfin arriver à destination. Nous avons donc parcouru une bonne distance dans le parc et arrivons presque au pied du pont. Dommage il fallait arriver par en-haut. Il fallait bien un peu de difficulté pour ce périple. Mais on se serait bien passée de grimper la côte à pied, car concrètement à vélo ce n’était pas faisable, à par si notre niveau dans ce domaine revenait à faire les JO dans la catégorie VTT. Nous arrivons enfin en haut, sauf que nous sommes du mauvais côté et qu’il n’y a aucun moyen de traverser cette route à 2 fois 3 voies. Nous longeons donc la route en nous éloignant du pont à la recherche d’un passage pour traverser. Nous le trouvons et refaisons le même trajet en sens inverse. Nous arrivons enfin sur ce fichu pont, le temps de faire une petite pause et nous le traversons. Lorsque que nous apercevons la descente pour rejoindre l’autre rive on se dit que nous ferons certainement le retour à pied tant la pente est raide, mais nous n’y sommes pas encore, nous verrons bien.

Le pont franchi, les kilomètres parcourus (non sans mal), nous arrivons à destination.

C’est un lieu en pleine nature, aménagé sur les flanc d’un massif. Comme nous arrivons à l’heure du déjeuner nous commandons notre repas dans leur “restaurant”, des plats locaux. Rassasiées après notre effort physique nous commençons enfin la visite de ce lieu “incontournable”, qui est plutôt agréable. Nous commençons par emprunter le fameux pont suspendu, et c’est vrai que c’est assez surprenant de se sentir suspendu au-dessus d’une vallée au creux de laquelle s’écoule une rivière. Au terme de la traversée, le parc propose de se promener en haut des arbres en empruntant des ponts eux aussi suspendus, de se promener le long des chemins aux abords desquels on peut en apprendre plus sur la faune et la flore des environs.

Le parc visité après quelques heures nous repartons avec nos vélos. C’était effectivement un lieu incontournable, quelque chose qu’il fallait voir, qu’il fallait faire. Et comme tout lieu touristique il avait son lot de touristes, toujours un peu trop nombreux. Le retour s’effectua sans descendre du vélo. Et oui, la pente qui nous paraissait infaisable nous l’avons fait sans poser le pied à terre. Enfin si, arrivées en haut du pont nous nous sommes arrêtées quelques minutes. Mais comme l’a dit Julie “en fin de compte on se mets nous même des limites”. Ensuite nous avons continué dans Stanley Park avant de rendre nos vélos et retourner à l’appartement.

 

Pour cette journée, même si le pont suspendu était une activité intéressante, c’est surtout notre périple à vélo que j’ai aimé. Nous nous étions lancées dans cette petite aventure avec l’objectif de le faire à vélo et nous avons atteint notre but. Et puis on s’est bien marrées en plus!
Pour les photos c’est pas ici : https://drive.google.com/folderview?id=0BxWBT81uysxpNzMtQjZMVjBXeFU 

Par temps de pluie, les lieux couverts tu feras

La nuit orageuse annonçait une journée pluvieuse, mais qu’à cela ne tienne, nous avions réfléchie au programme de la journée en nous adaptant au temps et avions préparé nos imperméables.

 

Le programme de la journée était simple, retourner en centre ville et voir les lieux que nous n’avions pas vu la veille, c’est à dire le quartier de Yaletown, la bibliothèque de Vancouver et son architecture qui faisait un peu penser au colisée et la cathédrale Holy Rosary. On avait même prévu de voir les deux principaux centres commerciaux. Ces derniers sont un peu comme ceux du Portugal, un étage ou espace réservé à la restauration avec des tables disposées au centre pour que chaque personne commande selon sa préférence tout en mangeant ensemble, et le reste du lieu réservé aux magasins. La différences c’est que les centres commerciaux sont plutôt en sous-sol, ,mais ce n’est peut être le cas que dans Vancouver, nous verrons.

A pied rejoindre le centre ville était simple, d’autant plus sans nos sacs à dos. On commença par prendre un café dans la rue où commençait à pousser les immeubles. On y précisa notre parcours et mangea de délicieux scones.

Retour sous la pluie, qui n’était pas désagréable, elle ne gâchait pas la balade. Lorsque la pluie était trop présente nous en profitions pour faire les centres commerciaux et les magasins de souvenirs. Et oui car nous sommes peut être des voyageuses aventurières nous n’avons pas pu résister à une session shopping… Après quelques achats nous nous sommes arrêtées dans un restaurant/brasserie qui proposait un grand nombre de bières différentes. Les doses ne sont pas les mêmes qu’en France, le degré d’alcool non plus, nous avons donc pris notre temps pour déguster notre bière, le temps de laisser passer l’averse.

Cette journée se terminant, nous sommes retournées chez René en longeant le “Coal Harbour”. Nous pensions pouvoir manger avec lui, mais il a dû rester plus longtemps à son travail. Il est professeur et devait finir les préparatifs pour la pièce de théâtre qui avait lieu le lendemain.

Une journée de plus sous le ciel de Vancouver, il ne restait plus qu’une journée avant notre départ pour l’île de Vancouver où se trouvait notre premier Wwoof.

 

Pour les photos, c’est par ici (copier le lien) :

https://drive.google.com/folderview?id=0BxWBT81uysxpOEZSMFNvekp4OXc

Vancouver, Wonderful place to be

Accompagnées de nos 15kg sur le dos, nous partons donc à la découverte du centre ville de Vancouver. Nous avons de la chance le soleil est de la partie.

 

Nous commençons notre périple en bifurquant dans une rue perpendiculaire à celle de notre hôtel afin de ne pas refaire le même trajet que la veille au soir. Nous tombons sur un petit parc, parfaitement entretenu, en bord de mer, avec comme principal voisin les docks (petite pensée pour la ville du Havre récemment visitée).

Après avoir traversé le parc nous décidons de rejoindre le centre ville, car là où nous sommes actuellement, il n’y a pas âme qui vive. Nous nous retrouvons comme coincées en contrebas de la ville, au niveau d’un pont d’embarquement pour ferries et ne trouvons aucun moyen de remonter vers la vie citadine. C’est à ce moment qu’une femme presque sortie de nul part, nous indique qu’il y a un ascenseur à deux pas et qu’il faut choisir le niveau “P1”. Première rencontre plutôt inattendue mais bien appréciée car sans elle il était impossible de trouver cet ascenseur bien caché. Apparemment nous avions déjà l’air perdues.

Notre tour du centre ville peut vraiment commencer. Nous commençons par le Canada Place et le “Vancouver Convention Centre” où nous prenons un café. Puis nous repartons parcourir la ville pour voir les lieux dit “incontournables” que nous avions repéré : le quartier de Waterfront, Gastown, la Vancouver Steam Clock,… Petite pause déjeuner à Chinatown, pour notre premier repas ce n’est pas très local et pourtant on pourrait le croire tant la communauté asiatique est présente dans cette ville. Elle y est presque la plus représentée. Notre repas terminé, nous prenons la direction d’un chemin qui longe False Creek.

C’est une ballade très agréable malgré nos 15kg à porter. La plupart des gens que nous croisons donne une impression de (sérénité), c’est une ville où on ne ressent aucun stress, les gens ne courent pas dans tous les sens, ils ne sont pas pressés comme on peut les voir à Paris, les seules personnes qui courent sont les joggeurs. Les constructions plutôt modernes se fondent parfaitement dans le paysage et passent inaperçues. En longeant la baie nous traversons plusieurs parcs, les gens s’y allongent en maillot de bain sans que cela ne gêne personne. Nous faisons d’ailleurs de même, nous lâchons nos sacs et nous allongeons dans l’herbe pendant quelques minutes. L’ambiance de cette ville me fait un peu penser à celle de Londres mais avec ce sentiment de bien-être plus marquée et ce petit quelque chose en plus. Cette ville me plaît, je n’arrête pas de le répéter à Julie, “je pense que je vais rester ici en fait”.

Nous reprenons notre chemin, et gagnons un endroit du port où il est possible de monter à bord des “Aquabus” afin de rejoindre Granville Island où il existe un “public market”, le genre de grande halle comme on a chez nous, où sont vendus tous les produits locaux (légumes, fruits, alcools, charcuterie, boucherie, produits artisanaux,…). Après ce petit tour au milieu des stands nous nous offrons une bière dans un bar à côté de notre “arrêt” d’Aquabus. Nous discutons un peu avec la serveuse, nos gros sacs à dos éveillent la curiosité des gens. Après lui avoir expliquer un peu notre parcours, nous lui demandons s’il est vrai que la plupart des métiers du même type que le sien sont essentiellement rémunérés par les pourboires. Il s’avère que oui, leur part fixe n’est pas très élevée. Elle nous fait comprendre que les français n’ont pas cette culture du pourboire et qu’ils sont rarement appréciés en tant que touristes. Dorénavant avec Julie, nous laissons systématiquement des pourboires.

Nous reprenons notre petit Aquabus coloré et regagnons notre chemin de tout à l’heure. Il débouche sur une plage que nous longeons tout du long. Décidément je ne pense vraiment pas revenir. Vancouver est magnifique, harmonieuse et agréable, il n’y a rien qui dépasse, elle est presque parfaite et je n’arrive pas à lui trouver de défaut.

 

Après une petite pause sur la plage nous nous dirigeons vers la rue de notre hébergeur, René, l’ami d’un ami de Julie. Il habite un appartement le long de Stanley Park, lieu de vie idéal. Le logement est de taille moyenne mais qui correspond très bien à une personne seule, parfaitement aménagé et décoré d’une façon qui en dit long sur le personnage. Le style est épuré, chaque chose à sa place, rien d’inutile, des objets qu’on penserait tout droit sortis d’une galerie d’art. Ca plait ou ça ne plait pas mais ce qui est sûr c’est que René a du goût. Et il a aussi un ami à quatre pattes, dont je n’ai pas compris le nom. A notre arrivée nous avons posé nos sacs et René nous a proposé de l’accompagner promener le chien, un braque allemand. En invitées sociables nous avons accepté. Nous voilà de nouveau parties pour une autre balade dans Stanley Park. C’est une heure plus tard et lorsque René nous a dit que c’était le chien qui décidait de la balade, que nous avons compris qu’elle ne serait pas petite, et épuisée par notre journée de marche et nos 15kg trimballés dans le centre ville, nous n’espérions qu’une chose, c’est qu’elle se termine.

Après près de 2h de marche, nous sommes rentrées sans René qui a finis sa balade sur un banc du parc, et sans même nous en rendre compte, nous étions déjà en train de dormir. Une première journée bien remplie.

Pour les photos, c’est par ici (copier le lien) : https://drive.google.com/folderview?id=0BxWBT81uysxpQkJ2VGsxMzRzNUk

Nos premiers pas, notre première nuit

Nous venons de passer le contrôle de douane. C’est bon, nous sommes autorisées à entrer sur le territoire canadien, le motif de notre venue pour 3 mois est accepté. C’est qu’ils seraient capable de te refuser sans états d’âme.

 

Récupération de nos bagages, notre sac à dos pour 3 mois, puis direction la station de métro qui nous mènera jusqu’au centre de Vancouver. De là nous n’aurons qu’à prendre un bus qui nous déposera tout proche de notre chambre d’hôtel. Jusque là tout va bien, pas de soucis, la seule chose c’est qu’en arrivant un dimanche, les bus sont moins nombreux dans les rues, nous attendons donc un certain temps. Un peu trop, et déjà fatiguée de notre trajet en avion, nous décidons de nous rendre à notre premier point de chute à pied pour gagner un peu de temps, après tout ce n’est qu’à 1,9 km… Nous constatons en parcourant Hasting Street, longue rue où se situe l’hôtel, que c’est la rue la plus mal fréquentée de la ville. Les personnes qui la fréquentent ne sont pas dangeureux du tout, juste en marge, ce sont des sans abris et des drogués pour l’essentiel. Chaque grande ville possède son lot de population en marge, de laissés pour compte, mais ce qui frappe à Vancouver c’est qu’ils se concentrent tous au même endroit, ils sont d’une certaine façon une communauté.

 

Nous arrivons à notre hôtel avec la seule envie de lâcher nos sacs de 15kg, retirer nos chaussures et se laisser tomber dans notre lit. C’est d’ailleurs exactement ce qui va se produire. Le temps de s’allonger et nous dormions déjà, je n’ai même pas pris le temps de me changer. Je pensais fermer les yeux quelques instants histoire de récupérer de cette marche, mais c’est plusieurs heures qui ont défilées.

Le décalage horaire m’a fait me réveiller à 2h du matin heure locale. En ouvrant les yeux j’avais droit à une vue sur le centre de Vancouver avec toutes ses lumières colorées. Notre chambre d’avant rien d’exceptionnelle mais cette vue qu’elle m’offrait me donna un sentiment de satisfaction, j’y était enfin dans cette ville canadienne.
Au réveil nous étudions les différents endroits de la ville à voir, nous élaborons notre trajet dans les grandes lignes. Le temps de nous préparer et nous étions parties.

 

Pour les photos c’est par ici (copier le lien) : https://drive.google.com/folderview?id=0BxWBT81uysxpcVhfNWhkTVF2azg