Avant de venir au Cambodge, j’avais déjà entendu parler de ce couple français qui était venu ici au début de leur retraite, et qui avait décidé d’y rester pour venir en aide aux enfants de ce pays. Je m’étais dit qu’il serait intéressant d’aller à la rencontre de cette association afin de comprendre un peu mieux la situation des enfants et comment ils avaient fait pour leur permettre d’avoir un meilleur avenir. Par chance l’association proposait des visites, il suffisait d’envoyer une demande par mail. C’est ce que j’avais fait en revenant sur Phnom Penh et j’avais rapidement reçu la confirmation de mon rendez-vous.
J’avais passé ma matinée dans un petit café et avais pris la direction de l’association vers midi. Je souhaitais m’y rendre à pied et il fallait bien prévoir une heure de trajet. Traverser la ville était intéressant, j’avais longé une avenue surpeuplée de voiture, puis quelques minutes avant de rejoindre l’association, je devais arpenter des ruelles. J’avais l’impression de me trouver dans un village, plus qu’à la capitale.
En arrivant à PSE je suis accueillie par une cambodgienne d’une vintaine d’année, elle me faire remplir un formulaire et me conduit à la boutique en attendant l’heure du rendez-vous car j’ai un peu d’avance. Vers 14h je retourne à l’accueille pour pouvoir commencer la visite. On m’explique que je ne pourrais pas l’avoir en français car le responsable des visites a un impératif, ça sera donc une cambodgienne, Boh, pleine de vie qui me fera la visite en anglais. Comme j’avais pris le temps de me renseigner sur l’association avant mon arrivée, je comprenais l’essentiel de son propos.
L’association avait été créée il y a un peu plus de 25 ans. Lorsque Christian et Marie-France sont arrivés au Cambodge, le régime Khmer Rouge venait de prendre fin et il avait laissé le pays dans une grande pauvreté. A Phnom Penh, lorsque ce couple de français a découvert que les enfants de la ville vivaient dans la décharge, ils n’ont pas réfléchi longtemps pour prendre la décision d’agir et de leur venir en aide. Les enfants, orphelins pour la plupart, étaient livrés à eux mêmes, à longueur de journée ils cherchaient dans la décharge de quoi se nourrir, récupéraient tout ce qu’ils pouvaient trouver pour les revendre ensuite et pouvoir s’acheter à manger ou rapporter l’argent dans leur foyer.
Au début l’association a pris en charge quelques enfants. Ils les ont sortis de cet environnement, les ont soignés, leur ont donnés un toit, et permis d’intégrer l’école. Au fur et à mesure, ce sont de plus en plus d’enfants qui ont été pris en charge. Avec le soutien des donateurs et celui du gouvernement, l’association a pu prendre une plus grande ampleur. Une école a été construite, les enfants pouvaient intégrer la maternelle, le primaire, le collègue ou encore le lycée. en fonction de leur niveau, ils intégraient ou non des classes de remise à niveau. Un suivi psychologique était également mis en place au besoin. Ils étaient orientés vers différentes filaires, soit le cursus général pour leur permettre d’entrer ensuite à l’université, soit des formations professionnelles, elles-mêmes déterminées en fonction des potentiels débouchés. Mais l’association ne s’arrêtait pas là, elle accompagnait également les familles. Bien souvent les familles étant très pauvres les enfants ne vont pas à l’école pour aider et travailler. En s’occupant également des familles les plus démunies, l’association permettait de donner un environnement favorable aux enfants et de leur permettre d’aller à l’école et donc par le suite trouver un emploi.
Pendant la visite Boh me montre les différentes classes, des panneaux explicatifs viennent compléter ses explications. Elle m’explique également qu’aujourd’hui il y a une sorte de compétition organisée par l’école. Les étudiants des filières professionnelles sont mis en situation et sont évalués par un jury constitué de professionnels reconnus dans chacun des domaines. J’assiste donc à une compétition entre de futurs cuisiniers, des managers hôteliers, des comptables. L’évènement rassemble un grand nombre d’étudiants, certains sont là pour soutenir leurs camarades, d’autres attendent leur tour pour passer devant le jury. C’était vraiment chouette de découvrir cet évènement et de faire partie de cette ambiance qui était plus festive que compétitive. Après avoir visiter l’école, c’est le dortoir des étudiants que je découvre. Il y a plusieurs bâtiments, et ils ont à disposition une aire de jeux et un terrain de foot pour s’occuper. Tout est fait pour que les enfants évoluent dans un environnement sain et adapté à leur besoin. La visite s’est terminée et j’ai remercié ma guide adorable. J’étais contente au final de l’avoir faite avec elle. A chaque fois que l’on croisait des gens, elle s’arrêtait leur parler, les taquinait et tout le monde avait l’air de beaucoup l’apprécier. Avant de partir elle m’a demandé si je voyageais seule, je lui ai répondu que oui, elle avait l’air impressionnée. Elle l’a été d’autant plus quand je lui ai dit que je retournais à mon hôtel à pied, elle m’a d’ailleurs prise dans ses bras en me disant que j’étais courageuse et m’a dit “au revoir”. J’ai repris ma route, sous une petite pluie fine, la première fois qu’elle tombait depuis mon arrivée.
Depuis le début de mon voyage au Cambodge, les enfants m’ont tout de suite plu. Alors que je les évite en France, ici je ne pouvais que les adorer. Ils étaient tellement beaux, avec de petits yeux malicieux ou des petites moues grincheuses. Ici les enfants s’amusent d’un rien, ils n’ont qu’à trouver un bout de bois et ça leur suffit pour s’imaginer un univers qui les occupera toute la journée. Bien souvent ils sont plusieurs à jouer ensemble.
Je voyais de vrais enfants. Des enfants au regard pétillant, plein de vie, les yeux grands ouverts sur ce qui les entouraient. Ils étaient joyeux, souriants, j’en ai rarement vu pleurer ou piquer des colère. Dès qu’ils étaient en capacité de marcher seul, ils étaient presque livrés à eux-mêmes. Les parents les surveillaient, mais ils étaient plutôt autonomes, ils allaient et venaient comme ils le voulaient, ils faisaient leur vie. Bien évidemment il n’y a pas de service de garderie ou de nounou au Cambodge, ou alors pour les famille des villes peut être plus aisées. Au mieux il y a les grands-parents présents au foyer qui peuvent s’en occuper. On pouvait donc souvent voir les jeunes enfants au travail avec leur parents.
Normalement tous les enfants sont censés être scolarisés, mais il arrivait parfois d’en voir aider leurs parents dans les champs, dans les boutiques ou sur les marchés. Et bien souvent après l’école, ils allaient également les rejoindre pour les aider. J’adorais les regarder prendre le chemin de l’école ou les voir retourner chez eux leur journée d’étude terminée. Ils étaient tous en uniformes, ça les rendaient encore plus beaux. Certains rentraient à pieds, d’autres à vélo ou encore en scooter, à deux ou trois sur ces deux roues. Et toujours ce sourire et cette joie de vivre qui les accompagnaient.
Ce que je préférais surtout c’était leur “Hello!” et leur petit coucou de la main. Qu’ils soient tout jeunes, collégiens ou lycéens, dès que les jeunes cambodgiens voyaient des occidentaux ils nous saluaient avec un sourire qui espérait un retour de notre part. Je leur répondais à chaque fois. Ce n’était qu’un mot qui pouvait paraitre anodin, mais ils étaient tellement contents d’avoir une réponse et moi je gagnais un peu plus de sourire. Les plus à l’aise avec l’anglais demandait ensuite mon prénom. C’était une sorte de rituel qui me plaisait beaucoup. Si un simple “bonjour” chez nous pouvait donner autant de sourire ça sera tellement plus agréable.
