Jour 30 : La Loop du Plateau des Bolovens

Tôt le matin, armée de ma carte et de ses petites annotations ainsi que de mon petit sac à dos, je pris la route pour la boucle du Plateau des Bolovens. Comme je n’avais pas envie de suivre trop le plan à la lettre, j’avais décidé de faire la petite boucle, plus un crochet par la grande pour aller voir les plus belles chutes du plateau, le tout en deux jours.

La circulation étant ce qu’elle est dans ce pays, j’étais partie très tôt pour éviter un maximum la circulation, et j’avais eu raison, car en plus de l’éviter j’étais aussi la première à arriver sur les lieux d’intérêts que comportait cette boucle. J’ai donc découvert les premières chutes d’eau complètement seule dans un parc un peu aménagé pour les touristes, ça n’avait rien de très impressionnant mais le cadre était plutôt sympathique. Je dû pour la première fois emprunter un pont fait en bambou, et là j’ai eu l’impression de jouer dans un film d’aventure, cette fameuse scène où il faut absolument traverser un pont qui n’a vraisemblablement pas l’air fiable et où on risque de passer au travers à chaque pas. Et le pire c’est que j’ai dû passer sur ce pont deux fois, forcément.

Je suis ensuite repartie continuer ma petite boucle, les paysages n’avaient pour le moment rien de très spectaculaires, mais la conduite de la moto était géniale. Auparavant je n’avais jamais pensé à ce mode de transport par appréhension car je ne me pensais pas très à l’aise sur les deux roues, mais au finale ce véhicule offre encore plus cette sensation de liberté. Le prochain stop était chez Mr. Vieng, producteur de café. Le plateau des Bolovens est une région très réputée, car les conditions climatiques et le sol sont particulièrement propices à la culture du café, on dit même que c’est ici qu’on produit le meilleur café du monde. En arrivant chez Mr Vieng j’apprends qu’il n’est pas possible de visiter la plantation car il n’est pas présent aujourd’hui. Un peu déçue, je décide tout de même de m’installer et commande un café histoire de ne pas m’être arrêtée pour rien et de goûter à ce fameux café bio. C’était un réel délice, moi qui n’en boit pas souvent, j’avais l’impression que tous les cafés bus jusque là n’avaient que très peu de goût comparé à celui-là. J’ai donc acheté un sachet, un souvenir qui me fera revenir dans le temps au retour de mon voyage. Lors de cet arrêt je fis la connaissance d’un couple de parisiens, en vacances en Asie. Comme ils faisaient le Laos au Nord au Sud puis le Cambodge, nous avons pris le temps de discuter un peu afin de partager nos expériences.

Je repris la route, m’arrêta à quelques chutes d’eau, avant d’arriver à celles proches du village de Tad Lo. Elles étaient les chutes les plus belles de la petite boucle, et la plupart des personnes qui faisaient la boucle s’arrêtaient souvent à ce village pour la première nuit. Moi je ne m’y suis pas vraiment attardée. Après un rapide tour dans le village, j’ai directement pris la route pour l’étape que j’attendais avec impatience depuis quelques jours, la rencontre avec Captain Hook et le village des animistes.

 

Les “Kalum”, une minorité ethnique à découvrir l’esprit ouvert

 

Pour moi aujourd’hui l’incontournable de cette boucle dans le plateau des Bolovens, c’était de venir à la rencontre des “Kalum”, une minorité ethnique au mode de vie bien loin du notre. Pour apprécier pleinement la visite de ce village il faut venir sans a priori, avec un esprit le plus ouvert possible, si vous ne vous en sentez pas capable passer votre chemin.

Le village est plutôt grand et à mon arrivée très peu de panneaux indiquaient le chemin pour la maison de Mr Hook. Heureusement les enfants présents m’ont aidé et me montraient la direction à prendre. Plus je m’enfonçais dans le village, plus les regards des enfants avaient une lueur étrange. On m’avait prévenu, ici les enfants fument le “bang” dès l’âge de 5 ans, ce n’est donc pas étonnant de voir leur yeux vides, et leur air amorphe… enfin si ça l’est.

J’arrive à la maison de Mr Hook, on m’accueille plutôt bien venant d’un peuple avec un tel mode de vie. J’essaie d’avoir un comportement le plus approprié possible, je fais en sorte de me montrer la plus respectueuse possible pour ne pas les vexer. On me propose à boire, je choisis sur la carte posée en face de moi un jus de citron maison, il était à tomber. Quelques minutes plus tard un homme vient s’asseoir à côté de moi. Il se présente comme Mr Hook, il a le regard un peu vide, il doit fumer depuis quelques heures maintenant, il parle parfaitement bien anglais. Nous commençons à discuter un peu puis il retourne voir deux hommes en train de jouer aux dames sur une table de bois, je les observe, c’est amusant de voir des gens jouer à ce jeu ici.

Après quelques minutes je demande s’il est possible de visiter le village et d’avoir quelques informations concernant leurs coutumes. Mr Hook m’emmène alors faire ce tour et là la leçon commence.

Mr Hook est une personne extrêmement intéressante, il commence à me donner quelques informations sur son village, comme par exemple qu’il ne faut pas prendre en photo les gens, car pour eux cela signifie qu’on leur prend leur vie. Il cueille une plante et m’explique qu’avec ils peuvent faire arrêter le sang de couler. Puis nous arrivons dans la plantation de café et là encore je suis impressionnée car le personnage. Mr Hook connait absolument toute l’histoire du café à travers le monde. Il me cite les 20 types de cafés qui existent ou du moins leur appellation car au final il n’existe pas tant de sorte que ça, c’est surtout des appellations marketing. Le café qui est cultivé ici au Laos a été importés par les français principalement. La leçon est interrompue par le couple de français rencontré plus tôt dans la journée, nous nous sommes suivis sans trop le vouloir. On continue donc la visite à quatre. La connaissance du café de Mr Hook est ahurissante, il nous explique la différence entre les variétés, qu’il existe des fruits mâles et des fruits femelles. Pour le mâle, il ne contient qu’un grain et pour la femelle il y en a deux. Il nous fait même goûter le fruit rouge, presque prêt à être récolté. Il faut croquer légèrement pour enlever la première couche du fruit, elle a un goût sucré mais ne se mange pas. Le grain lui se mange et c’est là qu’on sent l’arôme du café. Il nous explique ensuite la suite du procédé pour faire sécher les grains et arriver au produit fini. Cet homme est une mine d’information, il pourrait nous en parler pendant des heures.

Nous continuons la visite dans la plantation, arrivons à des champs où sont cultivé le riz déjà ramassé et le manioc. Il s’arrête près d’un arbre dont la sève est rouge, on dirait du sang, il nous explique que cette sève leur sert pour éviter les démangeaisons. Comme j’ai la malchance de trainer depuis quelques jours des piqures de punaise de lit, je les lui montre et il applique la sève dessus, je ne ressens plus aucune démangeaisons, plus rien du tout. J’hésite presque à récupérer un peu de sève pour les jours à venir. La visite continue et nous goûtons à quelques plantes, là encore avec de multiples vertues. A un moment il prélève de la sève dans la tige d’un arbre et la fait couler dans le creu d’une feuille, il part un peu plus loin pour couper une petite tige qu’il tort pour former un cercle, il la plonge dans la sève, la ressort et souffle au travers du cercle, et la des dizaines de bulles s’envolent. On va de surprise en surprise avec cet homme.

Nous repartons et traversons une autre plantation de café, il nous informe que c’est la sienne, et nous demande si nous voulons goûter aux fourmis. Moi qui suis un peu déçue de pas avoir tester les insectes au Cambodge je saute sur l’occasion. Il nous amène proche d’un arbre, les fourmis forment comme un nid, elles ont tordues les feuilles pour se faire comme un abris. Il en attrape une, lui retire la tête et me la tend. Une belle et grosse fourmis rouge orangée, sans trop réfléchir je la mets dans ma bouche et là le goût, très acide mais pas désagréable. Il nous explique que les fourmis ne sentent pas très fort mais que dans le village ils les utilisent pour pour repousser les moustiques, car une fois écrasées, l’odeur est très désagréable. Vient donc la démonstration, il attrape quelques poignées de fourmis, les frottent dans ses mains pour les écraser et nous les fait ensuite sentir. Effectivement l’odeur est très intense, et désagréable.

Après cette dégustation, Mr Hook nous donne plusieurs recettes à base de café, nous explique à quel point il est bon pour les femmes de boire du café et que les hommes par contre ne doivent pas en boire trop souvent dans une même journée. Il nous donne énormément de remède à base de café, nous explique qu’il faut toujours choisir un café en grain et non déjà moulu car il a déjà perdu toutes ces propriétés.

Ensuite nous repartons en direction du village et là il nous donne encore d’autres informations concernant son villages. Les enfants peuvent se marier à partir de 5 ans, peuvent avoir des enfants à partir de 11 ans. Ils sont polygames, et le nombre de femmes est souvent lié à la richesse de l’homme. Ils ne boivent pas de lait car d’après leur religion s’ils le font ils seront foudroyés. Lorsqu’on est malade, il faut d’abord aller voir le chaman, s’il ne réussit pas à guérir, alors c’est le gourou qu’il faut aller voir, là encore si ça ne fonctionne pas, c’est au tour de la médium du village qui devra faire disparaître les mauvais esprits et, enfin si ça ne fonctionne toujours pas, un sacrifice devra être fait, un sacrifice animal a priori. Les femmes accouchent dans la forêt et non dans le village, lorsqu’elles reviennent elles doivent passer au dessus d’un feu, si elles ont des brûlures elles peuvent revenir sinon elles doivent retourner dans la forêt. Concernant le bébé, la mère doit dire si le bébé est un bon ou un mauvais bébé, et mieux vaut qu’il soit bon, c’est rarement l’inverse. Pour le prénom c’est tout un rituel, elle doit aller voir le chaman à la pleine lune, si elle n’a pas rêvé d’ici ce moment, l’enfant n’aura pas de prénom, et cela peut durer très longtemps, car le chaman donne le nom à l’enfant en fonction de l’interprétation du rêve. Dans une famille, si un membre meurt par accident, la famille entière doit quitter le village et partir vivre dans la forêt pendant 3 ans. Il nous explique également que les touristes ne sont pas toujours bien vus dans son village, car pour eux nous sommes tous des américains et ils craignent que nous venions avec des bombes. Bref tout un tas d’informations qui pour nous, sont complètement en dehors de notre réalité et de nos habitudes, mais ce sont les leurs.

Le couple de français nous a quitté à la fin de la visite et moi je suis restée. Je voulais continuer cette aventure, au coeur de ce village d’un autre temps, différent du mien. Je n’ai pas regretté mon choix de dormir sur place. On est venu me chercher au moment du dîner, je suis montée dans leur maison familiale. L’intérieur c’était une grande pièce au centre d’autres plus petites qui servaient de chambres. Nous avons mangé au milieu de cette grande pièce. Il y avait plusieurs plats différents, une soupe de poisson, un mélange d’aubergines, d’autres plats à base de poisson mais je ne saurai même pas dire ce qu’ils contenaient. Ce qui était sûr c’est que c’était délicieux. Nous n’avions pas de couverts, le riz gluant ou sticky rice, nous servait de cuillière, nous le trempions dans les plats et mangions avec nos doigts. Il y avait également des plats avec pleins d’herbes différentes, des tiges, des feuilles, au début je n’ai pas osé en manger, et puis au final la soeur de Mr Hook, qui parlait très bien anglais, m’a fait gouter et m’a expliqué comment les manger. C’était très bon, ça rajoutait beaucoup de goût aux différents plats.

Après le repas nous avons discuté, certains membres de la famille parlaient très bien anglais, d’autres un peu moins mais profitaient de ma présence pour s’améliorer. De mon point de vue c’était plutôt moi qui profitait de ces rencontres pour m’améliorer… Après quelques minutes, une toute jeune fille est entrée dans la pièce avec un bang de bambou, les personnes autour de moi se passaient le bang tour à tour. Ils m’ont vite proposé de me joindre à eux, je n’ai pas hésité longtemps, j’avais très envie d’essayer. Nous fumions donc tous ensemble les feuilles de tabac récoltées plus tôt, à discuter de pleins de choses différentes. C’était un moment de partage et d’échanges inattendu mais tellement fort.

Un jeune homme est arrivé un peu plus tard, lui aussi parlait très bien anglais, et a commencé à me poser quelques questions, les habituelles, où je vivais, ce que je faisais, combien de temps je voyageais. Et ensuite la discussion a énormément tourné autour de la religion. Il m’expliqua que contrairement aux membres du village il était bouddhiste, que sa famille vivait dans une autre ville plus au nord, et que pour lui, venir au village trop longtemps pouvait parfois être dangereux en raison de sa religion. Il était également curieux concernant ma position sur la religion. Il m’a demandé si je croyais en quelque chose, si j’étais pratiquante, comment ça se passait en France, si les gens allaient beaucoup prier ou non. C’était une discussion passionnante, et j’ai regretté de ne pas avoir le vocabulaire suffisant pour en parler plus en détail. Lui était très croyant et s’interrogeait du sens que les gens donnaient à leur vie s’ils ne croyaient en rien. Cette discussion m’a fait réfléchir, moi qui suis plutôt issue d’une famille catholique mais qui ne se retrouve pas réellement dans cette religion. Mon niveau de compréhension en anglais n’était pas assez bon pour comprendre toute les subtilités qu’il me donnait concernant le bouddhisme, du coup je lui ai proposé d’échanger nos contacts afin de continuer cette discussion, car j’avais quelques questions à lui poser.

Vers 22h30 je suis retournée à mon bungalow. Je dormais à même le sol sur un très grand et épais futon, c’était très confortable et le petit plus, c’est que par la fenêtre je pouvais apercevoir la lune et les étoiles qui brillaient intensément cette nuit la. J’ai particulièrement bien dormi et me suis réveillée tôt, en même temps que le soleil. La veille j’avais demandé à prendre mon petit déjeuné tôt car j’avais un long programme qui s’annonçait. En guise de repas, j’ai eu droit à un délicieux café, moulu et préparé devant moi et servi dans une tasse en bambou. Et en accompagnement, on m’avait préparé des petits sandwichs avec tomates, concombres et omelette, un délice.

L’heure de partir arriva, et je salua et remercia Mr Hook ainsi que sa soeur pour leur acceuil, et toutes ces leçons concernant le café et les plantes médicinales. Si cette rencontre n’a été pour eux qu’une de plus avec des touristes, pour moi elle aura été unique et forte en émotions. Je repris la route tranquillement, quitta le village qui s’activait déjà autour des tâches quotidienne. Le temps était particulièrement beau, le ciel était parfaitement bleu, le soleil bien présent et la lumière de ce matin là était parfaite, rendant les reliefs aux alentours encore plus beaux et impressionnants.

 

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Ce deuxième jour, j’avais essentiellement prévu de me rendre aux plus belles chutes du plateau des Bolovens. Pour cela je devais faire le fameux croché sur la grande boucle. Après quelques heures de route et la visite d’une petite chute, j’arrivais à destination. Les chutes de Tayicsua comptaient en tout 7 chutes. Le site était plutôt grand, en pleine jungle c’était une succession de collines et il fallait compter plusieurs heures pour toutes les voir. Je n’avais que 3h devant moi, donc je devais prioriser. Après avoir garé la moto je m’enfonçais donc dans cette nature luxuriante.

La première chute était tout près, mais n’avait rien de très grandiose, celles vu précédemment sur la route avaient été plus surprenante. Je continua donc à la recherche des prochaines. Les différents sentiers étaient assez sportifs, il fallait tantôt monter tantôt descendre, et avec mon corps en carton qui n’a pas d’endurance c’était “essoufflant”. Pendant une petite ascension je pris le temps de regarder le paysage, c’était digne des films d’aventures, la jungle s’étendait à perte de vue. Et au loin on pouvait voir une chute d’eau gigantesque, elle paraissait plutôt éloignée et je ne savais pas si j’allais avoir le temps de la voir, ni même si j’allais trouver le chemin pour m’y rendre. Il y avait plusieurs sentiers mais aucune indication, donc c’était le hasard qui allait décider quelles chutes j’allais voir ou non. Je me suis lancée dans un chemin et quelques minutes plus tard je ne l’ai pas regretté. J’avais devant les yeux une des plus belles chutes du site, j’en avais rarement vu d’aussi belle, les alentours la rendaient encore plus belle. Elle tombait du haut d’une formation rocheuse et était entourée par de magnifiques fleurs au couleurs vives, et bien sûr un arc-en-ciel s’était formé au pied de la chute. J’y suis restée un certain temps pour l’admirer, il n’y avait pas trop de monde à ce moment là. Mais la population commença à arriver alors je repri ma route. Je suis remontée vers l’entrée du site, l’heure tournait et je n’avais prévu de rester que peu de temps.

Dans un restaurant j’ai de nouveau revu les filles rencontrées au magasin de moto. Il y avait Flavie, Andréane, Yasmin, Juliette et Laure. Je me suis installée avec elles, avons discuté et on a même convenu de faire la prochaine boucle ensemble, celle de Thakhek plus au Nord. Elles prévoyaient encore une journée après celle-là, donc je n’aurais qu’à les attendre une journée à Pakse pour prendre le bus de nuit ensemble.

Après réflexion je repris le chemin des chutes, c’était dommage de partir si vite alors que l’endroit était fabuleux. Sur le chemin j’ai croisé deux français qui revenait d’un sentier qui descendait à l’opposé de celui que j’avais déjà pris. Ils m’expliquaient qu’il y avait deux très belles chutes par ce chemin, et que pour la deuxième il fallait emprunter un “chemin” qui n’en était pas vraiment un. L’idée me plu alors je pris cette direction. Le sentier était déjà moins bien “formé” c’était plus sportif encore que l’autre. Je suis arrivée à la première et là j’ai pu avoir un spectacle magnifique. J’étais tout en haut d’une chute qui tombait dans la jungle. Je pouvais apercevoir l’eau qui s’écoulait tranquillement jusqu’au moment de se fracasser en bas sur des rochers toujours avec cette puissance. C’était génial d’être à cet endroit, et pour mon plus grand plaisir personne n’est venu à la rencontre de cette chute en même temps que moi. J’ai ensuite chercher le chemin qui menait à la seconde, et effectivement ça allait être sportif. Je devais commencer par traverser un “pont” qui n’était en fait qu’un énorme tronc d’arbre, sans aucune prise bien sûr, sinon ce n’est pas l’aventure. Ce premier obstacle passé, je devais maintenant progresser dans la jungle en suivant le cours d’eau. Il fallait grimper sur des pierres constamment, mais c’était plutôt plaisant, je préférait ça à devoir monter des marches par exemple. Après 15 bonnes minutes de marche j’arrivais enfin à cette chute, et quelle agréable surprise de découvrir que c’était celle que j’avais vu au loin plus tôt dans la journée. C’était celle que je préférais, elle était immense, imposante, encore plus puissante que les autres, plus sauvage aussi et très certainement la moins observée du site. Le chemin qui y menait montrait bien que peu de personne s’aventurait jusqu’ici, et si je n’avais pas eu l’information par ces deux français je ne l’aurait certainement pas trouvé non plus. Je n’ai vraiment pas regretté d’avoir pris plus de temps ici, car même si je devais faire l’impasse sur d’autres lieux sur la boucle j’étais déjà satisfaite de ce que j’avais vu aujourd’hui.

Sur le chemin du retour pour rejoindre ma moto, j’ai de nouveau croisé les filles, du coup je leur ai dis pour les deux chutes que je venais de voir et qu’elles n’allaient pas être déçues. De mon côté je repris la route pour rejoindre Pakse. J’avais pas mal de trajet à faire et du coup plus le temps pour de nouveau arrêts. Avant Pakse il fallait passer par la ville de Pakson, et Yves nous avait prévenu, la route entre les deux villes était en travaux et la conduite pouvait être difficile. Il n’avait pas tort, c’était vraiment pas agréable voir même chiant car l’état de la route est mauvais, la conduite moins sûr car tout le monde voulait se frayer un chemin pour avancer. Il y avait des endroits où on devait rouler sur des graviers ce qui ne plaisait pas trop à ma moto, ni à moi. Bref le retour au bitume en bon état m’a fait plaisir. En arrivant sur Pakse j’ai eu droit à un magnifique coucher de soleil, et à mon plus grand étonnement la conduite en ville ne m’a pas déplu ni même stressé. Au final il suffisait d’y aller tranquillement, de bien faire attention lorsqu’on voulait doubler si personne était derrière nous et ça roulait tout seul. J’ai déposé ma moto chez Miss Noy, et ai prévenu Yves que je réservais un bus de nuit pour le lendemain et que 3 autres filles m’accompagneraient. Juliette et Laure ne nous suivaient pas, elles prenaient la direction du Sud.

Le lendemain je n’ai absolument rien fait, j’ai quitté mon auberge pour me nourrir mais sinon j’ai passer le plus clair de mon temps à ne pas l’occuper, et parfois ça fait du bien. Le soir venu, on s’est rejoint le soir chez Miss Noy pour prendre le tuktuk qui allait nous emmener à la station de bus. En arrivant là-bas nous avons découvert notre super bus de nuit, le premier que j’allais prendre au Laos. On nous a installé tout au fin à l’étage, on avait donc tout la largeur du bus pour nous quatre, c’était parfait. Contrairement au sleeping bus du Cambodge il y avait deux étage distincts, donc deux allées centrales et non pas une seule où il fallait escalader pour monter dans les couchettes supérieurs, par contre il fallait se baisser car le plafond du bus était du coup plus près de nos têtes. Le trajet était mouvementé, on m’avais prévenu, les route du Laos sont pas toujours en très bon état. Mais nous sommes arrivées entières, très tôt le matin, c’était toujours la nuit et bien sûr à des kilomètres du centre. On a donc choisi de dormir dans un dortoir à côté de la station de bus, qui avait plus des air de prison avec ses matelas alignés dans une pièce sans fenêtres et une bonne odeur d’humidité. Encore quelques heures à tenir et notre nouvelle boucle dans les terres du Laos allait pouvoir commencer.

 

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Jour 18 : Départ vers le Nord et découverte de Kratie

Ce matin là je quittais la ville de Phnom Penh définitivement, mon aventure se poursuivait dans le nord du pays. Je devais rejoindre par bus la ville de Kratie, située sur les bords du Mékong. Mon bus partait en milieu de matinée et n’est arrivé qu’en tout fin de journée, le trajet m’avait paru bien long. En arrivant, nous avons tout de même eu droit à un magnifique couché de soleil, la ville était reconnue pour être l’une des meilleure place pour l’admirer.  

Par chance le bus nous avait déposé juste à côté de ma guesthouse. C’est à cet instant que j’ai fait une nouvelle belle rencontre, celle de Kina. Elle travaillait à la guesthouse, parlait très bien anglais et s’occupait des réservations, de prendre les commandes, de gérer les réservations des différentes activités que l’endroit proposait (vélo, kayak, ticket de bus,…). Elle était particulièrement enjouée, elle plaisantait beaucoup et avait envie de voir les gens être contents et surtout qu’ils s’amusent. Elle avait été particulièrement gentille avec moi et nous avons très vite sympathisé. Au cours de la soirée je me suis joins à deux voyageurs qui venaient du Laos. On a discuté un peu sur leur voyage et le mien. Kina nous a rejoint et nous avons ensuite passé la soirée à jouer aux cartes. C’était une soirée vraiment agréable et leur compagnie était la bienvenue après avoir passé quelques jours seules.

Le lendemain matin alors que je prenais mon petit déjeuné, Kina m’a proposé de l’accompagner prendre le sien en ville. J’ai abandonné mon repas pour la suivre. C’était la première fois que je montais sur un scooter derrière quelqu’un que je connaissais à peine. Mais cette pensée est vite partie, après tout on est au Cambodge, conduire des scooters c’est presque inné chez eux alors ça ne servait à rien d’avoir des appréhensions. On est arrivée dans une des rues les plus animées de la ville, près du marché. On a pris place sur des tabourets dans un des boui-boui et à voir comment Kina discutait avec la p’tite dame j’ai compris que c’était son endroit favoris pour prendre son repas du matin. Malgré que j’avais déjà pas mal mangé quelques minutes avant, j’ai tout de même pris un bol de soupe pour l’accompagner. Ca faisait depuis le début du voyage que je voulais manger à ces boui-boui alors je n’allais pas laisser passer cette occasion. Dans ce bol il y avait donc du bouillon, des nouilles, un peu de viande, et beaucoup de légumes. On avait devant nous tout un tas de sauces et condiments à rajouter en fonction de nos goûts. Kina mangeait épicé, moi je suis restée soft, cette soupe était délicieuse, je n’ai pas regretté d’être montée sur ce scooter.

 

Balade à vélo à la rencontre de Phnom Sambok Pagoda

 

En revenant, Kina a repris le travail et moi je suis partie avec un vélo parcourir un peu les alentours de la ville. Elle n’était pas très grande, mais très agréable car il y avait peu de touristes qui s’arrêtaient par ici. Plutôt que de rester dans le centre, j’ai pris la direction du nord en longeant le Mékong. A 12 km se trouvait une pagode, perchée sur une colline, et d’après certains voyageurs la vue était plutôt sympa. J’ai donc pédaler sur une route, qui n’avait de route que le nom. C’était plutôt un grand sentier, pleins de trous, par moment avec un peu de bitume, mais bien recouvert par la terre. J’avais enfin l’occasion de rencontré un Cambodge plus authentique, les villages qui bordaient le Mékong n’avaient rien à voir avec ceux que j’avais vu précédemment. Les habitations étaient essentiellement en bois, très rudimentaires, toujours sur pilotis mais cette fois avec plus de hauteur. J’appréciais aussi de remonter sur un vélo. Pas que les faux plats canadiens me manquaient, mais c’est toujours plus agréable de circuler avec ce deux roues non motorisé. Le rythme est plus plaisant, l’arrêt plus simple, la sensation d’avancer plus légère. Et puis ça m’a donné l’occasion de rouler avec les écoliers. C’est assez drôle de les voir à deux ou trois sur un vélo bien trop grand pour eux. Une des choses que j’adorais aussi au Cambodge, c’était ces espèces de grandes plateformes en boite, un genre de grande table carré, qui servaient principalement à s’y installer, plus ou moins confortablement, et de ne rien faire. Un concept qui allait parfaitement avec ma paresse. Je suis arrivée à la pagode non sans difficulté car absolument pas indiquée. Au pied d’un long escalier, j’ai enfilé un pantalon supplémentaire et mis une veste, tenue correct exigée pour la visite des temples. Pour y accéder il fallait donc monter ce grand escalier et tout du long j’étais escorté par des statues de Bouddha. Arrivée en haut, une petite troupe de singes m’a surprise, je m’attendais pas à en voir ici, alors qu’au final c’est un peu normale. L’endroit avait une ambiance particulière, je n’arrivais pas à savoir si des moines vivaient sur place, à part cinq ou six touristes je n’avais croisé personne. Les lieux étaient comme délaissés, les bâtiments étaient en mauvais état, des feuilles mortes tapissaient le sol et des déchets trainaient un peu partout. En me promenant je découvrir que la pagode était en faite très grande et s’étendant sur plusieurs niveaux. Il fallait encore monter quelques escaliers, toujours accompagnés de Bouddha. On pouvait faire le tour du temple et la vue était réellement très belle. C’était un lieu apaisant, et en me promenant, j’ai pu apercevoir un moine dans une petite cabane, jamais j’aurais pensé qu’ils vivraient dans ce genre d’endroit, mais le lieu devait réellement être propice à la méditation. Je repris la route du retour sur mon vélo et rentra tranquillement. Je passais le reste de ma journée à me promener dans les rues, à pied, le marché n’était pas encore fermé, et les magasins alentours étaient encore ouverts même si l’agitation du matin n’était plus vraiment là.

 

Une sortie kayak qui fini en bateau

 

Le lendemain une journée sportive m’attendait. J’avais prévu de faire la sortie kayak sur le Mékong à la rencontre des dauphins de l’Irrawaddy, une espèce de dauphins d’eau douce de plus en plus rare mais encore présente dans les eaux du Mékong et Kratie était une des villes où on pouvait les observer. On est donc partis assez tôt le matin rejoindre le point de départ, à une vingtaine de kilomètres de la ville en amont du fleuve. Nous étions un petit groupe de 6 personnes plus notre “guide” qui n’était autre que le patron de la guesthouse. Il m’a mis en doublon avec un anglais. J’étais devant, lui derrière, nous sommes partis les premiers sans vraiment savoir quelle direction nous devions prendre. Les autres ont mis plus de temps à se mettre à l’eau et lorsque notre guide s’est lui-même mis à l’eau dans un kayak individuel il est parti rapidement dans une direction un peu opposé à celle que nous avions pris. Alors on commença à ramer aussi fort qu’on pouvait pour le rejoindre. Le soucis c’est que mon partenaire était un peu lourd et sous son poids le kayak prenait souvent l’eau à l’arrière et se remplissait de plus en plus. Cette situation le faisait plutôt rire, moi pas vraiment. Avec mon tempérament quelque peu solitaire, devoir dépendre de quelqu’un était déjà quelque chose mais en plus me dire que je risquais de finir à l’eau ça ne me faisait pas spécialement rire. Ça n’a pas loupé, nous sommes arrivés dans de petits rapides et l’eau s’est encore plus vite infiltrée, et bien évidemment ce qui devait arriver arriva, on a basculé et plouf dans l’eau. Mon agacement était bel et bien de la partie. La baignade dans le Mékong ne me dérangeait pas vraiment même s’il y avait beaucoup de courant et que l’idée de dériver sur une grande distance me rassurait pas vraiment. C’était d’être à l’eau du fait d’un autre qui ne me plaisait pas beaucoup, ma nécessité de tout contrôler avait volé en éclat. Pour me sortir de là je me dis que le mieux c’était de transférer l’énergie de mon agacement dans mes jambes histoire de nager vers un îlot le plus vite possible. J’avais laissé la tâche de tracter le kayak à mon partenaire, sauf que voyant qu’il ne s’en sortait pas trop je suis retourné l’aidé. Autant dire qu’avec le courant c’était peine perdu et à ce moment là le sort du kayak m’importait peu. Mais heureusement un pêcheur passait par là avec son bateau à moteur et a pris en charge le kayak.  Maintenant il fallait nager jusqu’à une petit île histoire de pas passer la journée dans l’eau. Le guide m’avait indiqué une petite île juste à côté, sauf qu’avec le courant la tâche s’avérait peu facile. Ça faisait 15 minutes que je me débattais dans l’eau et j’étais fatiguée, mais avec ce qui me restait de force, j’ai nagé comme si ma vie en dépendait, alors que pas du tout, et j’ai réussi à rejoindre cette fichue île ridiculement petite. Après quelques minutes, quand tout le monde m’a rejoint sur l’île, nous sommes tous remontés à bord de nos kayaks, et cette fois j’étais positionnée à l’arrière. Nous sommes repartis à la rencontre des dauphins, et vu l’épisode qui venait de se passer je serai pas repartie sans en voir vu, ils avaient intérêt à se montrer les petites bêtes. Le guide n’était pas facile à suivre avec tous les courants et les autres avaient un peu de mal avec la navigation. Du coup, pendant que mon partenaire et moi attendions au niveau du point de vue pour apercevoir les dauphins, le guide était parti récupérer les auteurs. Le soucis c’est qu’avec le courant, après quelques minutes on ne voyait plus personne. On est resté seuls pendant 20 minutes en plein soleil agrippés à une branche. On a décidé de bouger et de rejoindre la rive qui n’était pas très loin, se lancer à leur recherche sur l’eau c’était peine perdu et risqué vu la largeur du fleuve et le courant. On avait fait le bon choix car après avoir ramé 5 minutes nous avons été rattrapés par un bateau à bord duquel se trouvaient nos compagnons de kayak. C’est à ce moment que la session kayak pris fin. Nous sommes restés à bord du bateau pour rejoindre un autre point de vue pour les dauphins et après avoir coupé le moteur les premiers ont montré le bout de leur nez, ou plutôt de leur nageoires. Comme toujours les photos ne donnaient rien, je me suis donc concentrée à les admirer. Ils ont fait des apparitions à plusieurs reprises, j’étais contente d’avoir pu en voir malgré cet épique aventure en kayak. Nous avons ensuite repris la direction de la rive et au final nous étions assez près du bord de l’eau. Même avec les pieds sur la terre ferme ils auraient été visibles. Mais ça restait une aventure amusante après coup et au moins j’aurais eu la “chance” de nager dans le Mékong.

 

Après cette courte activité kayak, il n’était que 12h30, nous sommes retournés à la guesthouse. Et comme a veille je suis partie me promener en ville, je devais acheter quelques snacks pour le lendemain, car le départ de cette ville tranquille approchait. Le soir j’ai accompagnée Kina dans de nouvelles parties de cartes, mon partenaire de kayak jouait avec nous ainsi que deux autres voyageurs, un allemand et un anglais.

C’était ma dernière soirée avec Kina, mais je savais que nous n’allions pas perdre contact. Elle avait été la belle rencontre de ce début de voyage en solitaire. Elle faisait partie de ces rencontres que je n’ai pas envie d’oublier avec le temps, elle trouve donc naturellement sa place dans mon récit.

 

https://drive.google.com/folderview?id=1JgbJ90ulqWX7dZTzqweoV_XeKT6KFGIa

Jour 10 : Premiers pas dans le Sud Touristique

Kampot, un sud d’expatriés

 

Nous sommes arrivées après quelques heures de bus, sur des routes toujours aussi surprenantes. La ville n’était pas forcément très étendue, toute l’activité était concentrée au moment endroit. Comme nous sommes arrivées tard en fin de journée, nous n’avons pas pu voir à quoi  ressemblait réellement la ville. Nous sommes directement allées à notre guesthouse pour déposer nos affaires. Il n’était pas trop tard dans la soirée mais ici il ne faut pas trop tarder pour aller diner car en général tout ferme assez tôt. Nous avons donc trouvé un restaurant sur un bateau, une première pendant ce voyage. La ville était située en bordure d’un fleuve et on apercevait de l’autre côté de la rive des lumières, comme si l’activité nocturne était plus développée de l’autre côté. Nous sommes rapidement allées nous coucher ce soir là.

Le lendemain nous avons passé un peu de temps à nous promener. Nous avons croisé beaucoup d’occidentaux, et vu leur allure, ils devaient être des expatriés, ils étaient beaucoup plus décontractés que les touristes habituels. Contrairement aux grandes villes que nous avions déjà fait, la négociation dans les magasins n’était pas vraiment de coutume. La plupart des prix étaient affichés et ils étaient fixes. Nous ne nous sommes pas trop attardées dans cette ville réputée pour son poivre. Nous avions l’intention de visiter une plantation de poivre, mais celle-ci était située vers Kep, notre prochaine destination.

 

Kep, petit havre de paix

 

Pour nous y rendre nous avons pris un bus, nous étions seules à l’intérieur. En arrivant à Kep et en découvrant la ville je me suis rendue compte que j’avais encore fait l’erreur de m’attendre à une ville “normale”, mais ici les villes sont bien différentes de ce que l’on peut connaître. Même si google maps nous montre une ville avec des rues, lorsqu’on est face à la réalité ce ne sont que des chemins de terre avec au final très peu d’habitation, encore moins de magasins. Kep était une ville un peu différentes de celles qu’on avait pu voir. Elle était tout en longueur, constituée essentiellement d’hébergements pour accueillir des touristes, une longue et belle plage, et plus loin, là où était située notre guesthouse, un semblant de ville, un endroit qu’on aurait presque laissé à l’abandon.

Nous avions réservé une guesthouse un peu excentrée, mais qui avait l’air plutôt agréable, avec une ambiance bungalow en bord de mer. En la découvrant nous n’avons pas été déçues. Elle n’était pas vraiment en bord de mer mais il y avait tout de même une vue très agréable à l’étage. Nous avons appris en arrivant que c’était un lieu plutôt animé. Notre chambre se situait au rez-de-chaussé, il y avait d’autres chambres et un dortoir également. A l’étage il y avait le coin salon, avec plusieurs tables, le bar et encore quelques chambres, et si l’on montait à une échelle on pouvait loger sur une terrasse avec comme lit un hamac. Ça donnait presque envie. L’endroit était vraiment très agréable.

Le premier soir, après avoir fait un petit tour rapide aux alentours, nous nous sommes posées à une table et après quelques minutes, nous avons rapidement fait la connaissance de Sara. Une suisse, heureuse de pouvoir faire la conversation et de pouvoir parler un peu français. Elle nous avait entendu parler et était venue nous voir tout de suite, avec une certaine audace acceptable, elle s’est assise avec nous et s’est naturellement joint à la conversation. Elle a été une des premières rencontres qui m’a marquée pendant ce voyage. Elle représentait une partie de moi et en même temps ce que je ne suis pas. Elle avait cette même envie, ses mêmes attentes de l’aventure qu’elle vivait et en même temps elle était mon contraire. C’était une personne qui savait être audacieuse dans ses approches sans pour autant s’imposer. Elle était facile d’accès, rapidement à l’aise et elle avait cette espèce d’aura, je ne sais pas si c’était réellement le cas, mais on aurait dit qu’elle n’avait aucune entrave, une espèce de liberté qui la guidait. J’ai beaucoup aimé ce personnage, et je serai contente si un jour la vie nous donne l’occasion de nous revoir, peut être pendant notre aventure.

 

https://drive.google.com/folderview?id=1MhEHkX3Jo89GzcyV5_HDBx5Frymhq2fS

 

Dave et Gaby, mais aussi la famille suisse

Cette rencontre, ce n’est pas seulement la rencontre de deux personnes formidables, c’est aussi la rencontre d’un mode de vie qui se rapprochait un peu plus de ce que je recherchais.

 

Gaby c’est une femme suisse qui un jour est venue voyager au Canada avec ses idées et ses convictions, qui a tout de suite aimé ce pays, qui a rencontré Dave et qui est restée y vivre. Dave c’est un personnage un peu plus secret mais tout aussi guidé par ses idées et ses convictions, je pense que c’est d’ailleurs ce qui a dû les rapprocher, surtout lorsqu’on connaît les circonstances de leur rencontre. Ils étaient tous les deux venus sur l’île de Vancouver pour militer contre une action de déforestation, ils se sont rencontrés lors du sitting.

Lorsque nous  sommes arrivées chez eux, nous n’étions pas les seuls “invités”, la famille de Gaby était là également. D’une certaine façon ça a accéléré la rencontre car ils étaient tellement curieux de notre voyage, de la France, leur pays voisin, d’un tas de choses que nous avons rapidement fait connaissance les uns avec les autres.

Comme dit précédemment, nous avons tout de suite été très bien accueillies et du coup rapidement intégrées aussi à l’ambiance et à la vie de cette ferme. Dave et Gaby étaient étonnés de nous voir si enthousiastes dès le premier jour à travailler avec eux, à découvrir comment ils fonctionnaient au quotidien. Je pense que de manière générale on les a biens avancés dans certaines tâches. Nous n’étions pas réticentes à nettoyer les enclos des animaux, à porter les bottes de paille, désherber le jardin ou encore faire la traite.

Ils avaient tous les deux des caractères bien différents. Gaby était parfois un peu directive, mais Dave le prenais bien et lui faisait parfois comprendre gentiment, du coup on voyait très bien la complicité qu’il existait entre eux, car ils n’étaient jamais en conflit, ils s’adaptaient au caractère de l’autre, sans s’écraser non plus. Dave était plutôt calme, mais grouillait toute la journée dans tous les sens, il avait un peu de mal à s’organiser et courait donc un peu partout. Il avait un rire bien particulier, plutôt communicatif, et un peu taquin sur les bords également. Gaby était un peu rebelle, plus dans sa jeunesse que maintenant mais ça se traduisait dans certains de ces comportements. Elle n’était pas très patiente non plus, du coup Julie s’est plutôt reconnue en elle, elles avaient quelques points communs.

Lorsque nous avons dû partir ce fut compliqué, car en plus de quitter deux belles personnes, nous quittions également un quotidien qui nous correspondait. Le fait de vivre dans une petite ferme, de produire ses propres produits issus du lait des petites chèvres, de cultiver son potager, de vivre au rythme des tâches nécessaires au maintien de cet équilibre, c’était vraiment pour le coup un vrai retour à l’essentiel. Une vie dans la simplicité, on prenait le temps de vivre une journée après l’autre, et sans parler de cet environnement qui nous entourait.

Le jour du départ, Gaby et Dave nous on dit pour la énième fois que nous pouvions revenir après les Rocheuses, que ce n’était pas la peine de faire la côte Est, pour rire bien sûr, car ils étaient contents pour nous que nous puissions vivre cette aventure.

Ce qui est sûr c’est que nous savons que si un jour nous repassons par la Slocan Valley, nous pourrions revenir les voir et que les retrouvailles seraient joyeusement partagées.

Natasha et Max

Une nouvelle belle rencontre, celle de Natasha et Max, un couple d’une trentaine d’année. Lui était un militaire bientôt à la retraite, en septembre. Elle avait eu plusieurs jobs différents, le dernier en date était chef dans un restaurant, et là elle était depuis quelques temps auto-entrepreneur. Elle avait créé un site de vente en ligne de salon de jardin à la canadienne. Elle était sûre que ça allait marcher.

Il s’était mariés au Mexique il y a quelques temps, d’ailleurs ce que j’avais remarqué et tout de suite aimé c’est leurs alliances. Ce n’était pas un anneau, mais un tatouage, il représente des signes dont je ne connais pas l’origine. Mais je trouvais l’idée très intéressante avec une forte signification, ce n’était pas un objet dont on peut se séparer d’un geste, facilement, c’était la preuve de leur union marquée sur leur peau à jamais. Ils n’étaient pas le couple démonstratif, débordant d’attention, mais ils étaient très complices. Ils prévoyaient de partir vivre sous peu en Thaïlande, à partir de fin septembre pour 6 mois, pour ensuite partir en tour du monde pour deux ans. Le voyage avait une place particulière dans leur vie.

Nous avons passé de très bons moments avec eux. Natasha avait de bonnes notions de français, du coup nous recevoir lui faisait plaisir car elle pouvait de nouveau parler notre langue. On a beaucoup ri ensemble également, au rythme de nos anecdotes et des leurs. Et nous avons surtout très bien mangé. Natasha cuisinait merveilleusement bien. Le premier soir, elle avait préparé des makis vegan, un autre soir un magnifique gâteau aux fruits et également des pâtes à l’italienne faites maison. On s’est régalées. En plus, grâce à Natasha nous avons une meilleure image des végans. Elle a expliqué la raison pour laquelle elle avait fait ce choix. C’était simple, elle était contre la maltraitance animale, le fait qu’aujourd’hui on “élevait” à outrance les animaux, pas toujours dans de bonnes conditions pour nourrir tout le monde. Et le fait d’être chef dans un restaurant cautionnait et participait à tout ça. C’était donc pour ça qu’elle avait arrêté ce travail et avait fait le choix de ne plus manger de viande.

Ils étaient très chaleureux et ont été très gentils avec nous. Pour notre première expérience en Couchsurfing c’était une réussite. On vivait chez eux, essentiellement le matin tôt et le soir, on partageait leur espace de vie, sans nous imposer, et eux de la même manière nous laisser libre de nous organiser comme nous le voulions sans imposer quoi que ce soit. C’était un échange agréable.

J’espère rester en contact avec eux, et qui sait peut être qu’un jour on se recroisera sur la planète.

 

Par ici pour les photos : https://drive.google.com/folderview?id=0BxWBT81uysxpN1RiWEEyc01VMWs

Départ pour Victoria et rencontre improbable

Nous quittons enfin ce lieu, et c’est le frère de notre logeur, qui avait bien plus les pieds sur terre, qui se propose de nous déposer à Duncan sur le bord de la Highway pour que nous puissions lever notre pouce.

 

L’endroit où nous avons été déposé n’était pas très pratique pour faire de l’auto-stop car les voitures étaient lancées et il n’y avait pas beaucoup de place sur le bas côté pour qu’elles puissent s’arrêter. Mais nous n’avions pas le choix donc nous voilà à lever notre pouce une nouvelle fois. Ca a été très long avant qu’une voiture ne s’arrête, et quelle voiture, un énorme pick-up rouge, avec à l’arrière une caravane fixée sur la remorque. C’est un personnage haut en couleur âgé de 33 ans, Kirk, qui se propose de nous emmener à Victoria, où il se rend également. On apprend plus tard qu’il y a habité et qu’aujourd’hui il y retourne pour s’acheter son bateau, un rêve pour lui qui va devenir réalité.

Sur la route, Kirk nous propose de nous arrêter pour aller voir une cascade qui  d’après lui est magnifique. Nous sortons donc de la voiture, marchons quelques instants et tombons très vite sur la cascade en question. Kirk avait raison, c’était un endroit magnifique. Pour donner une idée du personnage, il a très vite escaladé les rochers en bas de la cascade pour y retirer son t-shirt et sauter dans l’eau froide, très froide, et puis recommencer une seconde fois. Après quelques prises de vue, nous voilà repartis pour Victoria. Plus nous nous rapprochons de la ville, plus Kirk est surexcité à l’idée d’aller enfin acheter son bateau. A l’entrée de la ville il se gare sur le parking d’un centre commercial et nous propose deux solutions. Soit il nous dépose après son coup de fil à un arrêt de bus en direction du centre-ville, soit nous l’accompagnons voir son bateau et ensuite il se propose de nous faire faire un petit tour de la ville pour finir sur la plage. On choisit la seconde option et prenons donc la direction du domicile du propriétaire du bateau. Le bateau en question est en fait une grande barque à moteur, moi qui m’attendait à un petit bateau avec cabine je fus surprise de voir autant d’excitation pour cette barque. Mais Kirk conclu l’affaire et c’est le plus heureux du monde alors pourquoi pas.

Nous reprenons ensuite la route pour le centre-ville de la capitale historique de la Colombie-Britannique. Nous passons devant les principaux monuments de la ville, puis longeons la mer. Kirk se gare enfin, et il nous emmène nous promener dans le parc magnifiquement fleuris de la ville. Après quelques petites anecdotes, il nous emmène à la plage. Nous allons fêter son achat et sa rencontre avec ses deux nouvelles amies françaises avec une bouteille de vin rouge de France. Personnage haut en couleur. Nous y restons une bonne partie de l’après-midi, le temps pour Julie de prendre quelques coup de soleil, moi de faire une sieste et Kirk de raconter son histoire à Julie, qui n’avait qu’une envie, dormir, et il nous a également écrit un superbe poème. Bien entendu c’est ironique vu le personnage.

Entre temps, nous apprenons que la personne qui devait nous héberger en couchsurfing nous a oublié et qu’elle ne sera pas chez elle pour pouvoir nous accueillir le soir. Kirk nous dit de ne pas nous inquiéter, qu’il connaît une auberge de jeunesse très bien en plein centre-ville, où il est resté 3 mois. En fin d’après-midi, nous nous rendons donc à cette fameuse auberge, et nous prenons une “suite” privée pour deux car ils n’ont plus de dortoir avec deux lits. Nous ne payons que 5 euros chacune en plus pour être seules. Nous faisons nos adieux à notre nouvel ami d’une journée, ce qui annonce aussi un peu de tranquillité. Kirk est une personne très gentille et un peu marginale dans son fonctionnement, et après quelques heures en sa compagnie, un peu de calme est bienvenu.

Nous montons dans notre “suite” et en ouvrant la porte nous découvrons un (très) petit local, où tient seulement notre lit superposé et un petit frigo, nos sacs ne tiennent même pas au sol, le mien dormira donc avec moi. Après avoir fait une petite pause, nous partons nous promener dans les rues pour découvrir cette nouvelle ville. Le centre-ville est tout près, pas très grand et nous faisons vite le tour de la rue principale. Nous passons par l’office de tourisme pour récupérer une carte et voir les points d’intérêts que peut nous offrir ce nouvel endroit. En début de soirée, nous entrons dans un bar aux allures de pub irlandais pour grignoter un morceau et boire un verre. Nous rentrons assez tôt à notre “suite” car le lendemain nous devons nous lever de bonne heure pour aller à la rencontre de notre logeuse qui peut nous accueillir dès le matin et donc nous permettre de nous débarrasser de nos 17 kg pour une visite de la ville plus légère.

 

Ce fut une journée intéressante qui nous montrait encore que parfois se laisser aller à l’imprévu et se laisser porter par les événements peut amener à de belles choses. Aujourd’hui nous avions fait la connaissance d’une personne un peu à part, qui vivait selon ses envies et ses rêves, et qui n’était pas malheureux en dehors du schéma habituel, au contraire. Car c’est ça aussi le voyage, se donner la possibilité de faire des rencontres, de nouvelles personnes, de nouveaux lieux, de nouvelles idées.

 

Par ici pour les photos : https://drive.google.com/folderview?id=0BxWBT81uysxpSEFkLVRfekVCMHM

Isabelle, mais rapidement « Isa »

Lorsque Melissa et Grant nous ont prévenu qu’une française allait arriver deux jours après nous, notre première réaction avec Julie a été “pas une française…” C’est vrai quoi, on part pas à l’autre bout du monde pour retrouver des français. Et puis c’est aussi une partie des français qu’on ne supporte plus que nous quittions en venant au Canada. Pour ma part, le fait qu’une française arrivait, ça allait nous inciter à moins parler anglais et je pouvais dire adieu à mes potentiels progrès en anglais.

Résultat de tout ça, mon anglais ne s’est effectivement pas beaucoup amélioré mais je ne le regrette qu’à moitié, car sans Isa ces deux semaines n’auraient pas eu la même saveur.

De 6 ans notre aînée, Isa a tout lâché pour faire son PVT de deux ans au Canada. Les raisons de son départ lui appartiennent et je les garderai pour moi, mais je me suis beaucoup reconnue en elle. Ses envies d’autres choses, les questions qu’elles se posaient, celles qu’elles se posent encore, tout ça m’a rassurée d’une certaine façon. Je n’étais pas la seule dans ce cas-là, même si je le savais déjà, rencontrer des personnes dans le même état d’esprit que toi, et pouvoir en discuter avec eux c’est libérateur d’une certaine façon. On est pas si bizarre en fait.

Isa c’est aussi une fille géniale dans son tempérament, son attitude, dans sa façon de lier le mime à ses anecdotes, de les raconter tout simplement, de s’intéresser aux gens, à ce qu’ils font, de s’impliquer dans ce qu’elle fait, rien que de penser à elle en écrivant ces lignes ça me fait sourire. On a d’ailleurs tellement rit toutes les trois. Pour moi, Isa fait partie de ces rencontres qu’on oublie pas, que je n’ai pas envie d’oublier. J’espère pouvoir la recroiser, que ce soit peut être au Canada encore une fois ou même en France si elle revient un jour.
Merci pour ces fous rire, ces regards en coin pendant nos déjeuners trop silencieux, tes tentatives loupées pour les rendre moins pesant, ces discussions du soir, ces parties de cartes que t’avais pas l’air d’aimer plus que ça, nos partages de souvenirs, tes réflexions sur notre prise de poids inévitable, pour tes (gentilles) moqueries sur mon anglais, cette intolérance partagée, merci d’avoir fait partie de mon aventure.

Melissa, Grant et Jeannine, la famille Fong

Nous avons donc été accueillies par Grant, Melissa et Jeannine, leur fille, pendant 15 jours. Pour cette première expérience en wwoofing ils ont mis la barre très haute car ils ont été très accueillants, patients et vraiment gentils. Ils s’intéressaient à chacune d’entre nous, ce qu’on faisait chez nous, pourquoi on venait au Canada, la durée de notre séjour, ce qu’on venait faire.

C’est une famille très soudée et très unies, il n’y a qu’à regarder les murs du couloir et le frigo, ils sont recouverts de photos de famille, de remise de diplôme, de souvenirs de noël.

Grant et Melissa travaillent ensemble tous les jours, s’entraident et se soutiennent chaque instant. Il y a également Mandy, la soeur de Grant qui aide au market. On les sent fatigués le soir quand ils rentrent mais Melissa nous a expliqué que c’était un choix de vie qu’ils ne regrettaient pas comparé à ce qu’ils faisaient avant. Et même s’ils ne roulent pas sur l’or ils aiment leur quotidien. La seule chose un peu dommage par rapport à ce Wwoof, c’est que nous n’avons pas passé beaucoup de temps avec eux, car le market est très prenant. Nous étions avec eux quand ils nous donnaient les directives que ce soit à la ferme ou au market, mais sinon bien souvent Grant ne restait pas à la ferme et Melissa n’avait pas besoin de nous plus de quelques heures le matin pour l’aider à la cuisine. On passait donc la plupart du temps sans eux et nous prenions aussi les repas séparément. Ca m’a rassuré de savoir par Isa qu’il y a quelques mois, quand le market n’était pas encore ouvert pour la saison, l’ambiance était différente et qu’ils partageaient plus de moments ensemble.

Jeannine est une personne très agréable à vivre. Toujours très souriante, toujours quelque chose à dire, à poser des questions. Elle est marrante sans trop le vouloir, juste dans sa façon d’être, de raconter ses anecdotes. En plus son accent me permettant de comprendre lorsqu’elle me parlait. C’est une personne lumineuse, une belle rencontre également.

 

Merci pour ces pies, cookies, banana loaf, ces repas du soir, ces session désherbage et transplantation, vos sourires, votre temps,…