Jour 21 : Banlung, nature et authenticité au nord-est du Cambodge

Ce lundi matin je suis montée dans le mini-bus découvrant ce nouveau mode de voyage. L’idée c’est que tu préviens le chauffeur que tu veux faire le trajet, pour cette fois c’était jusqu’à Banlung, et lui vient te chercher ou te prend au passage. Ça implique que tu sais à peu près à quelle heure tu montes à bord du véhicule, mais tu ne sais pas à quelle heure tu pars réellement, ni à quelle heure tu arrives à destination et encore moins dans quelle condition. Lorsque je suis montée il n’y avait qu’une vieille dame et son petit-fils, nous avons pris la direction du marché et y sommes restés 20 bonnes minutes, le temps de charger des sacs, des sacs et encore des sacs, et quelques personnes également. Je pensais qu’on partait enfin, mais pas du tout, le chauffeur à fait un tour dans la ville, a récupéré encore quelques personnes et ensuite nous avons pris la direction du nord. Mais là encore le départ n’était pas effectif. Nous nous sommes encore arrêtés 20 minutes pour charger encore et encore le mini-bus, une moto avait même été accrochée à l’arrière, ainsi que des grosses couvertures et d’autres choses volumineuses sur le toit. L’intérieur du mini-bus était tout aussi rempli, de gens et de colis en tout genre. J’étais la seule “non-locale” et le chauffeur faisait particulièrement attention à ce que je sois bien installée. A côté de moi il y avait une petite dame qui était assise sur un sac de riz. Au début j’avais un peu de peine pour elle, mais j’ai vite compris que toutes ces questions de confort qu’on pourrait avoir chez nous leur passent complètement au-dessus. Pour eux ce qui importe c’est d’arriver à destination avec leur colis et les affaires, le reste ils s’en accommodent très bien. Après avoir fini de tout charger nous sommes finalement partis, pour de bon. Ce qui est marrant dans ces trajets c’est que parfois on va s’arrêter au milieu de nul part pour faire monter quelqu’un ou au contraire déposer un des passagers. Je me demandais à chaque fois comment ils faisaient pour s’organiser. Et bien un simple coup de téléphone en fait. Et tant qu’il restait une petite place dans un coin du mini-bus ça suffisait. Autant dire que le trajet était rentabilisé. C’est ce genre de chose qui me fait tant aimer ce pays, il n’y a jamais de problème ici, il y a toujours des solutions. Voyager à 25 dans un mini-bus qui n’a que 20 places c’est possible. Transporter une moto à l’arrière d’un mini-bus, bien sûr c’est possible, deux trois cordes et le tour est joué. Rouler avec un frigo accroché à un scooter, aucun problème bien fixé ça se fait très bien. Ici tout est permis, on se permet de faire tout simplement et ça fonctionne très bien comme ça. Chez nous ça sera juste inimaginable, car on part du principe que ça n’est pas possible, ici tout l’est.

Après 4h de route je suis descendue un peu avant le centre ville car la homestay où j’avais réservé se situait un peu excentrée de la ville. J’avais 20 bonnes minutes à marcher le long de cette route presque déserte. Comme au alentours de Kratie, ce n’était que des petites maisons en bois sur le bord de la route, pratiquement pas de construction “en dur”. Je suis arrivée dans mon village de destination. J’avais dû quitter la route et emprunter un chemin de terre pour y parvenir.

J’allais enfin pouvoir expérimenter un vrai séjour chez l’habitant. Cela faisait 7 mois que Vuthy et sa femme Ney avaient commencé ce concept. Je l’avais trouvé via booking comme souvent, les commentaires m’avaient particulièrement interpellés. Vuthy avait créé chez lui une école d’anglais pour les enfants du village, le tout gratuitement, il ne leur demandait absolument rien en retour. Les enfants étaient particulièrement en demande d’apprendre cette langue et Vuthy était persuadé que cela les aiderait à l’avenir, que l’éducation des enfants devaient être une priorités dans leur pays. J’ai donc découvert leur maison, une bâtisse carrée, 4 pièces, leur chambre familiale, et trois autres chambres pour les hôtes. La cuisine n’en était pas vraiment une, ou en tout cas pas du tout comme chez nous. Sur une table il y avait un réchaud, un égouttoir et une petite étagère avec une poêle, une marmite, une casserole et quelques ustensiles. Un peu de vaisselle et quelques plats et c’était tout. Le strict nécessaire. Et pour avoir fait le premier soir un peu de cuisine avec elle, c’était réellement suffisant. Il n’y avait pas d’évier, la vaisselle était faite dehors à côté de deux énormes jarres remplies d’eau. Sinon il y avait des toilettes mais pas de douche, là encore ça se faisait avec l’eau des jarres. Moi j’avais opté pour l‘option dortoir. Il avait construit un bâtiment juste derrière leur maison pour accueillir des hôtes voulant un séjour un peu plus cheap. Il y avait 6 lits en tout, trois en bas et trois à l’étage. Ils étaient parfaitement équipés avec matelas, grosse couverture, oreiller et moustiquaire, c’était vraiment parfait.

Le soir j’ai donc préparé le repas avec Ney, nous avons eu l’occasion de discuter un peu. Elle avait 24 ans, était donc mariée et avait déjà deux enfants, elle gérait un foyer, les hôtes et s’occupait des cours d’anglais quand Vuthy n’était pas à la maison. J’avais deux ans de plus qu’elle et rien de tout ça à mon actif, petit choc des cultures. Elle était vraiment jolie, elle était plutôt calme et agissait toujours avec une certaine retenue, sauf quand ses petits n’écoutaient pas, et elle se souciait toujours que nous ne manquions de rien. Elle nous faisait de délicieux plats, et de bons petits déjeuners. Le même soir j’ai fait la connaissance de Fabian, un allemand également en voyage en Asie. Il avait déjà fait le Laos et le Vietnam et venait tout juste d’arriver au Cambodge avec sa moto. Ce n’était pas son premier voyage, il était déjà parti quelques années auparavant, était revenu en Allemagne faire des études pensant avoir trouver sa voie, avait eu un doctorat en physique et au final était de nouveau parti car il n’était pas si sûr de ces choix de vie. On était beaucoup dans ce cas là. Beaucoup à ne pas réussir à rentrer dans des cases, à se poser des questions, à ne pas accepter ces schémas tout tracés qu’on est censé suivre. J’étais contente de rencontrer des personnes avec les mêmes questionnements que moi, je me sentais un peu moins seule, même si ça ne me donnait pas forcément de réponses à mes propres questions.  

 

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Des chutes, des chutes et encore des chutes !

 

La région était réputée pour les chutes d’eau et comme je n’avais pas vraiment de moyen de transport, Fabian m’a proposé d’aller les voir ensemble, ce qui m’allait très bien. Nous avons donc repéré celles à proximité. La première n’était pas très loin, j’y étais déjà allée la veille à pied. Y retourner ne me dérangeait pas, surtout que le ciel était couvert lorsque j’y suis allée et là nous avions un temps magnifique. Il y avait deux chemins possible pour la voir. Pour le premier il fallait descendre un escalier et nous avions donc une vue d’en bas, et pour l’autre un escalier nous menait à un pont en bois. Autant dire que je n’étais pas très sereine surtout qu’il bougeait beaucoup. Mais la vue était également très belle de ce point de vue, donc ça valait bien quelques petites frayeurs.

La seconde chute était à quelques kilomètres, elle était beaucoup plus impressionnante et plus large. Un chemin menait tout en bas de la chute, on pouvait également marcher sous une formation rocheuse, et un petit autel avec une statue de Bouddha avait été placée là, et quelques offrandes avaient été déposées.

Nous avons ensuite pris la route pour le village de Lumphat où avait été tourné le film Apocalypse Now. La route pour y aller était en fait un sentier de terre, la même terre rouge orangé du Mondolkiri. J’appréciais vraiment de faire ces trajets en moto, à plus forte raison que je ne conduisais pas. La moto, comme le vélo est un moyen de transport agréable, elle offre une vraie sensation de liberté. Après quelques kilomètres nous sommes retombés sur une route goudronnée et heureusement car le village n’était pas tout près. Lorsque nous y sommes arrivés nous avons découvert un village sans grand intérêt, il n’y avait tout simplement rien à voir. Nous sommes donc repartis en direction de Banlung pour déjeuner. Il m’a emmené dans un restaurant dans lequel il était allé la veille, avec une superbe vue sur les collines aux alentours, et mon plats était vraiment très bon.

Un des principaux lieu d’intérêt de la ville était Yeak Laom Lake. Un magnifique lagon dans un cratère de volcan plus du tout en activité, qui formait un cercle parfait. C’était un endroit où les locaux venaient pour passer du temps en famille, et tout simplement flâner, se baigner. Nous y sommes allés après le déjeuner, c’était vraiment très plaisant comme endroit. J’avais prévu le maillot de bain et je n’ai pas beaucoup hésité avant d’aller dans l’eau, la température était parfaite, l’eau était très claire, et cette sensation d’être au centre d’une piscine naturelle au milieu de la jungle était géniale. Nous y sommes restés un certains temps avant de repartir à la chasse aux chutes d’eau. Il nous en restait une à faire, elle était un peu plus excentrée de la ville. Plus nous avancions sur le trajet plus la route changeait. Au début c’était toujours la route goudronnée, puis la poussière orange a fait son apparition, la route devenait ensuite sentier puis s’élargissait à nouveau. Fabian se débrouillait très bien avec sa moto, moi je serai déjà tombée plusieurs fois. Après avoir roulé 20 bonnes minutes nous sommes enfin arrivés à la chute, c’était certainement la plus belle de la journée. Elle était très grande, en plein milieu de la jungle, entourée par la végétation. On pouvait aller sur le haut de la chute mais aussi tout en bas, et on pouvait même marcher derrière, il fallait juste être prudent et ne pas glisser. Nous étions déjà en fin d’après-midi et le soleil commençait déjà à décliner. Fabian aimait beaucoup les couchés de soleil et voulait que l’ont reste le plus longtemps possible avant qu’il ne fasse trop sombre pour rentrer. Ça ne me posait aucun problème, l’endroit était tellement magique qu’y rester plus longtemps ne me dérangeait pas du tout. Du haut de la chute on pouvait voir le soleil juste en face de nous, c’était un spectacle magnifique, le temps s’était arrêté, j’avais encore une occasion inespérée de contempler cette nature luxuriante qui s’étendait à perte de vue.

Avant qu’il ne fasse trop nuit, nous avons pris la route du retour pour rentrer chez notre gentille petite famille cambodgienne. Lorsque nous sommes arrivés, le nombre d’habitants avait fortement augmenté. Il y avait 6 français qui venaient de revenir de 3 jours de trek dans la jungle, un autrichien et un brésilien fraichement arrivé également. Ca allait faire une grande tablé pour le soir. Lors du repas, Vuthy nous a proposé de faire un trek le jour suivant. Il nous a exposé les différents programmes et avec le brésilien, l’autrichien et Fabian nous avons opté pour l’option 2 jours 1 nuit dans la jungle. Au programme, trajet en pagode, marche dans la jungle pour rejoindre une cascade, camping en hamac sur place, retour vers le village de minorité ethnique de notre guide et retour à la homestay.

 

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Treck dans la jungle

 

Nous sommes partis assez tôt la matin, notre périple commençait par un trajet en tuktuk interminable, toujours dans cette poussière rouge qui recouvre toute la végétation aux alentours. Après plus de 30 minutes de route, nous arrivons à un village au bord du fleuve Tonle San. Notre chauffeur nous dépose près du quaie où sont amarrés des pirogues. Notre guide pour le trek est dans l‘une d’elles, la vraie aventure commence. La suite du trajet se fait donc en pirogue, ce petit bateau tout en longueur, très peu large, et qui bascule assez facilement si le poids n’est pas bien réparti. Le trajet est très agréable, en plus nous avons beau temps, et la lumière rend les paysages vraiment magnifiques. “Neg” notre guide nous mène jusque qu’à sa ferme afin de récupérer le nécessaire pour le camping. Nous entamons une longue marche dans la jungle sur un sentier. Ce n’est qu’après une heure et demie de marche que nous nous arrêtons pour le déjeuner. Nous prenons place sur un tronc d’arbre. Au menu du riz, de la viande et quelques légumes. A la fin du repas, Neg sort son tabac et va cueillir une feuille d’arbre assez grande. Il s’en sert pour rouler sa cigarette et nous propose de fumer avec lui. Je refuse sa proposition car ça ne m’intéresse pas forcément mais j’apprécie voir Neg fumer de cette manière. Neg fait parti d’une minorité ethnique, il vit dans un village dans la jungle avec sa femme et ses quatre enfants. A le regarder faire depuis le début de notre trek, je me dis qu’il pourrait très bien survivre seul dans la jungle avec comme seuls outils sa machette et son briquet. Il est plus petit que nous mais porte un sac bien plus gros et bien plus lourd. J’aimais bien ce personnage, il était une force tranquille. La suite du trajet fut plus sportive, nous marchions sur un sentier qui disparaissait de plus en plus. Il y avait ensuite de longues montés, jusqu’au sommet de ces hautes collines, qui nous offrent toujours un magnifique spectacle. Nous avons fait une petite pause avant la dernière ligne droite qui n’est autre que la descente de la colline. Je déteste les descentes, mais quand on grimpe il faut s’attendre à devoir le faire. Neg s’arrête en chemin pour récupérer un morceau de bambou, puis du bois pour le feu. Peu de temps après nous arrivons au but de notre journée, la cascade. L’endroit est magnifique, la chute d’eau est immense et puissante et en bas l’eau fait comme un bassin. Sans tarder nous allons nous baigner, le soleil va bientôt se coucher et nous voulons en profiter un maximum.

Après la baignade nous retournons à notre camp, nous devons installer nos hamacs avant qu’il ne fasse trop sombre. Neg a déjà commencé à préparer le diner. Notre plat de ce soir sera de la bamboo soup. Un plat d’ici, où on place les aliments dans le tronc du bambou et on le place ensuite sur le feu. L’eau présente naturellement dans le bambou permettra de faire mijoter le tout et donnera la soupe. Neg rajoute l’assaisonnement et nous passons à table. Nous avons comme accompagnement du riz comme souvent, cuit sur un second feu, le repas est vraiment délicieux. Neg découpe d’autres bambous pour faire des verres. Ils servent pour l’alcool de riz, c’est assez fort mais nécessaire pour nous tenir au chaud cette nuit. Lorsque le soleil se couche on commence à découvrir une jungle nocturne, le son de la cascade est toujours là, on entend quelques bruits d’insectes ou de petits animaux et il y a ces insectes volants qui font de la lumière également, sans oublier les étoiles en nombre ce soir. Ici les nuits sont très fraîches, heureusement on avait prévu de grosses couvertures, même une supplémentaire n’aurait pas été de refus.

Le lendemain matin on s’est réveillé assez tôt, en même temps que le soleil. Il faisait encore très froid et sortir de nos couvertures était difficile. Heureusement Neg, levé depuis plus longtemps que nous, nous avait refait un bon feu et avait déjà commencé à préparer le petit déjeuné. Encore du riz, des légumes, du pain, de quoi se régaler comme toujours. Les garçons s’était arrêté le jour précédent lors du trajet pour acheté des sachets de café, c’était une bonne idée car nous avions tous du mal à nous réveiller. J’ai fait la vaisselle, afin d’aider Neg qui s’occupait d’absolument tout depuis la veille. Nous avons ensuite replié nos hamacs et avons repris la route, encore un peu endormis. Nous avons marché toute la matinée pour rejoindre la petite plage par laquelle nous étions arrivés la veille. Quelques enfants y jouaient et Neg nous dit que trois d’entre eux étaient les siens. Dans le lot il y avait une petite fille adorable, qui faisait un peu la tête car son frère ne voulait pas jouer avec elle. Elle rejoigna donc son papa qui était en train de nous préparer notre dernier repas de survivant. Il avait planté 3 morceaux de bois dans le sol, placé quelques branches et feuilles en dessous pour le feu et le gros plat sur le dessus. Le repas était encore une réussite. Après le repas, Neg confia ses affaires à son autre fille, plus grande, pour qu’elle les ramène à leur ferme. Nous sommes montés à bord de la pirogue et prenons la direction du village de Neg. Il était situé plus en aval de sa ferme. Il était plutôt grand pour un village, assez étendu en tout cas. Il nous amena voir l’école qui avait été construite quelques années auparavant, puis c’est à sa maison qu’il nous accompagna. C’était une simple maison en bois, sur pilotis, plutôt grande. Il possédait plusieurs animaux, comme la plupart des gens du village. L’heure était ensuite venu de rentrer. Nous montions pour la dernière fois dans cette pirogue dont il fallait évacuer un peu l’eau qui s’infiltrait lentement. Revenus au point de départ de cette aventure, nous remercions Neg pour nous avoir guider dans cette belle jungle. Notre tuktuk driver de la veille nous attendait, et une bonne demie-heure plus tard nous étions de nouveau à notre homestay.

 

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Ce soir là également le nombre d’hôtes avaient encore bien augmenté, il y avait de nouvelle têtes. Je demanda à Vuthy s’il était possible d’avoir un bus pour le lendemain, mon voyage au Cambodge touchait à sa fin et je devais rejoindre Stung Treng, la dernière ville du Cambodge avant la frontière pour le Laos. Comme toujours, trouver un mini bus n’était pas un problème ici et il me confirma quelques minutes plus tard mon horaire de départ. Nous avons encore passé une bonne soirée tous ensemble, Ney nous concocta un très bon diner et les plus fêtard ont prolongé la soirée jusque tard dans la nuit. Moi j’ai préféré mon lit et mes couettes bien chaudes.