Quand galère peut rimer avec entraide
Nous sommes donc descendues du bus dans la ville où nous devions passer la nuit chez l’habitant. Comme à chaque fois en descendant du bus, un taxi était présent, nous lui avons demandé de nous emmener à l’adresse que je lui montrait sur mon portable, celle indiquée par le site de réservation. Le dialogue avec notre chauffeur était très compliqué car il ne parlait pas un mot d’anglais et n’avait pas l’air de bien connaitre le coin. Lorsque nous sommes arrivées à l’adresse indiquée, il n’y avait rien autour de nous. Nous étions sur un chemin de terre, au milieu de nul part. Il y avait bien quelques habitations au bord de la route mais pas celle que nous cherchions. Nous avons tout de même demandé à une famille si elle connaissait l’endroit, mais cela ne leur disait rien, l’adresse était mauvaise et nous n’avions aucune autre information. J’ai donc appelé notre logeur, mais malgré son anglais nous n’arrivions pas vraiment à nous comprendre et à trouver une solution. Je lui ai donc envoyé un message pour lui expliquer que nous retournions vers la ville et qu’il fallait venir nous chercher, que ça serait plus simple ainsi. Suite à ça il rappela et me dit que ce n’était pas possible, alors je lui ai demandé de m’envoyer son adresse exacte par message, et là bizarrement il ne comprenait plus l’anglais et faisait mine de ne plus entendre. C’était notre première galère du voyage. Notre chauffeur nous ramena au même endroit où il nous avait pris, et la recherche de transport pour la capitale commença, car nous ne voulions pas perdre plus de temps ici.
Je suis partie demandé à la réception de l’hotel le plus proche s’ils ne connaissaient pas des chauffeurs de taxi, mais sans grand succès. Un homme qui m’avait entendu se renseigna tout de même auprès de ses amis s’ils n’en connaissaient pas un. Mais entre temps, les filles étaient venues me chercher car Marine avait réussi à trouver un transporteur en faisant du stop. Nous avions notre solution, un mini-bus bondé, avec de beau capitons au plafond, ambiance cercueil. Les locaux présents étaient amusés de nous voir monter et nous aussi nous l’étions de nous retrouver ici. Nous quittions donc enfin cette ville, qui malgré tout nous montra une nouvelle fois à quel point les cambodgiens sont gentils et aidant. Car de tous ceux que nous avions rencontrés ici, ils nous étaient tous venus en aide à leur façon, malgré la barrière de la langue.
Derniers jours dans la capitale (1/2)
Nous arrivons à Phnom Penh en début de soirée. J’ai réservé une guesthouse à mi-chemin entre le centre ville et le musée du camp d’exécution. A défaut d’avoir pu faire un séjour chez l’habitant, nous aurons le temps pour faire ce musée ensemble.
La guesthouse se situait dans un quartier complètement dépeuplé de touristes, il n’y avait que des locaux et à voir leurs regards se poser sur nous, c’était certainement la première fois qu’ils en voyaient ici. Après avoir déposé nos affaires, nous sommes parties à la recherche d’un restaurant, et mon ami Google Map m’avait indiqué qu’il y en avait un pas loin qui n’était pas encore fermé. Lorsque l’on est arrivées, on a découvert un restaurant très locale, de quartier. Il y avait encore quelques personnes qui mangeaient, tous autour d’une petite table, à picorer dans un grand plat unique. Au passage, nous avions toujours ces mêmes regards, étonnés de nous voir débarquer ici. Nous nous sommes assises et avons commandé un plat de riz avec du poulet pour quatre, deux bières et deux cocas. Un grand plat de riz est ensuite arrivé, nous l’avons rapidement mangé, c’était vraiment très bon, le riz avait beaucoup de goût grâce à tous ces petits légumes, on s’est régalées. Et au moment de payer, le patron nous annonce le prix, 8$, on s’était donc régalées pour moins de 2 euros par personne, boissons incluses. On a ensuite rejoint notre guesthouse pour nous remettre de cette journée de transports divers et variés.
Le musée du camp d’exécution
Le lendemain nous avons pris un tuktuk pour nous rendre au musée du camp d’exécution de Phnom Penh, la suite logique après avoir visité le musée du Génocide. Lorsque nous sommes arrivées devant le musée, j’ai fait remarquer aux filles que nous venions de faire pratiquement le même trajet que les détenus de l’époque, ce trajet de 30 minutes qui était pour eux le dernier, le plus horrible mais certainement aussi le plus libérateur.
Là encore, un audio-guide était disponible et tout aussi bien fait. S’il n’était pas précisé à l’entrée qu’il s’agissait du musée, on aurait pu croire que c’était un simple parc. Mais l’audio guide me ramena très vite à la réalité. A l’époque, c’est pratiquement 300 personnes par jour qui franchissaient ses portes. La plupart ne savaient pas où ils arrivaient, on leur disait qu’ils changeaient simplement de lieu, mais certains se doutaient bien qu’il s’agissait de leur dernier trajet. En temps normal, les détenus qui arrivaient été tués le même jour que leur arrivée. Mais à partir de 1978 le nombre de détenus à exécuter est trop important et ils sont entassés dans des constructions sombres et lugubres.
Un bref retour est fait concernant Pol Pot, l’homme à l’origine de toute cette tragédie. On apprend qu’il a étudié en France, et que c’est à cette occasion que ses convictions communistes se sont développées. A son retour au Cambodge, il enrolera avec lui les jeunes des campagnes, car dépourvus de connaissances et ignorants des réalités du monde extérieur, ils seront pour lui un public facile à atteindre.
Pour revenir sur l’histoire du camp d’exécution, il a été découvert plus tard car excentré du centre-ville et non connu de la population. Lorsqu’il a été découvert, une bonne partie du lieu avait été détruit car la famine avait poussé les gens habitant dans les environs à venir récupérer tout ce qu’ils pouvaient.
On découvrira au fur et à mesure les actions menées dans l’enceinte du centre d’exécution. On apprend qu’il y avait une réserve de produits chimiques dans un des bâtiments. Ils étaient déversés sur les corps dans les fosses pour étouffer les odeurs des corps en décomposition.
En parcourant le parc, l’audio-guide nous explique également que les feuilles des palmiers à sucre que l’on peut observer autour de nous servaient également à tuer les détenus, on leur tranchait la gorge avec car elles étaient comme dentées et cela permettait d’éviter d’utiliser les munitions.
Quelques pas plus loin on découvre les fosses, on les distingue très bien, des barrières ont été placées tout autour pour éviter que les personnes puissent marcher dessus. Un schéma nous indique celles qui ne sont pas visibles mais qui sont bien présentes et toujours remplies des corps des détenus. Lorsque que le lieu a été découvert, ce fut une vision d’horreur, car personne de savait ce qui s’était passé ici. C’est en fait le gaz dégagé par les corps qui a fait se soulever la terre et qui a mis en évidence la tragédie qui avait eu lieu à cet endroit. Les fosses qui ont été délimitées par les barrières ont été vidées de la plupart des corps, mais celle qui sont présentes tout autour du site n’ont pas été touchées. La raison est qu’ils ont souhaité laisser les autres fosses en l’état par respect pour les morts, et car il y avait énormément de corps. L’audio-guide nous propose ensuite de regarder attentivement dans les fosses, qu’il est possible de voir des morceaux de tissus dans la terre. Il nous explique que c’est le mouvement du sol, suite au changement de climat avec les périodes sèches et les périodes humides, qui fait remonter les vêtements des morts à la surface.
Lors de cette visite, tout comme pour le musée du génocide l’émotion est présente. Nous visiteurs, marchons en ce lieu où reposent sous nos pieds des milliers de cambodgiens morts pour satisfaire les idées fanatiques de quelques hommes. Mais l’émotion était surtout intense au moment d’arriver au pied de l’arbre des morts. C’est un arbre au tronc assez gros, et y est accrochés des dizaines, peut être des centaines de bracelets symbolisant les prières et les pensées des personnes ayant appris la raison de cette appellation. Moi-même je n’ai pas pu retenir les larmes que je contenais depuis plusieurs minutes. L’audio-guide explique alors que la fosse au pied de l’arbre était celle des jeunes enfants et des bébés. Eux non plus n’étaient pas épargnés, et pour les tuer, les soldats les attrapaient par les pieds et fracassaient leur crâne sur le tronc à plusieurs reprises pour les tuer, ils étaient ensuite jetés dans la fosse.
La visite se termina au monument en forme de Stupa géant. Le stupa est un monument commémoratif pour les morts dans la religion bouddhiste, et il a été décidé de construire le monument sous cette forme pour rendre hommage au morts du génocide, et plus particulièrement au morts présents sur le camp d’exécution. Le stupa a 17 niveaux, en raison de la date d’entrée des Khmers Rouges dans Phnom Penh, le 17 avril, et à l’intérieur ce sont tous les ossements qui ont été découverts qui y sont entreprosés. Il est possible d’y entrer et de prendre des photos, il faut seulement enlever ses chaussures et faire preuve de respect. On peut également faire des offrandes et faire brûler de l’encens. Mais avant de faire tout ça, l’audio-guide nous propose de faire une minute de silence, et bien évidemment je m’exécute.
Comme pour la visite du musée du génocide, nous nous retrouvons toutes les quatre, silencieuses et un peu abassourdies d’avoir reçu cette partie de l’histoire si peu connue.
https://drive.google.com/folderview?id=10obeTTacYCfywV3IYKwoAPVI7tpBXefU
Derniers jours dans la capitale (2/2)
Après le musée, nous avons repris notre tuktuk pour rejoindre le dernier hôtel des filles. Pour leur dernière nuit, nous avions réservé dans un hôtel tout confort avec piscine sur le toit. Le temps de déposer les affaires et jeter un p’tit coup d’oeil à notre futur lieu de rafraîchissement, et nous étions déjà reparties en direction du central market pour un dernier tour à la recherche d’épices et de la poste de Phnom Penh. Nous avions chacunes des cartes postales à envoyer. Cette dernière journée était très calme même si nous avons encore pas mal marché. Juste avant d’arriver à la poste, nous avons croisé un groupe d’écoliers rentrant de l’école. Comme toujours la plupart nous ont fait coucou en nous disant “hello”, et en fin de file, j’ai aperçu un petit garçon, il ne devait pas avoir plus de 10 ans, qui donnait à une vieille dame mendiante quelques billets. Cette scène m’a d’une certaine façon touchée. Voir un p’tit homme donner une partie de ses économies à une vieille dame, juste par son envie de l’aider, sans attendre quoique ce soit en retour de ce geste, et les voir ensuite s’échanger un sourire. C’est peut être naif de ma part, car nos esprits un peu gâchés pourraient trouver des choses négatives à interpréter, mais pour cette fois je garderai seulement le souvenir de ce que j’ai vu.
En fin de journée, en retournant à l’hôtel, nous avons emprunté une rue au hasard, et avons pu faire partie sans le vouloir de l’activité urbaine. C’était la période où tout s’accélèrait, les parents venaient chercher en scooter leurs enfants à l’école, les échoppes de nourriture servaient les passant et conducteurs de scooter, les voitures tentaient de se frayer un chemin pour rejoindre l’autre bout de la rue. C’était un magnifique chaos au milieu duquel j’aimais me trouver.
De retour à l’hôtel, nous avons bien évidemment testé la piscine sur le toit. Nous avions une vue sur l’ensemble de la ville, et étions entourées d’autres immeubles. La baignade fut agréable après cette longue journée, et le repos qui l’a suivi était bien apprécié également. Un peu tardivement, nous nous sommes décidées à aller manger. Nous avons sortis nos tenues de soirée et sommes parties à la recherche d’un restaurant encore ouvert. Au Cambodge, même à la capitale, les gens mangent assez tôt et les restaurants ne restent pas ouvert tard dans la nuit. Nous n’avons donc pas eu beaucoup le choix pour notre dernier dîner et l’avons pris dans un petit restaurant. Pour finir en beauté cette dernière soirée, nous avons pris la direction d’un immeuble, plus précisément d’un bar en rooftop. Celui qui nous avions repéré plus tôt n’était pas très loin de notre hôtel, on le voyait d’ailleurs de la piscine un peu plus tôt. Le gardien de l’immeuble nous aida à trouver l’entrée, car il n’y avait aucune indication. Le bar faisait plutôt “branché”, il y avait plusieurs niveaux, plusieurs “espaces” différents. On s’est assise à une table d’où on pouvait voir la ville, la vue était vraiment belle. On avait l’impression d’être sur l’immeuble le plus haut de la ville. C’était peut être le cas. On a commandé notre dernier cocktail, celui qui marquait la fin de ce voyage ensemble.
Nous sommes ensuite rentrées tranquillement, les filles ont finalisé la préparation de leurs sacs, la fin était proche.
https://drive.google.com/folderview?id=1nDO3Lk54YLf95HmsE_icXa7sYalR2mno
