Il est nécessaire de poser le cadre pour cette étape. Actuellement à Vancouver, nous devons nous rendre à Lemon Creek, dans la Slocan Valley, située à un peu plus de 700 km de notre position actuelle. Il pourrait exister des bus pour faire ce trajet mais l’idée d’exploser le budget transport ne nous plait pas. Nous adoptons donc une nouvelle fois la pratique du pouce levé et estimons à deux jours le temps nécessaire pour faire le trajet.
Ca y est, aujourd’hui nous quittons notre havre de paix, notre ville fétiche pour de nouveaux horizons, ceux qui nous rapprochent un peu plus des Rocheuses, étape phare de ce voyage. Nous partons donc assez tôt le matin de l’Université, prenons un premier bus qui nous amène dans le centre-ville, proche de la gare de trains/métro, qui lui même nous emmène à l’extrémité Est de la ville ou plutôt de l’agglomération de Vancouver. Là nous faisons un premier point “localisation”. On décide de reprendre un bus qui nous mènera tout proche de la Highway, lieu stratégique pour espérer monter à bord d’une voiture qui nous déposera le plus loin possible sur notre trajet.
Après quelques minutes, nous voyons arriver un couple, eux aussi en Backpack, avec l’intention de faire du stop également. C’est un couple québécois. Ils s’installent un peu plus loin que nous, à l’endroit où commence la Highway, et après quelques minutes une voiture le prend et l’emmène. Autant dire qu’on était un peu dégoutées de les voir partir avant nous. Alors sans attendre on est allées se positionner à leur place. C’est après 30 longues minutes d’attente qu’un homme s’est arrêté pour nous avancer d’une trentaine de minutes sur notre trajet.
C’est ensuite au tour d’un homme beaucoup plus âgé, un p’tit papy, de nous prendre après une dizaine de minutes d’attente. Il nous déposera là encore, environ 40 minutes plus loin, dans un endroit dépeuplé, avec pour seule activité une station service-restaurant. Et qui voyons nous arriver? Notre petit couple québécois. Ils nous expliquent qu’ils souhaitent rejoindre de nouveau Jasper. Ils ont donc encore un long chemin à parcourir. Le temps d’aller faire un aller-retour à la station-service pour la pause petit coin, nous les voyons partir au loin dans un pick-up. On ne les recroisera plus.
Après encore de longues minutes d’attente en plein soleil et perdant un peu espoir, c’est un pilote d’hélicoptère qui s’arrête avec son pick-up. Il peut nous déposer jusqu’à la ville “Hope”, endroit où nous devrons changer de route pour prendre la numéro 3. Un monsieur très gentil qui nous donna de bon conseil et nous parla un peu des feux de forêts qui prenaient de plus en plus d’ampleur dans la région. Heureusement, nous n’avons pas eu à nous en préoccuper, ils n’étaient jamais dans le même secteur que nous, et nous veillons à les suivre sur le site internet qui les recensait régulièrement.
Arrivées sur notre Highway numéro 3, nous levions de nouveau le pouce et constations qu’il n’y avait pas grand monde sur cette route. Mais c’est assez rapidement qui notre dernier chauffeur de la journée s’arrêta. C’était un homme (encore), qui s’était trompé de route depuis un certain temps, qui écoutait un radio religieuse catholique (j’étais contente de ne pas comprendre grand chose), il était un peu donneur de leçon sur les bords et surtout, il conduisait très mal. Moi qui suis facilement malade en voiture, j’étais étonnée de ne pas avoir vomi mon absence de déjeuner.
Lorsque nous sommes arrivées à Princeton, nous étions heureuses de descendre de sa voiture et rassurée de ne pas être tombées sur les flancs des montagnes. On décida de stopper notre mission “pouce levé” pour la journée. Nous n’avions pas atteint la moitié du trajet mais nous n’avions plus envie d’attendre un nouveau chauffeur, et préférions se poser tranquillement dans un motel. En raison des incendies, nous avons d’ailleurs eu de la chance de trouver la dernière chambre disponible de la ville. Le temps de poser nos affaires, nous étions reparties à pied à la recherche d’un endroit pour manger, la facilité nous poussa vers un fast-food. Le point positif de ce motel c’est que nous avions chacune notre lit, et cela faisait longtemps que ça n’était pas arrivé.
Le lendemain matin on s’est réveillée dans la fumée. Un feu avait démarré la veille au soir et avait plongé cette partie de la vallée dans la fumée. On pris une douche et boucla nos sacs, afin de nous diriger rapidement vers le bord de la route et partir dès que possible.C’est seulement au bout d’une heure et vingt minutes que notre premier chauffeur de la journée s’arrêta. C’était un suisse, en vacances au Canada, voyage qu’il faisait tous les ans depuis quelques années. Il devait se rendre à Greenwood, une petite ville perdue au milieu de nulle part, située le long de la route numéro 3. Cela allait beaucoup nous avancer, et nous partagions donc plus de 3 heures de route avec lui. C’est à cette occasion que nous vîmes pour la première fois un ours noir. Notre chauffeur s’arrêta et fit même demi-tour afin que nous puissions prendre le temps de l’observer et de prendre des photos.
En arrivant à Greenwood, nous nous sommes postées à la sortie de la ville, afin de capter des automobilistes de long trajet. Car même si notre ami suisse nous avait bien avancé, nous étions encore bien loin du but. Après avoir vu défilé bon nombre de voitures, une femme en monospace s’arrêta, descendit et commença à ranger sa voiture pour pouvoir nous accueillir. Elle transportait littéralement sa maison dans sa voiture car en plein déménagement. Elle était québécoise et survoltée, encore un personnage haut en couleur. Elle parlait du coup québécois, un mélange de français anglais, le tout avec un accent incompréhensible, j’avais parfois un peu de mal à la suivre. Elle écoutait un chanteur très connu au Québec, une référence d’après elle, c’était d’une autre génération et les chansons étaient plutôt engagées mais très drôles. Elle nous avança d’une quarantaine de minutes, jusqu’à la prochaine ville qui dépassait les 20 maisons. On avait vraiment bien rigolé avec elle pendant le trajet, elle était drôle, parlait fort et un peu vulgaire sans que ce soit choquant. C’était un jour très important pour elle car elle allait signer l’achat de sa maison. A 40 ans, pour elle c’était quelque chose d’important d’avoir son chez soi. En observant les paysages de forêt avec par endroit des zones complètement déboisées par l’industrie du bois, elle vit la remarque que le Canada était fou de couper autant d’arbres, qu’en faisant ça il tuait la vie.
Elle nous déposa ensuite à la sortie de la ville où elle vivait encore. Elle nous salua joyeusement et partie pour son rendez-vous chez le banquier. C’est peu de temps après qu’un homme vêtu d’un t-shirt troué s’arrêta pour nous dire que l’endroit était pas pratique pour faire du stop. Il nous déposa donc quelques kilomètres plus loin, et il avait raison car dans les 10 minutes qui suivirent son départ, notre dernier chauffeur apparu et nous emmena pratiquement jusqu’à la fin de notre parcours. J’étais assise à l’arrière comme à mon habitude, à côté de son chien qui avait décidé de faire de ma jambe un oreiller. Il était très sympa et écoutait une chanteuse locale, musique que nous aimions beaucoup avec Julie, on a donc noté le nom pour plus tard. Nous arrivions enfin à la jonction de South Slocan, ce qui marquait la fin de cette aventure à travers la Colombie-Britannique, la fin de ce spectacle avec ces paysages toujours magnifiques. Sur la route nous avions vu beaucoup de montagnes, elles étaient impressionnantes, elles étaient très abruptes, comme sorties de terre s’imposant au reste. A présent, il ne nous restait plus qu’à envoyer un mail à nos futurs logeurs pour qu’ils viennent nous chercher.
C’est 45 minutes plus tard que Dave arriva et nous emmena à leur ferme. Il nous expliqua que le frère de Gaby ainsi que son cousin, tous les deux suisses, étaient présent pour quelques jours. Jusque là pas de surprise pour nous, Gaby nous avait déjà prévenu par mail. Ca ne nous posait aucun soucis, et eux avaient prévu de quoi se loger. A ce sujet Dave décrivait ça comme le village suisse, et en arrivant on compris vite pourquoi. Deux énormes camping-car avait pris place dans le jardin, c’était impressionnant tant ils étaient imposants. Et c’était du grand luxe, 3 télés, le mobilier qui se déplace tout seul pour laisser place à d’autres mobiliers, bref une vraie maison sur roues bourrée d’électronique.
Dès les premières minutes nous avons été très bien reçues, présentées comme les deux nouvelles woofeuses, pour quelques jours parmi cette famille. On a très vite été acceptées aussi, l’ambiance était un peu particulière mais très amusante, chacun essayait de parler la langue de l’autre. Les canadiens parlaient anglais et suisse pour ce qui concernant Gaby vu que c’était la langue natale, Dave tentait de se souvenir de ses cours de français, et se risquait parfois à quelques mots en suisse. Les suisses se débrouillaient en anglais et étaient ravis de pouvoir sortir quelques mots en français. D’ailleurs l’un deux, Markus, se débrouillait plutôt bien, il avait cette façon de sortir des expressions françaises avec un accent tellement exagéré qu’on était à chaque fois prises de fous rire. Et puis nous, nous parlions anglais (enfin surtout Julie), et on essayait parfois de parler allemand en tentant de nous rappeler de nos cours déjà un peu lointain.
Une nouvelle aventure commençait, et en même temps la dernière de ce genre, c’était notre dernier Wwoof, mais nous étions sûres qu’il tiendrait toutes ses promesses, le peu que nous en avions vu le confirmait.
C’est par ici pour les photos : https://drive.google.com/folderview?id=0BxWBT81uysxpaFpMeHl1VDBhbjg
